Arts

Le monument Soulages à Beaubourg

15 octobre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Mardi, le centre Pompidou vernissait sa grande rétrospective sur plus de 60 ans du travail de Pierre Soulages en présence du maître qui a lui même scénographié la naissance, en 1979, de l' »outre-noir », cette lumière créée par l’œuvre, et l’artiste et le spectateur, communiant dans la fascination pour la mère de toutes les valeurs.

« J’estime que cette couleur violente incite à l’intériorisation. Mon instrument n’était plus le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. D’autant plus intense dans ses effets qu’elle émane de la plus grande absence de lumière ».

En cents toiles l’exposition « Soulages, peintre du noir et de la lumière »,  revient sur soixante ans de peinture d’un des plus grands peintres abstraits français. Elle commence classiquement et chronologiquement, et nous présente des œuvres moins connues de Soulages. Sans titre, elles sont toujours nommées par leur date de création et leurs dimensions.

Parmi les premières oeuvres, les plus étonnantes sont l’affiche pour la première exposition d’art abstrait  en Allemagne « Grosse Asutellung Französischer Abstrakter Malerei » où l’une des peintures au brous de noix de est reproduite. Cette technique, inventée par Soulages, donne des couleurs chaudes aux dessins et à la grande toile conservée où l’artiste l’utilise. On découvre également ses décors de théâtre et ses superbes goudrons sur des plaques de verres déjà écornées, abîmées, éclatées (fin des années 1940).

Classiques et très connus, les tableaux aux grandes dimensions des années 1960 donnent du relief à la peinture noir par des grands coups de pinceaux de couleurs. Ceux de la fin de la décennie interrogent le contraste entre le noir et le blanc, et comment la lumière perce la toile, dans la tension des deux valeurs et selon l’épaisseur que Soulages donne à son noir (l’artiste épaissit parfois la pâte jusqu’à la rendre sculpture de Vinyle).

Puis le visiteur tombe sur une salle aux murs noirs. Trois toiles entièrement noires datant des années 1990 y sont présentées  loin du mur, suspendues au sol et au plafond par des fils de plombs. Soulages a décidé de nous faire entrer dans l’expérience de ce qu’il appelle l' »outre-noir » par des toiles plus tardives et non par l’origine. Toute la deuxième moitié de l’exposition quitte alors le chronologique pour se transmuer en ballet de noir. Des toiles uniques d’abord, où la lumière est finement sculptée dans le noir, puis après une petite salle où l’on peut voir un documentaire sur l’artiste, à la veille de son 90 ème anniversaire et où l’on comprend quelle solitude, quelle introspection et quelle technique également il a fallu à Soulages pour travailler depuis 30 ans sur la lumière venue du noir (il crée ses propres outils), l’on rencontre dans la dernière grande  salle les « polyptiques », où l’éclat de la lumière noire est encore renforcé par le contraste de traits graphiques que suggère la juxtaposition de plusieurs toiles côte à côte où l’une en dessous de l’autre.

Soulages était lui-même présent lors du vernissage presse de l’exposition, mardi dernier, et répondait avec son  sérieux et sa générosité habituels aux questions des journalistes. Mais aussi claires soient sa conception de la lumière pas forcément sacrée qui se dégage du noir, et sa vision du travail en commun de l’artiste, de l’œuvre et du spectateur pour produire l’impression, même le maître n’explique pas la puissance de ses toiles. Ceux et celles qui vont à cette rétrospective seront déçus de ne pas mieux comprendre l’art abstrait de Soulages. Il n’y a pas ou peu d’explications, juste quelques citations de l’artiste, et surtout les œuvres. Mais y a t-il quelque chose à comprendre? Peut-être pas. Le charme des peintures  opère et c’est tout ce qu’il faut percevoir. On sort de l’exposition à la fois admiratif, méditatif, et apaisé.

« Soulages, peintre du noir et de la lumière« , Centre Pompidou, du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010 , de 11h00 – 21h00 jusqu’à 23 h le jeudi, fermé le mardi, et le 1er mai, Tarif plein 12€ ou 10€ selon période / tarif réduit 9€ ou 8 € selon période
Valable le jour même pour une entrée dans tous les espaces d’exposition

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

3 thoughts on “Le monument Soulages à Beaubourg”

Commentaire(s)

  • sublime exposition.
    Le noir comme lumière, on sort de la  » éclairés ».
    Bravo Soulages!

    octobre 22, 2009 at 9 h 23 min

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