Arts
Le Crépuscule des Pharaons au musée Jacquemart-André

Le Crépuscule des Pharaons au musée Jacquemart-André

25 mars 2012 | PAR La Rédaction

Longtemps considéré comme une période de déclin, le dernier millénaire avant JC en Égypte présente pourtant des créations artistiques d’une qualité inédite. Durant les quatre mois à venir, le musée Jacquemart-André entreprend de faire reconnaître ces « chefs-d’œuvre des dernières dynasties égyptiennes », qui s’inscrivent dans la tradition artistique pharaonique tout en s’adaptant aux différents contextes politiques de ces temps troublés.

C’est une véritable entreprise de réhabilitation qui est à l’honneur dans ce très bel hôtel particulier du XIXème siècle, endroit cela dit en passant qui vaut le détour. Pour un art souvent résumé par le néophyte aux seules pyramides, sphinx, obélisques et autres momies et sarcophages, ici il s’agit d’apprécier toute la richesse de la civilisation égyptienne dans ce qu’elle a de pérenne, et de voir en même temps comment elle a su se modifier au fil du temps. En effet Platon lui-même, lors de son expédition en Égypte, s’étonna qu’une même civilisation ait su garder tout au long de son histoire tant de codes plusieurs fois centenaires.

Nul besoin d’être un spécialiste en égyptologie, ni de savoir prononcer les mots qui peuvent paraître rebutants de prime abord (“Nakhthorheb”, “Ptolémaïque”…) : les œuvres et le parcours se laissent apprécier sans bagage extérieur. L’exposition commence par des œuvres disposées ici et là dans la muséographie permanente ;  on retient en particulier la présentation de trois statues agenouillées représentant Nakhthorheb, « compagnon de Sa Majesté » Psammétique II, qui tire avantage de l’uniformité et de la qualité d’exécution de l’ensemble.

Puis c’est à l’étage que se tient véritablement l’exposition, qui démarre par une rapide contextualisation socio-historique : on part ainsi de la fin de la dynastie des Ramsès, en 1069 avant notre ère, pour aboutir à la mort de Cléopâtre VII et à la conquête de l’Égypte par les Romains en 30 avant JC. Se succèdent durant cette période de nombreuses dynasties au gré des invasions subies par le pays : kouchite, saïte, perse ou dynastie lagide de la très célèbre dernière reine d’Égypte, des pharaons de multiples origines s’assoient sur le trône.   L’exposition s’organise ensuite selon un schéma simple : d’abord le monde des vivants, avec une salle présentant une quinzaine de têtes masculines qui donnent à voir les deux tendances qui ont caractérisé l’art égyptien. D’une part l’idéalisation, c’est-à-dire la recherche d’un visage juvénile, avec un crâne trop rond, trop parfait pour être réel ; d’autre part une orientation plus “réaliste”, où il ne s’agit pas de recréer un personnage trait pour trait mais de montrer l’image ou la forme de la vieillesse.

Dans cette salle se trouve également la “Tête verte de Berlin”, véritable chef-d’œuvre de la sculpture, résultat de 3 000 ans d’évolution : on devine, sous la peau de ce visage aux traits marqués, l’ossature du crâne. Cette précision est tout à fait inédite et témoigne de la virtuosité des artisans de l’époque ptolémaïque. Attenante, une salle montre cette fois des personnages féminins, plus rares mais témoignant parfois du goût particulier du temps : seins très proéminents, ventre arrondi, épaules tombantes.

Ensuite on en vient au royaume des morts, avec trois salles consacrées au domaine funéraire. Cela donne un premier aperçu de la mythologie égyptienne et de leur souci d’être accompagnés aussi bien dans le royaume des vivants que dans celui des morts (des vivres et des serviteurs devaient accompagner le mort dans l’Au-delà par exemple). On découvre également le processus funéraire et le long cheminement de l’âme du défunt au royaume des morts. Le tout illustré avec les objets (cercueil, Livre des Morts …) provenant des tombes, dont beaucoup ont vu leur subtile polychromie traverser les siècles.

La dernière partie est consacrée au royaume des Dieux : on y trouve des effigies, de qualités variées, qui peuvent véritablement accéder au rang de chef-d’œuvre ; c’est le cas par exemple d’une superbe statue de la déesse Bastet, faite de bronze incrusté d’argent et percé d’anneaux en or. Les bijoux dont l’animal est paré sont la marque d’un profond symbolisme religieux : ordre universel, renaissance quotidienne du dieu solaire, guérison et protection. On retient également une statuette en or représentant le dieu Amon, d’une facture admirablement fine et gracieuse.

Tout au long de cette exposition, on constate une certaine propension des Egyptiens à se représenter de manière figée et fixe : en sculpture, les Dieux et les hommes sont debout, regardant droit devant eux, contrairement aux peintures qui montrent des scènes avec du mouvement. Cela participe à l’idéologie égyptienne, qui recherche la pérennité et la stabilité.

Enfin, pour ce qui est de l’agencement de l’exposition, on apprécie l’effort concernant le parcours (royaume des vivants, des morts et enfin des Dieux), que l’on peut donc qualifier de cohérent et didactique. En revanche, la scénographie n’a rien d’exceptionnelle : lumière tamisée pour œuvres en vitrines. Cela reste cependant une très belle exposition, dans une mise en scène noble et épurée, qui parvient à rendre justice à une période artistique méconnue de la civilisation égyptienne ancienne.

© SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Sandra Steiß. Crédits pour le cercueil : D.R / Paul Louis.

Kylhian Hildebert.

Eric Débris, matières sur nus photographiques
Mon amour : Thomas Ferrand au festival Etrange Cargo à la Ménagerie de verre
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture