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Le Cercle de l’art moderne au Musée du Luxembourg, l’audace de la profondeur

Le Cercle de l’art moderne au Musée du Luxembourg, l’audace de la profondeur

08 octobre 2012 | PAR Charlotte Bonnasse

Cette saison le Musée du Luxembourg met à l’honneur les collectionneurs d’avant-garde du Havre au début du siècle dernier, dans une exposition de près de 90 oeuvres organisée par la Réunion des musées nationaux et le musée d’Art moderne André Malraux du Havre. Ce parcours à travers leurs choix et goûts esthétiques témoigne d’une réelle profondeur et radicalité dans l’engagement, qui donne à cette exposition son caractère d’exception.

L’exposition retrace l’histoire unique de ce cercle d’esthètes havrais qui fut le pendant provincial du tout jeune Salon d’Automne à Paris. En 1906, un groupe de collectionneurs et d’artistes crée au Havre le Cercle de l’art moderne. Parmi eux : Georges Braque, Raoul Dufy, Emile Othon Friesz, et des amateurs d’art havrais comme Olivier Senn. L’association se fixe comme objectif de promouvoir l’art moderne au Havre, organisant expositions, cycles de conférences, soirées poétiques et concerts. Les oeuvres des plus grands artistes du moment sont présentées : les « vieux »impressionnistes (Monet, Renoir) y côtoient les néo-impressionnistes (Camille Pissarro), mais surtout les jeunes fauves (Raoul Dufy, Albert Marquet), ravis de trouver en province un accueil favorable.

S’ils s’unissent pour défendre une certaine conception de leur engagement, l’exposition pointe avec beaucoup de justesse la singularité de chacun des collectionneurs et des oeuvres exaltées par ces derniers. La collection Olivier Senn est de loin la plus riche de toutes, avec des pièces comme « Le Portrait de Nini Lopez » de Renoir, « la Valse » de Félix Vallotton ou « la Plage de la Vignasse » de Henri-Edmond Cross. On relèvera aussi dans cette splendide sélection qui ouvre le bal « Paysage de neige à Crozant » d’Armand Guillaumin, ou « Le Rayon » de Félix Vallotton, face auquel on ne peut s’empêcher de sursauter, tant la radicalité introduite par la luminosité du rayon est forte. L’audace est donc le maître-mot de ces collectionneurs, dont on pénètre jusque dans l’intimité, puisque les nus féminins sont souvent éloignés des salles de réception et réservés à des moments plus chaleureux : une salle est dédiée à ces portraits de femmes renversants et subversifs pour l’époque, des harmonies puissantes de « La Parisienne de Montmartre » (Van Dongen, 1907) à « La Femme blonde » d’Albert Marquet (1919), dans lequel le nu féminin se détache sur un fond de fleurs rouges, en passant par un portrait de Modigliani. Mais tous les collectionneurs n’ont pas la même audace: ainsi, les intérieurs intimes peints par les nabis (Bonnard et Vuillard) sont présents dans les collections de Senn et Dussueil, tous adhèrent au fauvisme tempéré de Marquet, tandis que peu nombreux sont ceux qui soutiennent les fauves les plus audacieux (certains iront même jusqu’à opter pour Matisse, ce qui les place parmi les premiers collectionneurs de l’artiste au même titre que les américains Léo et Gertrude Stein).

Mais si Georges Braque est l’un des piliers fondateurs du Cercle de l’art moderne (et l’un des initiateurs du cubisme avec Picasso), l’exposition souligne avec justesse que celui-ci n’a pas osé la radicalité jusqu’à choisir le cubisme, passant à côté du mouvement avant-gardiste majeur de ce début de siècle. Une exposition puissante qui mérite un détour par ce petit écrin de luxe avant-gardiste, qui offre une vision riche de nombreuses perspectives.

Félix Vallotton, La Valse, 1893 (c) Adagp, Paris 2012 (à la une).

Kees Van Dongen, La Parisienne de Montmartre, vers 1907-1908 (c) Adagp, Paris 2012 (corps du texte).

 

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Charlotte Bonnasse

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