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Images de l’autisme

Images de l’autisme

11 avril 2013 | PAR Bérénice Clerc

 

 

 

 

L’autisme, ce mot placard où tout est rangé, clichés nombreux, vérités théorisées, images tronquées par les médias, souffrances des parents, de l’entourage, non-dit ou trop dit, incompréhension, solitude parmi les autres, professionnels non ou mal formés… Quelle est l’image de l’autisme aujourd’hui ? 

Au cinéma l’autisme n’est jamais montré, « Rain man » est un beau film, il montre une différence très loin de réalité, du quotidien et laisse à croire que la forme Asperger de l’autisme serait la seule. Le syndrome d’Asperger, une certaine image du savant capable de dessiner une ville après l’avoir survolée une fois, de trouver le jour de la semaine quelle que soit la date proposée, de faire des calculs plus complexes qu’une machine, de connaître tous les départs à partir de Roissy, d’écrire sans s’arrêter, de composer ou de jouer d’un instrument très rapidement ou de maîtriser de nombreuses langues mais ne pas savoir parler à la boulangerie, rentrer dans une banque, se plier et surtout comprendre les échange sociaux. Le syndrome Asperger existe, beaucoup plus qu’on ne le croit d’ailleurs, il touche même des gens très insérés dans la société, non détectés et nous permet d’avoir de grands génies musicaux, scientifiques, littéraires ou plastiques que la galerie Christian Berst met en avant régulièrement par exemple. Mais le syndrome d’Asperger n’est pas l’autisme, les plateaux télévision aiment à recevoir et mettre en avant ces personnes, du spectaculaire, ils ont évidemment leur place, il faut en parler mais la visibilité de l’autisme ne doit pas se résumer à cela. Quand dans un film scénarisé verrons-nous un autiste comme personnage ? Le frère de, le fils de, même s’il joue ce qu’il est, le cadre pourrait lui offrir une place de choix et montrer la réalité pour que chacun connaisse les réalités et que les parents n’aient plus honte de sortir à cause du regard de l’autre souvent ignorant, maladroit, culpabilisant même chez les médecins dit savants. Sandrine Bonnaire a commencé ce travail, elle filme sa sœur Sabine depuis des années, « Elle s’appelle Sabine » est un documentaire, le fil d’une vie fragile, abimée par les médicaments, en marge des vies dans le moule d’une société ou l’altération n’a pas sa place, la différence doit se cacher, l’amour se composer. La France entière est touché par ce film, sa brutalité réaliste, sa tendresse, cette vision de l’autisme enfin révélée. Sabine et Sandrine Bonnaire ont permis cela, offrir une autre image de l’autisme, poser des questions sans forcément vouloir y répondre, mais lever le voile.

2012 année de l’autisme ? Cela ne dit rien à personne, peut-être certains professionnels, un cabinet ministériel et les parents ou famille d’autistes ou avec autisme comme certains préfèrent le dire. Rien, ou presque si ce n’est des querelles et encore des querelles entre les diverses chapelles ou méthodes éducatives, ABA TEACCH, psychanalyse, intégration scolaire, chacun sort sa carte, son émotion, ses choix avec ses moyens intellectuels et financiers, mais qu’en est-il des enfants, adolescents et adultes autistes ? Quelle est leur réalité ? L’intérieur est insondable comme pour tout le monde mais le quotidien des parents et des institutions, qui s’en préoccupent ? Personne, ou si peu, un mécénat par ci, un micro financement par-là, mais la visibilité n’existe pas, la prise en charge souvent tardive laisse des traces multiples et l’envie de normalité permanente mènent souvent à une intégration scolaire mal digérée par des professionnels non formés et des enfants qui peinent à trouver leur juste place et des parents qui doivent batailler contre l’incompréhension administrative ou se transformer en professionnels éducatifs au risque de perdre leur place de parents et d’oublier la tendresse nécessaire et le temps pour soi.

Autistes ou avec autisme, méthode comportementaliste, psychanalyse, pratique des arts, rencontre avec les autres, toutes les propositions devraient se croiser, se compléter et se renforcer selon le moment de vie ou de travail. La visibilité est nécessaire, les personnes avec autisme ont une place à prendre, un autre regard sur le monde à offrir, des lieux adaptés doivent naître et prendre en charge les plus petit et ne pas toujours compter sur la Belgique dès l’adolescence. La recherche avance, le savoir est important, mais la pratique, le quotidien, la réalité doit être présentée telle qu’elle est et les solutions, s’il en existe, proposées à tous pour une réelle intégration où toutes les différences ont leurs places.

Un très joli film d’animation « L’académie des spécialistes » vous donne une idée ludique et réaliste de l’autisme, à partager en famille.

 

Visuel : (c) davood koochaki

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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