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« Jun », s’exprimer par la musique

« Jun », s’exprimer par la musique

09 septembre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Avec son album Jun, Keum Suk Gendry-Kim aborde la vie d’un jeune prodige de la musique coréenne et des défis pour lui et sa famille liés à son autisme. Une histoire qui peine pourtant à nous emporter.

Diagnostiqué très jeune, Jun est autiste. Il vit à Séoul, entouré de ses parents et de sa jeune sœur Yunsun. Toute la famille a centré sa vie autour de lui, de ses besoins et de l’éducation particulière dont il bénéficie, ne serait-ce que pour apprendre à communiquer avec son entourage. Jusqu’au jour où on l’inscrit à des cours de musique, où son potentiel se révèle.

Jun Choi est un musicien de génie, d’une trentaine d’années aujourd’hui, qui compose et maîtrise de nombreux instruments, et se distingue particulièrement dans le pansori. C’est grâce à cet art traditionnel coréen du récit chanté accompagné d’un tambour à deux faces que Jun a réussi à trouver une façon de s’exprimer. La pratique du pansori lui a permis, entre autres, d’apprendre à parler en phrases complètes et à être patient. Mais la musique n’est pas un remède magique : toute la famille lutte quotidiennement face au défi que l’autisme représente, face à tous les obstacles que la société dresse devant eux.

Le point de vue de la jeune sœur est souvent abordé. Elle défend et soutient son grand frère, mais se sent délaissée par sa famille qui n’a pas vraiment le temps de s’occuper d’elle. Et même si elle décide de consacrer sa vie à son frère, on sent qu’en même temps elle abandonne l’idée d’avoir une existence propre, comme celle des gens de son âge. Yunsun aurait pu être le personnage central de cette histoire, tant la variété de ses réactions et réflexions recèle de potentiel.

Keum Suk Gendry-Kim a conçu ce récit en collaboration avec la famille de Jun. Son dessin au trait noir épais manque parfois un peu de finesse ou de nuance, et on aurait aimé un peu plus de profondeur dans le traitement des situations, des personnages et de leurs ressentis. Bien que l’on assiste au dévouement et à la solidarité des membres de cette famille et que l’histoire ne verse jamais dans la sensiblerie ou le drame, on peine malgré tout à faire preuve d’empathie pour les personnages.

Il est certes difficile de savoir ce que ressent une personne autiste, et l’accent mis sur la perception des sons du monde comme autant de musiques par Jun souligne que chacun a un ressenti de son environnement qui lui est propre. Mais le procédé semble un peu réducteur, et on aurait aimé avoir un aperçu plus varié de ses perceptions. Si l’autrice avoue se sentir proche de Jun dans l’impression de ne pas pouvoir s’intégrer dans la société coréenne, ce rapport aurait pu être plus mis en valeur.

Jun est un roman graphique qui nous laisse un peu sur notre faim, qu’on aurait voulu plus fouillé, avec un peu plus de profondeur. S’il éveille notre curiosité quant au personnage, il peine à nous entraîner dans son univers, qui laisse pourtant entrevoir une richesse pas suffisamment exploitée.

Jun, de Keum Suk Gendry-Kim
256 pages, 19,99€, Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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