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Un «Voyage d’hiver» réussi dans les pas du Roi Soleil

Un «Voyage d’hiver» réussi dans les pas du Roi Soleil

19 octobre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Pour la dixième édition de son exposition d’art contemporain, le Château de Versailles change de saison et propose un «Voyage d’hiver» en collaboration avec le Palais de Tokyo. Une promenade poétique dans les jardins du Château à la rencontre de seize œuvres à l’impact et à la beauté inégaux, pour un voyage cependant très réussi.

Quoi de mieux pour se réchauffer en hiver que de marcher dans les pas du Roi Soleil? C’est dans le magnifique cadre des jardins du Château de Versailles que les visiteurs sont conviés à découvrir seize œuvres d’artistes de nationalités, de genres, et de générations diverses, réparties dans de nombreux bosquets ouverts pour l’occasion au public. Et quel plaisir de découvrir, au détour d’un chemin, ses œuvres contemporaines insérées là, dans le baroque ou le romantisme des statues et autres fontaines que Louis XIV commanda quelques siècles plus tôt. Au cours de ce voyage, de cette flânerie, les œuvres et les époques se mélangent, s’harmonisent, et s’assemblent pour donner vie à une réflexion sur les notions de métamorphose et de fin de cycle.

Car enfin c’est bien la métamorphose, ou la mutation, que l’hiver apporte avec lui. Celle de la nature, d’abord, poussée au dénuement; de la lumière, ensuite, affaiblie et trop vite chassée par le jour; des hommes, enfin, forcés à s’adapter. Ici l’art moderne s’amuse à protéger l’art ancien ou à se substituer à la nature faiblissante. Au centre même du jardin trône un soleil fait de bronze pour remplacer l’astre aveugle en cette période hivernale. Juste à côté la Proserpine, divinité symbolique du passage de l’automne à l’hiver, du bosquet de la colonnade est ôtée de la vue des promeneurs, recouverte par les bandes textiles de l’artiste américaine Sheila Hicks qui a ainsi cherché à effacer l’effacement, ou a enlever l’enlèvement, de l’automne.

La beauté de ce «Voyage d’hiver» vient aussi de sa fragilité et de sa très courte temporalité. Chaque œuvre est vouée à disparaître ou à s’abimer d’ici la fin de l’exposition, les matériaux s’offrant comme une page vierge sur laquelle viennent s’inscrire les traces du temps. La «Matrice minérale» de l’artiste marocain Hicham Berrada, formations de bronze vouées à disparaître sous l’impulsion de courants électriques, se dissout lentement en volutes fantasmagoriques sous les yeux des spectateurs; le «Bruit blanc» de Stéphane Thidet, œuvre majestueuse faite de glace, est amenée à fondre ou à se solidifier en fonction de la météo, mélangeant ainsi la fixité et le changement.

Alors, face à la beauté des lieux et à la poésie de ce voyage, on oublie bien volontiers les deux ou trois œuvres qui déçoivent de par leur manque d’ambition ou d’originalité et s’effacent, par conséquence, devant la beauté des bosquets. Et l’on redécouvre, avec émerveillement, la majesté des lieux ainsi sublimés et métamorphosés par la rencontre avec l’art contemporain.

Le «Voyage d’hiver» est à découvrir dans les jardins du Château de Versailles du 22 octobre 2017 au 7 janvier 2018, tous les jours sauf le lundi. Entrée gratuite. Le parcours s’étalant sur 5,5km, prévoyez des chaussures confortables. Pour plus d’information, cliquez ici.

Visuels: SR

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Sarah Reiffers

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