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« Un air de famille » : des arts premiers aux surréalistes à la Fondation Pierre Arnaud

« Un air de famille » : des arts premiers aux surréalistes à la Fondation Pierre Arnaud

03 août 2014 | PAR Yaël Hirsch

Un air de famille est la deuxième exposition qu’accueille la Fondation Pierre Arnaud, à Lens, ville valaisanne du Plateau de Crans-Sur-Sierre (Suisse). Le tout jeune musée – il a ouvert ses portes en décembre dernier – propose avec cet accrochage d’été de découvrir les correspondances entre des pièces d’art premier et certaines œuvres surréalistes connues ou moins connues. De belles pièces dans un beau musée, mais la muséographie de designer français Adrien Gardère (qui est aussi à l’origine de l’aménagement de l’espace dans l’autre Lens : le Louvre-Lens) et les explications qui accompagnent les œuvres ne convainquent pas tout à fait. 

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On entre dans le bâtiment en verre de Jean-Pierre Emery, comme on se glisserait dans le prolongement de l’adorable lac de Lens. Le musée semble un petit miracle scintillant, où l’on s’étonne de découvrir de l’art premier et contemporain, comme s’il s’agissait d’un secret révélé de la montagne un peu magique du plateau de Crans-Sur-Sierre. Une fois à l’intérieur, l’espace se divise strictement en deux parties qu’Adrien Gardère dit avoir voulu faire communiquer par des voies secrètes et mystérieuses, et non par le voisinage direct des œuvres.

A l’étage donc, on tombe sur une forêt de pièces majeurs de divers arts premiers : aussi bien africains que de Guinée-Papouasie, d’Indonésie, de Colombie ou du Mexique. Les masques sont à l’honneur, à la fois grimaçants et imposants, qu’ils soient Goli (Côte d’Ivoire) ou Yupi’k (Alaska). certains viennent de collections privées et d’autres de grands musées suisses. Magnifique et foisonnante l’expérience de ces oeuvres qui interpellent, n’est malheureusement pas guidée, si ce n’est par des citations d’arrière-garde aux murs d’Apollinaire, Breton et Marcel Mauss expliquant que « les arts indigènes sont des arts relativement aussi ‘dignes’ que bien des nôtres ».

L’on descend vers le deuxième grand espace d’exposition, qui – en sous-sol- manque peut-être un peu de lumière pour découvrir la partie « surréaliste » de l’exposition. Là aussi, le fil d’Ariane est minimal et bien loin de l’idée, finalement assez commune, que les surréalistes étaient des révolutionnaires qui mettaient en question l’ordre établi en allant puiser dans l’inconscient et en se mobilisant – par exemple- contre le colonialisme en nous laissant en héritage une toute nouvelle perspective sur ce qu’on appelle aujourd’hui « les arts premiers ». A cette interprétation classique, l’exposition préfère une autre analyse :  le succès actuel des surréalistes qui semblent revenir à la mode (mais ont-ils jamais été démodés?) vient du fait qu’ils ont réussi à poser des valeurs dans une société en crise et qu’après la crise des subprimes, nous nous tournons vers eux. Soit, mais l’hypothèse mériterait tout de même plus d’arguments, et surtout détourne l’exposition de son programme initial :  Montrer « comment les surréalistes se sont nourris de la richesse des productions primitives sans jamais tomber dans le reconduction ou l’imitation servile ».

Malgré ce léger malaise au niveau des indicateurs, les pièces exposées au sous-sol sont tout à fait passionnantes : il y a des chefs d’oeuvre: la Fôret Rhenane de Max Ernst (1944) ou le Paysage avec un oiseau blessé de André Masson, ainsi que des Brauner et des Arp de toute beauté et 77 sculptures de Derain. Et l’on découvre ou redécouvre le travail de surréalistes moins connus comme la photographe Hannah Höch que les arts premiers ont réellement fascinée, le sculpteur totémique Jacques Herold et Jean Benoît, dont le travail fait penser à Picabia.

Un air de famille est donc une exposition à voir, pour les pièces passionnantes qu’elle montre dans un bien bel endroit. Pour l’interprétation des résonances entre surréalistes et arts premiers,  au visiteur de la construire pour lui-même.

Visuels :
Affiche de l’exposition
batiment (c) yael hirsch
Masque de Bella Coola, 1880, Colombie britannique, Canada bois, © Collection Daniel Hourdé
Max ERNST (1891-1976), Forêt et soleil, vers 1935. Collection privée © François Bertin, Grandvaux; 2014, Prolitteris Zurich

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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