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Tomás Saraceno au domaine des Etangs, la rencontre de l’araignée et de la libellule

Tomás Saraceno au domaine des Etangs, la rencontre de l’araignée et de la libellule

17 septembre 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le Domaine des Etangs a invité l’artiste argentin Tomás Saraceno à investir l’espace de la Laiterie pour un voyage de la Terre au Soleil. Parcours onirique au plus proche de la nature.

Le Domaine des Etangs porte dans son territoire la marque de la rencontre entre la Terre et les objets célestes : il y a plusieurs millions d’années, la météorite de Rochechouart s’est écrasée ici. Un symbole fort pour Tomás Saraceno, architecte de formation, dont l’esprit et les oeuvres se tournent vers l’étendue infinie du ciel. Dans quelques mois, il installera au-dessus de l’un des étangs du Domaine une sculpture flottante. Servira-t-elle à transporter les visiteurs? La création est en cours, mais on sait déjà qu’elle fera porter le regard vers d’autres horizons, d’autres perspectives.

Les calendriers mouvants et incertains de ces temps de pandémie ont permis de faire émerger cette exposition Du sol au soleil, conçue en un temps record comme un accompagnement à l’installation monumentale. Les araignées de Tomás Saraceno et les libellules du Domaine des Etangs se sont rencontrées pour tisser une histoire où la nature est un grand tout dont l’homme n’est qu’un maillon, relié à des écosystèmes à la fois fragiles et puissants. Et il est primordial de conserver un équilibre des écosystèmes naturels et une biodiversité abondante dans un monde où tout est connecté.

L’espace de la Laiterie, qui accueille les expositions temporaires, a été repensé pour permettre un parcours qui va de la terre au ciel, de l’obscurité à la lumière. Avec un ensemble d’une vingtaine d’oeuvres datant de 2016 à aujourd’hui, Tomás Saraceno propose de modifier notre façon de percevoir notre environnement et de prendre conscience des liens qui se tissent entre chacun de ses éléments. Comment pouvons nous vivre différemment afin d’imaginer une relation durable au monde, plus éthique?

L’artiste a voulu plonger le visiteur dès le début du parcours dans un espace qui brouillerait ses repères et sa perception. Nous entrons donc dans un espace noir, uniquement habité d’une toile d’araignée éclairée en son centre. Petit à petit l’inconfort de la situation s’estompe à mesure que nos sens s’acclimatent et commencent à percevoir notre environnement. Une fois habitués, nous pouvons commencer à nous imaginer flottant dans l’air, un sac à dos Aerocene nous transportant grâce au vent et au soleil. Par ce projet accessible à tous auquel chacun peut contribuer, Tomás Saraceno propose de revoir notre façon de nous déplacer en lien avec les éléments naturels, sans laisser de traces de carbone, sans considération géopolitique, avec une montgolfière sans feu. L’homme pourrait alors flotter et se déplacer sans recours au énergies fossiles.

L’artiste met également en valeur des phénomènes naturels invisibles. La courbe du parcours du soleil, la couverture nuageuse, le souffle du vent… tout peut laisser des traces de son passage, aussi infimes soient-elles, comme l’araignée laisse un fil de soie derrière elle, cartographiant ainsi ses déplacements. On pense ici au travail d’Yves Klein, également exposé au Domaine des Etangs, qui enregistrait les modulations atmosphériques sur ses toiles. Si l’immatériel a une empreinte, la nôtre ne peut qu’être considérablement plus impactante sur notre environnement.

La dernière salle, remplie de bulles en suspension dans l’espace et sur les murs, nous plonge dans une atmosphère délicate et poétique. Ballons, bulles de verre, structures géométriques rappelant la mousse, empreintes d’encre ou hommage à Calder, nous avons atteint le ciel et flottons doucement au-dessus de la terre. Mais même ainsi, à l’image des stylos remplis d’une encre faite de la pollution au carbone de l’air de Mumbai qui laissent un sillon noir, suspendus à des ballons à la surface parfaite presque irréelle, notre empreinte n’est pas nulle. Sans aller jusqu’à effacer complètement la moindre de nos traces, nous devrions nous inspirer de l’araignée et tendre vers la légèreté et l’impermanence, et nous inscrire dans notre environnement plutôt que de chercher à le contraindre à nos modes de vie.

Le Domaine des Etangs et Tómas Saraceno nous invitent à une promenade poétique qui tend vers l’immatériel, que l’on pourra prolonger dans la nature du Domaine, suspendus dans un espace protégé.

Du sol au soleil – Tomás Saraceno
du 22 juillet 2021 au 24 avril 2022
Domaine des Etangs – Massignac

Visuels : vues de l’exposition Du sol au soleil – Tomás Saraceno – photos Arthur Pequin

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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