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Rebecca Ferguson : « Dune, c’est aussi l’histoire d’une mère »

Rebecca Ferguson : « Dune, c’est aussi l’histoire d’une mère »

17 septembre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

D’origine suédoise, l’actrice Rebecca Ferguson a su séduire Hollywood de son regard incisif, s’illustrant dans The Greatest Showman ou comme Ilsa Faust dans la saga Mission impossible. En cette rentrée, elle est à l’affiche de Dune la magistrale adaptation de Denis Villeneuve du roman de science-fiction écrit par Frank Herbert. Elle y incarne Dame Jessica, mère de l’héritier au trône et puissante Bene Gesserit. Douée d’une présence charismatique, elle envoûte le film d’une allure céleste et fait d’elle un des personnages les plus touchants du film. Elle nous donne ses impressions sur l’expérience hors du commun qu’a été le tournage de Dune

Pour commencer, je voudrais dire que le film est sensationnel, la reproduction à l’écran du roman de Frank Herbert est impressionnante. L’univers qu’il a imaginé est particulièrement riche et inventif, comment êtes-vous entrée dans cet univers et vous y êtes-vous familiarisée ?

On m’a présenté le roman lors d’une réunion que mes agents avaient organisé avec Denis. Je dois dire que j’étais déjà stupéfaite que cette rencontre ait lieu ! C’est de cette façon qu’on m’a présenté Dune, c’est-à-dire à travers le regard passionné de Denis qui voyait son rêve d’enfant devenir réalité, avec les images qu’il avait en tête depuis qu’il avait 14 ou 15 ans.
C’était ma première introduction au roman, et par la suite, j’ai regroupé petit à petit tout le matériel et les ressources que je pouvais, des livres, des films… Il ne s’agissait pas de comparer ce qu’on allait créer à des films précédents, mais je voulais faire tout ce qu’il fallait. Finalement, c’est Denis qui a été ma principale ressource.
C’était très inspirant. J’adore être projetée dans un nouvel univers, c’est ce que j’aime faire, c’est mon métier ! Là en plus, ça se passe dans l’espace avec un réalisateur fantastique et des acteurs incroyables, c’était merveilleux.

Votre personnage est une mère, elle a de l’influence, elle a aussi le pouvoir de contrôler les esprits. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ? Comment vous êtes-vous préparée pour jouer Dame Jessica ?

Je me suis surtout préparée en étudiant le livre et en discutant avec Denis. Il était aussi entouré de personnes merveilleuses qui ont vraiment participé à toute la création du film. Par exemple Jacqueline West, la costumière. Elle est allée dans les moindres détails pour mettre en image l’univers de Dune. Elle est parvenue à représenter les symboles, les moments forts de l’histoire. Elle a fait un travail formidable pour cela, ses costumes sont des vraies œuvres d’art. De fait, je n’ai pas eu grand-chose à faire à part mettre les tenues qu’elle avait conçues pour moi, c’était une superbe collaboration.
Et puis, arriver dans l’ambiance d’Abu Dhabi ou dans le désert de Wadi Rum en Jordanie, c’était incroyable. Vous savez on n’a pas tourné en studio mais bien dans le désert, c’était une expérience fantastique. 

C’est vrai, les décors sont naturels et transportent vraiment le spectateur. Comment s’est passé le tournage ?

C’était surtout du sable dans les costumes ! (rires) On s’y habitue vraiment parce que tout le reste est formidable. On filmait dans le désert, il fallait simplement faire avec, sinon c’est qu’on n’est pas fait pour être là ! Je me suis sentie tellement chanceuse que j’ai vécu le tournage avec beaucoup d’humilité. C’était déjà un vrai bonheur d’avoir la possibilité d’être là-bas.
Il fallait aussi s’adapter à l’environnement, parfois il faisait presque 50 degrés dans la journée, les caméras risquaient de fondre, donc on filmait deux heures le matin et deux heures le soir. En fait, il ne s’agissait pas d’assurer le confort des acteurs. Sur le tournage, c’était le travail de toute une équipe qui importait.

Dans le film, les figures féminines sont vraiment mises en lumière, particulièrement Jessica, est-ce pour cela que le personnage vous a séduit ?

Et pourtant on est encore loin de la perfection ! Je dois dire que j’applaudis le fait que Frank Herbert, l’auteur de Dune, ait été très en avance sur son temps. C’était tout de même en 1965. Enfin, elle devait tout de même manger dans une autre pièce et elle n’était pas la bienvenue dans les discussions, les grands moments de décision. Mais ce que je trouve vraiment intéressant, c’est que pour autant, on comprend aujourd’hui à quel point ces femmes ont du pouvoir. Elles sont capables en quelque sorte de manipuler l’issue de l’univers ! Elles décident aussi de qui va se marier avec qui, ce qu’on faisait d’ailleurs au Moyen Age. De la même façon, les hommes étaient en train de combattre et les femmes complotaient sur les mariages dans leur famille.
Je prendrais toujours à cœur l’égalité et l’émancipation féminine, donc je suis vraiment reconnaissante d’avoir travaillé avec un réalisateur qui a créé un film en accord avec tout cela.

Oui, c’est le regard qui est porté sur les femmes dans le film qui est beau, il souligne leur puissance, encore plus que dans le livre.

Je suis vraiment contente que vous disiez cela, parce qu’on a raconté cette histoire de notre côté, mais sans savoir la façon dont cela allait être perçu. C’est aussi pour cela que j’ai autant aimé le rôle. Cela se passe complètement en dehors de notre monde et elle a cette puissance, ces pouvoirs magiques avec cette voix qui peut contrôler les esprits. Elle est capable de tuer n’importe qui, au moment où elle le souhaite. Ces femmes règnent véritablement sur l’univers ! Ce qui est intéressant aussi c’est que leur pouvoir ne se déclenche pas juste comme ça et que chaque action a des répercussions, des conséquences sur le reste. 

La relation que Jessica entretient avec son fils est très touchante, votre duo avec Timothée Chalamet, qui joue Paul, marque véritablement le film. 

Oui, Dune, c’est aussi l’histoire d’une mère, moi, Jessica. Comme toutes les mères, elle a peur pour son fils, d’autant plus qu’elle connait les dangers qui peuvent arriver. Il y a justement cet autre aspect, le fait qu’elle soit à l’origine de tout cela, c’est elle qui a créé ce chaos autour de son fils. 

Finalement, sur toute cette expérience, qu’est-ce que vous retenez ?

Qu’on a fait du bon travail ! (rires) C’est dur vous savez de garder qu’une seule chose. Il y avait beaucoup d’excitation, de moments très forts. C’est l’entièreté du film qui a rendu l’expérience extraordinaire.
J’ai beaucoup aimé travailler en extérieur, oublier les fonds verts ou bleus, et toujours devoir compter sur ma propre imagination. En plus, ma conception des vers de sable n’était pas la même que celle de Timothée par exemple, donc cela avait bien sur un effet sur Paul, son personnage. Même si évidemment Denis, lui, avait une idée très précise de ce à quoi allaient ressembler les effets spéciaux. Je suis vraiment très heureuse d’avoir pu faire partie de ce film, c’était assez magique.

 

Dune de Denis Villeneuve, avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Zendaya, Oscar Isaac, Jason Momoa, Stellan Skarsgård, Josh Brolin. 2h36. En salles le 15 septembre 2021.  

 

Visuel © Warner / Image du film 

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