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« Je t’aime Ronit Elkabetz » au Musée du design de Holon [Israël]

« Je t’aime Ronit Elkabetz » au Musée du design de Holon [Israël]

06 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Pour sa troisième exposition dans le musée dessiné par Ron Arad, la commissaire et directrice Maya Dvash a choisi une icône israélienne regrettée : Ronit Elkabetz, disparue le 19 avril 2016, à l’âge de 51 ans (lire notre article). Réalisée avec l’aide du frère cadet et complice de la star, Schlomi Elkabetz l’exposition Je t’aime Ronit Elkabetz (en français dans le texte) voulait être une ode à la vie et pas un mausolée. Avec sa scénographie noire et symbolique (un ponton mène vers des écrans au sol où se reflète l’image de l’actrice disparue trop tôt) le tableau mortuaire est solennel mais ne permet pas d’échapper au cri d’indignation, ni au drame.

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Enfant, Ronit Elkabetz pensait devenir dessinatrice de mode. Du coup l’accent est mis sur ses tenues et son élégance, à travers notamment certains ensembles prêtés par le Musée des Arts Décoratifs et Alber Elbaz, depuis Paris. L’exposition commence avec une vidéo où les hommes disent à l’actrice israélienne ce qu’elle doit faire et, comme on peut l’imaginer, obtempérer n’est pas le genre de la maison. Puis l’on voit en double et étalée comme une fleur séchée la « robe soleil » dessinée par Alber Elbaz que Ronit Elkabetz a portée lors d’une de ses dernières apparitions publiques, en 2015. A l’étage, dans cette procession de deuil sur fond noir, on est immédiatement plongé dans un extrait des Sept jours, deuxième volet de la célèbre trilogie dirigée par la comédienne et réalisatrice sur l’histoire de sa famille et qui parle des … 7 jours rituels de deuil chez les juifs tandis que le frère et co-réalisateur, Schlomi, est très présent, notamment autour de projets liés au Maroc de leurs origines.

Enfin, le morceau de bravoure de ce mémorial d’une grande page du cinéma israélien est une grande de salle noire où l’on se plonge dans les tenues originales de Ronit Elkabetz, qu’elle portait jour après jour. Il y a beaucoup de noir, ses inspirations comme La Callas et aussi des robes et/ou des patrons qu’elle a elle-même dessinés. A peine esquissée par la présence de baskets sous la soie, et de la lingerie trop noire et dentelle pour être punk, il manque certainement cette liberté et cette sensualité ouverte, assumée et éclairante que symbolisait l’actrice d’Alila. Où est passée la femme libérée qui jusqu’à son dernier film Gett (Le Procès de Viviane Amsalem, lire notre chronique) a représenté une certaine idée indomptée, impétueuse puissante de son genre ? Il est peut être trop tôt pour que sa famille endeuillée puisse se rappeler cette face-là de Ronit. Et pourtant, si Ronit Elkabetz marque l’histoire de son pays et du cinéma, c’est bien parce que comme actrice et comme réalisatrice, tout chez elle dépasse le concept de femme fatale pour aller vers quelque chose de plus moderne et de plus vivant, directement aux prises avec les urgences politiques et sociales de son temps.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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