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Les aberrations optiques de Steven Pippin au Centre Pompidou

Les aberrations optiques de Steven Pippin au Centre Pompidou

16 juin 2017 | PAR Camille Bardin

Jusqu’au 11 septembre 2017, la galerie photographique du centre Georges Pompidou accueille la rétrospective de l’artiste Steven Pippin, aberration optique. Une compression de l’histoire de la photographie qui vacille entre la performance et l’exploration du médium. 

Dans les années 1990, le numérique prend le relais de l’argentique. Véritable pied de nez à cette révolution, Steven Pippin retourne alors aux machineries primaires comme le sténopé : une boîte quelconque percée d’un trou qui permet d’imprimer la lumière en négatif sur le fond du dispositif. Une fois acquis, ce processus va être totalement perverti par Steven Pippin qui va s’atteler à transformer toutes sortes d’objets du quotidien en appareils photographiques. Le premier d’entre eux, daté de 1982, n’est autre qu’un réfrigérateur. Là encore, même mécanisme, un papier photosensible dans cette espèce de chambre noir qu’il a percée d’un trou pour que la lumière puisse venir s’imprimer après un temps de pose d’une vingtaine de minutes.

Mais si l’opération en elle-même est étonnante, c’est davantage l’expérience photographique qui rend son travail si singulier. Souvent sujet de ses photographies, Steven Pippin devient performer. En restant statique au milieu des passants pendant plusieurs dizaines de minutes pour voir son portrait apparaitre il transforme la prise de vue en une expérience à part entière.

Au fil de ses expériences les moyens vont se développer. Steven Pippin va par exemple travailler à plusieurs reprises avec une baignoire. Avec cet objet  les photographies, subissant la concavité de la cuve, prennent des formes atypiques. Puis il va réaliser une série de prises avec un photomaton. Ce dernier devient dés lors un appareil photographique en lui-même et non plus un simple espace où se prendre en photo. Pour cela Steven Pippin va créer une trappe pour occulter la lumière tout en lui laissant la possibilité de rentrer dans le photomaton pour y disposer le papier.

La deuxième salle de l’exposition, plus documentée, révèle avec davantage de précision les processus de création de Steven Pippin. A la limite de la fiction elle montre comment il va soumettre au même traitement les toilettes d’un train  pendant le trajet qu’il effectue entre Londres et Brighton. Un film montre aux visiteurs comment ont été prises ces formes difficiles à distinguer avec comme chambre claire la cuvette des sanitaires.

Dernière étape pour Steven Pippin : la laverie. Parti de l’analogie formelle entre l’oeil frontal de la machine à laver et l’objectif du reflex, l’artiste va réaliser une série de photographies en hommage à Muybridge et son Animal Locomotion. Il va recréer son expérience chronophotographique avec un cheval qu’il ramène au sein du lavomatique où les clients continuent leurs activités. Pour conclure son expérience il va se mettre lui même en scène, nu et en état d’érection. Il ajoute une dimension érotique sans éclipser son humour britannique en notant : «  » ER  » n’est pas une allusion à Son Altesse Royale la reine Elizabeth (Elizabeth Regina). mais simplement l’abréviation pour la  » séquence érotique  » ».

Enfin après dix ans passés loin des appareils photo, ce sont de violentes retrouvailles qu’orchestre l’artiste. Steven Pippin passe du statique à l’ultra rapide, de dispositif archaïque à un mécanisme très pointu en soumettant ces preneurs d’images à un double shoot en tirant dessus à l’aide d’une arme à feu tout en les photographiant. Détruire les appareils photo : un moyen de révéler son obsession pour le surplus d’images auquel nous sommes soumis.

Si les artistes utilisant des instruments rudimentaires pour faire de la photographie sont nombreux, l’exposition du Centre Pompidou révèle un Steven Pippin fondamentalement singulier, davantage attaché au fait de rendre ses machines célibataires pour créer de fantastiques aberrations optiques.

01. STEVEN PIPPIN
Laundromat Locomotion (Walking Backwards),
[Marche à reculons]
L-L n°04, 1997
Douze épreuves positives par contact des films négatifs originaux
© Steven Pippin
02. STEVEN PIPPIN
Laundromat Locomotion (Horse & Rider) [Cheval et Cavalier]
L-L n°00, 1997
Photo documentaire de l’installation-performance
© Steven Pippin
03. Mamiya 330, de la série Non Event, 2010
(Une des deux images formant un dyptique)
Épreuve couleur
Collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – CCI
AM 2016-685
© Steven Pippin
04. STEVEN PIPPIN
Photo résultat de la série Non Event, le 18 mai 2010 à midi.
Épreuve couleur
© Steven Pippin

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