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Sebastiao Salgado au Musée de l’Homme  « L’art ne peut rien changer tout seul »

Sebastiao Salgado au Musée de l’Homme « L’art ne peut rien changer tout seul »

07 décembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Musée de l’Homme passe à l’action et lance demain sa saison « En droits ». Plus qu’une célébration des soixante-dix ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il s’agit d’un manifeste en art et en mots pour éclairer les consciences.

 

Le Musée de l’Homme est le lieu très symbolique où LA déclaration a été signée. Alors, jusqu’en juin, au Musée et à Chaillot vont se dérouler des expos et des spectacles. Enfin, devrait. A cause de la manifestation qui s’annonce enragée, des gilets jaunes, le spectacle d’Anne-Laure Liégeois qui devait avoir lieu le 8 est annulé.

Au cœur de la période d’ouverture se trouve l’exposition sublime de Sebastiao Salgado dont le travail résonne de façon glaciale avec le travail de Lia Rodrigues qui présente sa pièce Furia au Festival d’Automne jusqu’au 15 décembre. Comme elle, il prouve par l’image que le pire est là depuis longtemps et qu’il n’y a rien de nouveau au Brésil. Déclarations se compose d’une seule grande salle, et d’une trentaine de photos sans autres fils conducteurs qu’un format harmonieux et le fait de montrer les humains, dans leur dignité au cœur de la nature.

Le célèbre photographe est né au Brésil et il l’affirme : « Cette charte pour nous qui venons d’un pays sous développé est essentielle, elle est plus bafouée de notre côté »

Alors, toute la misère du monde s’offre à nous sans jugement. Il y a ces bébés  abandonnés dans un orphelinat, à Sao Paulo ( Centre de la FEBEM dans le quartier de Pacaembu), une autre qui montre des  enfants nés en prison à Hong Kong, les cerceuils des paysans sans terre  assassinés au Brésil le 17 avril 1996 par la police militaire. Il y a des images plus douces comme cet homme en prière seul dans l’immensité du désert. Et le Rwanda, les Philippines, la France, la Sicile. Il ajoute « La planète est belle. Les êtres humains sont beaux partout . Il faut transmettre cette dignité »
On connait bien le talent unique de Salgado qui donne l’illusion d’une trois dimension au gris. Le noir et blanc met la nature, les hommes et les époques à égalités. Tout son travail semble militer pour l’article 18 de La Déclaration : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion »

On apprendra qu’il travaille sur l’Amazonie en ce moment, et qu’il a photographié en couleur, sur commande jusque dans les années 80. Il dit « quand je passais en noir, je pouvais travaillais en paix, on a pas noir et de blanc, dans les gris je pouvais transmettre tout ce que je voulais. La couleur me déconcerterait pour réaliser mes images ». Il ajoute : »L’art ne peut rien changer tout seul. Mais dans un mouvement ,ça peut ! »

 

Et du mouvement, dans cette ouverture de la saison En droits, il y en a !

Autour de lui, comme entouré, se trouvent deux expositions que tout oppose dans la forme mais dans le fond. D’un côté sur un petit mur, comme on peut le penser chez soi, comme un cocon, Clarisse Rebotier a installé Hic et Nunc.  La lauréate du Prix Coup de cœur du Festival Européen de la photographie de nu à Arles redonne de l’humanité et une identité aux réfugiés. « Je ne voulais pas faire de portraits misérabilistes. Je voulais leur offrir un accueil, sur le long terme ».

Elle a donc organisé « un atelier de portrait en photographie argentique » et a ainsi tissé un lien qui n’a rien d’un one shot. On croise Rose, Najaax Kumar, Khadija et une dizaine d’autres corps en pied, le visage qui pose, heureux,  sur l’esplanade des droits de l’homme.

 

 

Dans l’Atrium Paul Ravet  la  colombe en métal de Pauline Ohrel semble prête à s’échapper. Elle chapeaute une autre colombe, en peinture, signée OBEY. Cette salle est dédiée au street art. L’Assemblée Nationale a prêté la magistrale Liberté, Egalité,  Fraternité  de JonOne. Dans cette salle, beaucoup de murs sont encore blanc, juste siglés par le numéro de l’article attribué à chaque artiste. Car là est l’idée géniale : demander aux artistes de penser chacun une oeuvre, qui sera une performance. Le 13 janvier on pourra voir  Zag et Sia investir un grand escalier d’une anamorphose sur « plastigraphe », une matière qui permet de décoller l’oeuvre et de la repositionner. Une idée folle donc, celle d’une exposition en mouvement.

De la beauté, de l’émotion et de la modernité au service d’une meilleur lecture de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 

 

Tout le programme de la saison En droits est ici.

 

Visuels :

Doves_Shepard Fairey 2012_153x112cm © Collection Nicolas Laugero Lasserre

ROSE & KHADIJA – Série Hic et Hunc © Clarisse Rebotier

et ©Salgado.JPG

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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