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L’humain est un animal comme les autres

L’humain est un animal comme les autres

01 avril 2022 | PAR Laetitia Larralde

Cette année, le Domaine de Chamarande se place sous le signe de l’animal. La première exposition de la saison, Devenir (un autre) animal, met en avant la multitude de liens qui existe entre tous les êtres de la Nature.

La nouvelle saison artistique du Domaine de Chamarande s’appelle Je suis un animal et va questionner notre rapport à la nature, aux animaux, à notre animalité. Le Domaine proposera plusieurs expositions dont Devenir (un autre) animal, Odonchimeg Davaadorj ou Art Orienté Objet, et il sera suivi dans cette thématique par différents acteurs culturels de l’Essonne, autour de la collection du Fonds départemental d’art contemporain de l’Essonne.

En ce début de printemps, les 98 hectares du parc du Domaine de Chamarande sortent de leur torpeur hivernale et plantes et animaux font revivre la forêt et les jardins. Quel thème plus évident que celui de la nature, et plus précisément de l’animal, pourrait-on choisir pour Chamarande ? Ici, le château est une exception parmi les éléments du paysage. Ainsi, au milieu de cette nature omniprésente, où l’humain n’est que l’une des composantes de l’écosystème, pas question de faire de séparation entre humain et animal. L’humain est un animal comme les autres.

Les neuf artistes présentés dans Devenir (un autre) animal mettent en relief les connections visibles ou souterraines entre l’animal humain, les autres animaux et la nature dans sa globalité. Bien que la culture occidentale ait depuis très longtemps placé l’Homme au-dessus de la Nature, opposant nature et culture, raison et instinct, humain et animal, la culture populaire est remplie de personnages hybrides. Les animaux de dessin animé parlent et se comportent comme les humains, la mythologie est peuplée de centaures, sirènes et autres chimères, remettant ainsi en cause cette volonté de séparation bien nette. Julien Salaud nous propose un exemple particulièrement représentatif des hybridations possibles avec son Cerfaure, corps de cerf, buste d’homme et ramures en branches, un cor de chasse à la main et des broderies de perles sur le corps.

La notion de transformation est abordée dans les 76 dessins créés par Edi Dubien par la figure de l’adolescent et sa juxtaposition à des figures animales. Une multiplicité de liens est établie entre les espèces et l’idée d’animal totem n’est pas loin, comme une possibilité offerte de choisir ce en quoi on pourrait se transformer, que ce soit un prédateur, un insecte, un animal de compagnie ou encore un végétal. L’installation de Nicolas Tubéry souligne quant à elle que les liens entre êtres, d’une même espèce ou non, provoquent eux aussi des transformations, des adaptations des deux côtés. Les œuvres délicates d’Odonchimeg Davaadorj montrent ces connexions, fils rouges tendus entre deux êtres, pointillés percés dans la feuille ou juste des personnages main dans la main.

Mais ces liens ne sont pas uniquement bienveillants. Les trophées de chasse de Benoit Huot recouverts de broderies, perles et autres décorations, animaux chassés croulant littéralement sous le poids de la culture humaine, transformés et rendus à une nouvelle vie par l’artiste à la manière d’un docteur Frankenstein. Plus loin, les pigeons qui s’écrasent contre les planches de bois de Delphine Gigoux-Martin mettent en valeur le mépris que l’on peut avoir pour certaines espèces, quand les Wilder Mann de Charles Fréger nous rappellent l’ambivalence entre peur et fascination pour l’animal sauvage.

Enfin, les louves de Katia Bourdarel, figures nourricières dans l’imaginaire collectif, à l’inverse du loup prédateur, viennent nous rappeler que tout animal est doué d’intelligence et de sensibilité. Car seuls des êtres sensibles peuvent créer des liens hors de leur famille et hors de leur espèce telles que les louves ayant élevé Romulus et Rémus ou Mowgli. Si l’humain est certes l’espèce qui a su construire et maîtriser son environnement de la façon la plus poussée (mais aussi le détruire de même), cela ne lui donne pas pour autant le monopole de l’intellect et du ressenti.

A l’image de l’installation de La « S » Grand Atelier qui efface les frontières entre art brut et art contemporain, humain et animal, instinct et réflexion, Devenir (un autre) animal nous propose à nous humains de retrouver une place au sein de notre environnement, au lieu de le regarder de haut.

Devenir [un autre] animal
Du 26 mars au 18 septembre 2022
Domaine départemental de Chamarande

Visuels : 1- Edi Dubien, Le cri primal, 2021, Aquarelle et crayon sur papier – 32 x 24 cm , Courtesy de l’artiste © Edi Dubien, 2022 / 2- Katia Bourdarel, Je suis une louve, 2012 – Résine, acrylique et textile – 100 x 155 x 50 cm – Photo : Franck Couvreur – Courtesy Collection Fondation Villa Datris / 3- Charles Fréger, Wilder Mann, depuis 2010 – Perchten, Werfen, Autriche – Photographie – 145 x 110 cm © Charles Fréger, 2022 / 4- Delphine Gigoux-Martin, De la fin du vol, 2012-2022 – Détail – Technique mixte © Delphine Gigoux-Martin, 2022 / 5- Benoit Huot, La force, 2021 – Technique mixte – 100 x 90 x 50 cm – Courtesy de l’artiste – Photo : Aurélien Mole © Benoit Huot, 2022

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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