BD
Les Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens, la BD pour tous

Les Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens, la BD pour tous

09 juin 2021 | PAR Laetitia Larralde

Les 25 ans des Rendez-Vous de la BD d’Amiens auraient dû être fêté en juin 2020, mais la crise sanitaire a forcé à annuler l’évènement. Remplacé alors par un magazine distribué gratuitement aux Amiénois, le festival revient en force pour cette édition, prêt à envisager les 25 prochaines années.

La bande dessinée, un art ancré dans le territoire

L’engagement des différents acteurs, l’association On a Marché sur la Bulle et le Pôle BD Hauts-de-France notamment, montre un ancrage sur le territoire autour de la bande dessinée de plus en plus fort. Côté festival, de nouvelles institutions comme la Maison de la Culture et le Musée de Picardie accueillent des expositions. De plus, chose rare, tous les auteurs intervenant pendant le festival sont rémunérés.

Le reste de l’année, la BD reste un sujet important dans la ville, ainsi que dans la région. La friche du Tri postal sera réhabilitée pour 2023, proposant un lieu pérenne où travailler, étudier et exposer autour de la bande dessinée et des arts visuels. L’université de Picardie Jules Verne, qui propose déjà une formation métiers de la bande dessinée jusqu’à la licence 3, a pour projet de continuer jusqu’au master, pour offrir un cycle d’études complet.

Un accompagnement de tous les âges de la lecture

Pour la troisième année, les quatre weekends du festival s’installent dans les 5000 m² de la Halle Freyssinet. La grande halle de béton offre un espace fantastique où les expositions, ateliers, rencontres, dessin live et librairies peuvent se déployer. Sur les cimaises en vagues blanches pensées par Marc-Antoine Mathieu et l’atelier Lucie Lom, les expositions s’adressent à tous les âges.

Côté jeunesse, les tous petits pourront assister à des lectures ou des séances de kamishibai. Pour les plus grands, quand ils ne dessineront pas avec les auteurs, ils pourront découvrir les éditions Biscoto et son exposition autour de l’album Le meilleurissime repaire de la terre d’Oriane Lassus. Des ateliers danse seront organisés dans l’exposition sur Emma et Capucine de J. Hamon et L. Sayaphoum, ainsi que la présentation de costumes en lien avec l’Opéra de Paris. Enfin, Dorothée de Monfreid et ses Toutous proposeront de découvrir les étapes de création de la bande dessinée.

Plusieurs espaces sont consacrés aux étudiants. Un coup de projecteur est mis sur les très nombreuses actions en milieu scolaire, notamment les prix des collégiens et des lycéens. Les étudiants du cycle supérieur ont, quant à eux, l’occasion de monter leur propre exposition autour de leurs travaux aux univers graphiques très variés sur le thème de Picasso ou le théâtre de l’imaginaire, en partenariat avec le Musée Picasso. Enfin, les anciens élèves rejoignent ceux de cette année pour parler études, bande dessinée et avenir.

Cyril Pedrosa, de Ring Circus à L’Age d’or

Parmi les grandes expositions de cette édition des Rendez-Vous de la Bande Dessinée, deux se démarquent de par leur ampleur. En effet, celle sur Cyril Pedrosa, auteur de l’affiche du festival de cette année, et celle sur BD et archéologie se composent toutes les deux en deux volets sur deux sites. A la Halle Freyssinet, L’arbre et la manière propose une rétrospective de la carrière de Cyril Pedrosa. On navigue entre les planches en couleur, les crayonnés, les carnets de croquis ou les planches en noir et blanc, de Ring Circus à L’Age d’or, en passant par Trois ombres, Equinoxes, Portugal ou Autobio. Outre la virtuosité indéniable de l’auteur, on aime à voir les différents styles qu’il met en place selon ses albums. Les planches, parsemées d’arbres, nous emportent dans l’univers riche et fascinant de Cyril Pedrosa.

Dans une autre approche, la Maison de la Culture d’Amiens a choisi de se concentrer sur L’Age d’or, le diptyque réalisé par Roxane Moreil et Cyril Pedrosa. L’exposition se divise en deux temps : le fond et la forme. Pour aborder le propos de l’album, les commissaires proposent de sauter à pieds joints dans ce livre-monde qu’est L’Age d’or. Les planches sont reproduites sur des panneaux très grand format, sans que cela nuise à la qualité de l’image toujours aussi vibrante de détails, et l’on aborde les différents thèmes de l’album.

La fable moyenâgeuse reflète les problématiques de notre époque : la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, les gilets jaunes ou encore l’affaire Fillon se retrouvent dans les combats et les utopies des héros du livre. Pour compléter le parallèle entre la bande dessinée et l’époque dans laquelle elle a été créée, des œuvres du FRAC Picardie dialoguent avec le trait de Cyril Pedrosa. La Maison de la Culture a également commandé à Edward Perraud, jazzman associé à leur label, la bande son de l’album, que l’on peut écouter sur des transats, dans une petite salle propice à la rêverie.

Dans sa deuxième partie, l’exposition s’attarde sur les recherches graphiques de L’Age d’or. On constate que les références à l’art du Moyen-Age ont conditionné à la fois les couleurs et la composition de l’album. Autour des vidéos montrant le processus de fabrication, des carnets de recherche et des planches originales, on retrouve des sculptures du Musée de Picardie, des analyses d’historiens ainsi que des reproductions d’œuvres telles que La Dame à la licorne. La Maison de la Culture nous propose une lecture de la bande dessinée remise dans son contexte de création, un reflet de notre société aux ramifications nombreuses.

Archéologie et bande dessinée

La seconde grande exposition, Chasseurs d’histoires, chasseurs de trésors, archéologie et bande dessinée, se visite à la Halle Freyssinet et au Musée de Picardie. Reprenant l’idée de l’exposition L’archéologie en bulles du musée du Louvre, partenaire des expositions par le prêt de pièces du Trésor de Boscoreale, l’exposition s’appuie sur l’importance des fouilles archéologiques à Amiens et dans sa région.

Le Musée de Picardie lui-même a subi un travail de restitution historique de ses salles. Après trois ans de fermeture, le musée a rouvert avec ses couleurs d’origine du XIXème siècle à l’identité forte et un nouvel aménagement des sous-sols voûtés en brique qui accueillent les collections archéologiques. C’est là que les planches de Marc-Antoine Mathieu, Vuillemin, Emmanuel Guibert ou encore Nicolas de Crécy sont disséminées selon un tracé de carte au trésor, nous mettant ainsi dans la peau des archéologues héroïques de notre imaginaire.

Les planches nous proposent des récits construits autour de personnages devenus mythiques ou d’objets qui ont depuis longtemps perdu leur histoire et que nous devons reconstituer. Au milieu des collections permanentes, les planches de bande dessinée, dont certaines ont été commandées pour l’occasion, à Pierre-Henry Gomont par exemple, dialoguent avec les objets autour de l’idée de trésor. Entre grandes figures de l’archéologie, fouilles au quotidien et découvertes récentes, le passé et le présent se rencontrent dans des récits fertiles.

A la Halle Freyssinet, l’exposition se concentre sur l’archéologie comme source d’inspiration de récit. Autour d’une tour de Babel hybridée de tour Perret qui renferme les fouilles archéologiques, les planches se déploient avec leurs univers plus ou moins librement inspirés des civilisations enfouies. Bilal, Boucq, Berberian, Druillet ou Manara côtoient Gotlib, Jul, Paco Roca ou Mathieu Bablet dans des mondes allant de la reconstitution à l’anticipation. Ici, les modèles découverts par les chercheurs servent de base à l’imagination des auteurs. Et juste à côté de la Halle, les ruines antiques récemment excavées nous rappellent que l’archéologie est toujours une question contemporaine.

Un festival généreux

Parmi les autres expositions, citons Libres ?, une réflexion collective sur la question de la place de la femme dans la société actuelle. Basée sur les textes d’Ovidie et Diglee, on aborde ici de nombreuses problématiques auxquelles les femmes sont confrontées aujourd’hui en France. Le genre, la sexualité féminine, l’invisibilisation de la femme, la place politique, la représentation du corps, les règles ou encore les violences sont parmi les thèmes que les auteurs et autrices de BD ont abordé et incitent à y réfléchir ensemble.

L’exposition sur la série manga Blue Giant de Shinichi Ishizuka centrée sur l’univers du jazz est en soi un évènement. Première exposition monographique manga du festival, les planches pleines d’énergie au dessin classique du seinen nous attendent dans l’écrin d’un bar de jazz. Notons également une escale très pop dans l’univers des trois albums de Clérisse et Smolderen. On se promène des années 1950 aux années 1980 dans le dessin coloré de Souvenirs de l’empire, L’été Diabolik et Une année sans Cthulhu. Enfin, Thierry Martin propose de découvrir le défi qu’il a lancé à une vingtaine d’auteurs : créer une histoire à partir de trois enveloppes à fenêtre, où chacun joue avec le cadre imposé.

Cette 25ème édition des Rendez-Vous de la bande dessinée d’Amiens est encore une fois l’occasion de découvrir le travail de certains auteurs et de retrouver ceux que l’on aime déjà. Riche de nombreuses façons d’aborder la bande dessinée, pour tous les âges et tous les publics, lecteurs ou non, chacun y trouvera son compte, et certains des plus réticents ne manqueront pas d’être séduits par cet art aussi varié qu’il y a d’auteurs et de lecteurs.

 

Les 25èmes rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens
Festival du 5 au 27 juin 2021 – Halle Freyssinet, Amiens – gratuit, réservation obligatoire
L’âge d’or, une épopée politique : du 27 mai au 10 octobre 2021, entrée libre, Maison de la Culture d’Amiens
Chasseurs de trésors, archéologie et BD : du 29 mai au 29 aout 2021, Musée de Picardie, Amiens

Visuels : 1- affiche / 2- Cyril Pedrosa et Roxane Moreil ©Jorge Fidel Alvarez – RdvBD Amiens / 3-5-7-9- Vues des RdvBD, Halle Freyssinet ©Jorge Fidel Alvarez – RdvBD Amiens / 4- Blue Giant, Shinichi Ishizuka / 6- enveloppes de Thierry Martin / 8- visuel expo Clérisse Smolderen

Comment réussir le post covid dans le secteur culturel ? Les résultats de l’enquête Toute La Culture x Sendethic
Agenda cinéma du 9 juin
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture