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Les rencontres d’Arles retrouvent de la couleur

Les rencontres d’Arles retrouvent de la couleur

18 juillet 2021 | PAR David Hanau

Après une difficile année d’interruption, les Rencontres de la Photographie d’Arles ont ouvert leurs portes le 4 juillet dernier, avec une nouvelle identité visuelle et un tout nouveau directeur, Christoph Wiesner. Jusqu’au 26 septembre, plus d’une vingtaine d’expositions réparties sur 18 sites attendent cette année les visiteurs. Une 52e édition riche, vive et dynamique, qui réussit à nous faire oublier le vide laissé par l’année 2020 !

Au contact des émergences

Par où commencer ? C’est sans doute la toute première question que s’est posée le tout nouveau directeur des Rencontres, Christoph Wiesner, qui a succédé en septembre dernier à Sam Stourdzé, et qui a probablement dû construire, sous l’incertitude et l’urgence, une édition 2021 qui faisait le pont entre une année avortée, et des Rencontres 2021 encore plus attendues que d’habitude…

Par où commencer ? C’est aussi la question que le visiteur arlésien se posera immanquablement face à la profusion d’expositions qui l’attendent.

C’est peut-être comme une bouée qui flotte à l’horizon de nos doutes : les Rencontres proposent cette année un nouvel espace dédié aux émergences et aux jeunes talents, en accueillant le Prix Découverte Louis Roederer au cœur d’Arles, dans l’église des Frères Prêcheurs, à proximité de l’accueil principal des Rencontres. La commissaire d’exposition de cette sélection 2021, Sonia Voss, a travaillé en toute complicité avec la scénographe Amanda Antunes pour offrir au public une expérience intense et envoutante. Outre le Prix 2021 décerné à Tarrah Krajnak pour sa proposition  Rituels de Maîtres II : Les nus de Weston, et le prix du public décerné à Ilanit Illouz pour son travail dans le désert du Wadi Qelt en Cisjordanie, Wadi Qelt, dans la clarté des pierres, le visiteur appréciera une belle sélection d’une dizaine de travaux de talents photographiques émergents.

 

Le jeu des identités

En restant au cœur d’Arles, on pourra sans doute hâter le pas pour se diriger vers la place de la République autour de laquelle s’articulent de nombreuses propositions.

En entrant dans l’église Saint-Anne, l’exposition The New Black Vanguard énonce les couleurs éclatantes de la très créative scène africaine de la mode, qui ouvre de nouvelles voies, de nouveaux rapports au corps, une infinité de jeux d’identités…

Comme une réponse distanciée à cette question des identités, c’est en face, aux Palais de l’Archevêché, que l’on peut découvrir la magnifique rétrospective consacrée au travail du Photographe Pieter Hugo, une série de portraits de personnages en marge, qui ne manquera pas d’interroger les visiteurs sur les questions de la normalité.

Comme un rappel géographique de cette ligne de tension identitaire qui traverse nos sociétés, il faudra aussi faire plus tard une place de choix à l’exposition Masculinités qui attend les visiteurs à l’Atelier de Mécanique du Parc des Ateliers, l’occasion évidente de découvrir également la toute nouvelle fondation LUMA. Cette grande exploration sans faille des enjeux du Masculin est une très belle réponse visuelle au réveil des féminismes qui truste l’ère post MeToo que nous traversons.

 

Échapper au temps

Si l’on reste un peu sur cette place de la République, on se dirigera sans nul doute au Cloître Saint-Trophime. Outre la beauté des lieux, l’exposition Blue Skies d’Anton Kusters répond de façon troublante à la promenade céleste offerte par les toits de ce cloître. L’artiste a arpenté le territoire allemand pour y photographier les ciels qui recouvrent de leur lumière les camps de la mort, connus ou moins connus, et qui hantent aujourd’hui autant les consciences que la cartographie d’outre-Rhin.

À proximité de là, c’est une autre renaissance que l’on contemplera : celle du musée Arlaten. Outre les très belles fouilles archéologiques qu’il nous révèle, outre la sublime rénovation de ce musée consacré aux arts et traditions populaires provençales, c’est dans sa grandiose chapelle que se niche la belle rétrospective consacrée à la photographe Sabine Weiss, une invitation à traverser les époques que cette infatigable témoin de son temps a su capturer avec son regard oblique.

Laissez-vous alors happer par l’église des Trinitaires. Vous y découvrez l’exposition Thawra ! Révolution !, qui vous embarquera avec force au Soudan au cœur de la révolution qui a entrainé la chute du dictateur Omar-el-Bechir et de son terrible régime. La diversité des regards et des propositions vous immergera dans cette autre réalité, un voyage photographique et intime dans un territoire qui bascule.

Comme une réponse acidulée qui révèle toutes les couleurs de la dictature, on marchera quelques minutes pour aller contempler les esthétiques portraits proposés en grands formats par Stéphane Gladieu au jardin d’été. Un véritable petit périple en Corée du Nord (dite démocratique), une société sous blister qui vous fera sourire autant qu’elle vous inquiètera.

 

La puissance du son

Pour évacuer vos émotions, rien de mieux que de continuer le chemin pour rejoindre le très bel espace Croisière. Là, vous y découvrirez pas moins de 7 expos (4 des Rencontres, et 3 autres associées).

Parmi celles-ci, notre attention s’est particulièrement arrêtée sur Jazz Power !, une rétrospective des photographies parues durant 20 ans dans Jazz Magazine, une épopée qui traverse tous les grands moments du Jazz, et qui remplira vos regards des blue notes de ces prodigieuses années de création sonore.

Signalons aussi dans cet espace la « Plage Polka », qui révèle notamment le regard d’enfant de Daido Moriyama sur Hawaï, dont certains tirages sur papier argent fixeront votre mémoire visuelle.

 

Prises uniques

Arpentez encore un peu les chemins arlésiens pour vous rapprocher de la gare… Un move idéal si le train du retour vous attend.

Et n’hésitez surtout pas à entrer avant cela dans le Monoprix de la place Lamartine, qui offre à l’étage deux très belles expos.

Attardez-vous bien sûr à la découverte du travail photographique de Charlotte Perriand, qui révèle notamment tout son engagement politique et « d’utilité sociale », puisqu’en utilisant la photographie comme « outil d’observation du réel », elle avait su mettre son talent au service d’institutions comme le ministère de l’Agriculture qui lui avait commandé en 1937 des travaux pour sa salle d’attente, et inciter ainsi à l’amélioration des conditions de vies des paysans français.

Mais c’est le dispositif de l’expo Désidération d’Amanda Sin qui aura vraiment retenu notre attention. Une scénographie qui hybride des formats photos et vidéos dans une collusion visuelle, comme une exploration de l’intimité de l’artiste et de son univers intérieur. Si le propos est sans doute assez classique, cette mise en scène est un véritable « Proof of Concept » de l’intérêt artistique des pratiques interdisciplinaires.

 

Une halte majeure de notre été

Si vous avez décidé d’arpenter les chemins de la Provence cet été, ne manquez donc pas de faire une belle place à la cité camarguaise dans votre programme. Les Rencontres d’Arles s’affirment une nouvelle fois comme un incontournable de l’été 2021.

visuels © David Hanau

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David Hanau

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