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Les grandes eaux du Palais idéal

Les grandes eaux du Palais idéal

18 mai 2022 | PAR Laetitia Larralde

Jean-Michel Othoniel a pris le pari osé de concrétiser un rêve de Ferdinand Cheval : mettre en eau son Palais idéal. Avec humour et délicatesse, il s’immisce dans une œuvre d’art totale.

Le Palais idéal est une œuvre complexe, habitée par son créateur, Ferdinand Cheval, facteur de métier. En 1879, lors d’une de ses tournées (30 à 40 km à pieds par jour), il bute sur une pierre remarquable qui le pousse à concrétiser son rêve : créer un Palais des fées. Pendant 33 ans, il ramasse des pierres sur sa tournée et construit son palais pendant la nuit, le peuplant de monuments des quatre coins du monde, de végétaux, d’animaux, de fontaines et de citations, recréant dans son potager le monde en miniature. Classé Monument Historique en 1969 par André Malraux, on le dit d’art naïf ou d’art brut, mais c’est avant tout une œuvre d’art totale.

Dans ce contexte, comment un autre artiste pourrait-il créer un dialogue avec le Palais ? Jusque-là, Frédéric Legros, le directeur du site, installait les œuvres en regard, chacun dans son périmètre. Mais le lien particulier qui relie Jean-Michel Othoniel et le Palais idéal l’a poussé à oser la confrontation directe pour la première fois. En effet, Jean-Michel Othoniel a souvent visité le lieu pendant ses vacances quand il était enfant et a ensuite travaillé sur le sujet des artistes dits singuliers ou bruts pendant ses études. Des liens autant personnels qu’artistiques.

L’artiste a donc choisi de se glisser dans les interstices de la création du facteur Cheval. Il pare les ouvertures de vitraux, occupe les niches par des fontaines et habille les pots de fleurs de perles de verre, s’arrogeant les creux entre les fourmillements minéraux. Pour guider sa création, Jean-Michel Othoniel s’appuie sur plusieurs références au travail du facteur et cherche à réaliser son rêve : que son Palais s’anime de jeux d’eau. A partir du seul dessin original restant, il réalise une série d’aquarelles, visibles dans l’espace du musée, et organise le parcours de l’eau.

Ses fontaines, sur des socles de briques de verre soufflé d’un bleu iridescent et parfois rose ou or, répondent de façon formelle aux motifs du Palais : devant le buste de Socrate se trouve la coupe de cigüe, ou la niche de l’autruche accueille un bel œuf blanc. Les six vitraux reprennent quant à eux les motifs de la Source de vie et de l’Arbre de vie, les motifs de feuillage et de perles, dans des tonalités de bleu et d’orangé, créant une atmosphère liquide à l’intérieur du Palais. Pour ceux qui visitent le Palais idéal pour la première fois, les interventions d’Othoniel paraissent naturelles, un prolongement de verre de l’univers minéral. Et si au premier abord l’ensemble de fontaines placées devant la façade Est semblent un peu déconnectées de l’œuvre, on se rend compte qu’elles viennent s’installer à l’endroit même de la rivière artificielle imaginée par Ferdinand Cheval.

Dans le musée, en plus des aquarelles, nous retrouvons des œuvres déjà existantes à côté de son travail préparatoire. Le Precious Stonewall, composé de 2500 briques de verre couleur ambre soufflées chacune à la bouche par des artisans indiens, comme autant de souffles matérialisés, et enveloppées de colliers de perles de verre, se dresse dans l’espace comme une architecture à la présence rappelant celle du Palais. La Grotta Azzura, fontaine-grotte présentée au Petit Palais, souligne les liens préexistants entre Cheval et Othoniel. Une série de dessins à l’encre noire, issus des recherches sur le Palais, nous montrent que la création est un aller-retour permanent, un échange entre les artistes et leurs inspirations.

Sous le soleil de la Drôme, les œuvres d’Othoniel apportent une fraîcheur aquatique à l’obsession minérale du facteur Cheval. Celui-ci aurait-il apprécié qu’un autre artiste ajoute des éléments à son œuvre ? S’il est difficile de répondre par l’affirmative, une chose est pourtant sûre : Jean-Michel Othoniel a su capter l’essence du langage du facteur Cheval.

Jean-Michel Othoniel – Le rêve de l’eau
Du 14 mai au 06 novembre 2022
La Palais idéal du facteur Cheval – Hauterives

Visuels : 1- Trésors et Fontaines, Palais idéal du facteur Cheval © Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022 / 2- Jean-Michel Othoniel au Palais idéal du Facteur Cheval / 3- Oriflammes, Palais idéal du facteur Cheval © Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022 / 4- Vitraux, Détail, Palais idéal du facteur Cheval © Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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