Cinema
Cannes 2022, Jour 1 : Une cérémonie d’ouverture à fort impact social et politique

Cannes 2022, Jour 1 : Une cérémonie d’ouverture à fort impact social et politique

18 mai 2022 | PAR Paul Fourier

La soirée qui a lancé le 75e Festival de Cannes a vu, comme il se doit, défiler les robes les plus folles. Elle aura surtout été l’occasion de la réaffirmation d’un Festival ancré dans la réalité du monde. Une soirée intense.

Que ce soit devant sa télévision (Canal + passe cette année le relais à France télévision et Brut) ou dans la salle du Grand Théâtre Lumière, le public réuni, ce mardi soir, était celui hybride de la plus grande fête du cinéma au monde. Certains étaient venus pour le glamour, les paillettes et les robes de haute couture. Et, comme de coutume, ils ont été servis royalement lors d’une montée des marches d’une heure et demie qui a vu passer stars, starlettes, acteurs et actrices, réalisateurs et réalisatrices plus ou moins connus. Le défilé, de Gérard Jugnot à Jacques Gamblin, de Marco Bellocchio et l’équipe de son film à Catherine Corsini, d’Alex Lutz et de Damien Bonnard à Aissatou Diallo Sagna, Guillaume Gallienne, Françoise Fabian et Anne Parillaud, affichait fièrement l’éclectisme d’une manifestation où se côtoient tous les types de cinéma. Rossy de Palma menait son équipe de la caméra d’or, Valeria Golino, la sienne d’Un Certain Regard.

Mais ce que l’on retiendra de cette cérémonie, ce n’est pas cette dimension devenue, somme toute, l’image inépuisable de Cannes.

Car au milieu se tenait la sublime Virginie Efira, maîtresse de cérémonie exceptionnelle qui apparue au son de la musique de All that jazz et aura mené son affaire de la manière la plus professionnelle qui soit, juste, sobre et énergique, ne dérivant ni s’empêtrant jamais pour une mission qui s’avérait de grande importance. Elle chanta même, d’une rare élégance, avec Vincent Delerm, après que la salle ait repris les couplets de « Que je t’aime » de Johnny Hallyday.

Lindon et Whitaker

La mission d’Efira était de grande importance car le jury s’affirme, cette année, de haute volée avec les actrices britannique, Rebecca Hall, indienne, Deepika, suédoise, Noomi Rapace et italienne, Jasmine Trinca, les réalisateurs iranien, Asghar Farhadi, français, Ladj Ly, américain, Jeff Nichols et norvégien, Joachim Trier. On ne les entendit pas mais ils eurent le plus passionné des porte-paroles en la personne de leur Président Vincent Lindon dont on connait l’engagement dans la vie de la cité. Il parla de cette planète qui « saigne, qui souffre et qui étouffe ». Il cita l’Ukraine mais aussi le Yémen et le Darfour. Il rappela, chose bien utile après l’épisode désastreux du Covid, que la culture n’est pas accessoire mais le centre des sociétés et se demanda si nous ne sommes pas en train de danser sur le Titanic. Il finit par l’affirmation qui nous incombe « d’être vivant et de le savoir ».

Mission de grande importance aussi car le Festival attribuait une palme d’honneur à Forest Whitaker, l’homme aux mille (ou presque) rôles de Bird (1988) au Dernier Roi d’Écosse (2006), de Ghost Dog à Star Wars, de Platoon (1986) à Good Morning, Vietnam (1987), Panic Room (2002), Le Majordome (2013) et Black Panther (2018). Un acteur, et on y revient, qui est engagé et a fondé, en 2012, la fondation Whitaker Peace and Development Initiative (WPDI).

On avait pu, le matin, découvrir le documentaire suivant des personnes courageuses oeuvrant pour le calme et l’arrêt de la violence au Soudan du Sud, qu’il soutient va sa fondation. Au nom de la paix s’est avéré au final un peu décevant, s’égarant en décrivant trop de choses : son choix est par exemple de donner autant de place à la tentative de négociation d’une jeune fille très volontaire avec des chefs tribaux ennemis, qu’à l’essai pour apprendre le foot aux jeunes et utiliser ensuite ses vertus fédératrices. Il apparaît du même coup trop en surface, pas assez réfléchi.

Volodymyr Zelensky !

Puis Virginie Efira salua ceux qui ont toute leur place ici, les réalisateurs ukrainiens et dissidents russes avant que n’apparaisse, sur grand écran, devant un public littéralement estomaqué le visage de Volodymyr Zelensky qui, après ses apparitions dans les grandes assemblées politiques, faisait de Cannes ce soir, le lieu d’une bataille qui reliait le cinéma au monde, du drame de fiction au drame monstrueux du réel. Il lia cinéma et fascisme, cita Chaplin et « J’aime l’odeur du napalm au petit matin », phrase d’Apocalypse Now qui nous faisait ressentir l’odeur de guerre que les Ukrainiens sentent quotidiennement.

Voir Zelensky sur un écran qui paraissait comme un fin symbolique du tapis rouge cannois, c’était déjà la plus belle image d’une édition qui s’annonce d’une singularité puissante.

Restait à la merveilleuse Julianne Moore de déclarer ouvert ce 75e Festival et à savourer l’épopée horrifico-drôlatique de morts vivants du premier film projeté, « Coupez ! » de Michel Hazanavicius…

Pour lire notre critique de cette « Nuit américaine » (ou plutôt japonaise!) des Zombies où Romain Duris s’arrache les cheveux sur un plan-séquence, c’est ici

Des Zombies à la fête … 

Alors que Cannes est en ses murs et en son mois de mai pour la première fois depuis 3 ans, la fête est elle-aussi de retour ! Au-dessus du Casino, le club du Palais, 1bd Croisette a été transformé en immense boite 70’s par le fameux Club Silencio, associé cette année à l’agence Nomade. La soirée du film d’ouverture y avait lieu hier, avec un vrai mix qui fait danser (Line up : Good Sisters X Piu Piu x Roni x Jeune Pouce x Habibitch x Anais B), des élégants en smoking sur la grande terrasse et les fameux cocktails signature du club parisien qui prévoit 11 soirs de vraie nuit festive à Cannes. On attend cette semaine au Silencio à Cannes notamment : Kiddy Smile, Arnaud Rebotini, Pedro Winter et Gaspard Augé de Justice.

Non loin de là, au coin de la petite rue Rouguière, le fameux Vertigo accueillait à nouveau les équipes et les guests de la Queer Palm, qui a cette année pour Présidente du jury Catherine Corsini. L’ambiance était ici aussi à la danse avec un club plein dès  1 h du matin. Cannes 2022 sera festif ou ne sera pas !

Visuels : Paul Fourier et Yaël Hirsch.

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