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Le supermarché des images, la nouvelle exposition ambitieuse du Jeu de Paume

Le supermarché des images, la nouvelle exposition ambitieuse du Jeu de Paume

11 février 2020 | PAR Lou Baudillon

Le Jeu de Paume accueille à partir d’aujourd’hui une nouvelle exposition dont l’originalité frappe par son propos, la pluridisciplinarité de son offre ainsi que par son ampleur puisqu’elle occupe la totalité de l’espace d’exposition. Une première pour l’institution. L’ambitieuse exposition, Le supermarché des images, tend à donner à voir et à réfléchir sur ce qu’est l’image aujourd’hui, notamment à travers son impact économique, social et écologique.

Peu habitué aux expositions thématiques, le musée du Jeu de Paume s’offre une monumentale virée dans la vie économique des images. Dans un monde où près de 3 milliard d’images circulent par jour rien que sur les réseaux sociaux, où la saturation de se fait, l’espace change considérablement et se repense. Les commissaires travaillent ainsi depuis 3 ans maintenant à questionner ce monde, les modes de productions et d’échanges des images, leur valeur mercantile ainsi que les bouleversements écologiques et sociaux que celles-ci produisent. Une sélection d’oeuvres pluridisciplinaires s’est donc dessinée, un parcours dans « un supermarché des images » où chaque pièce se positionne au croisement de ces questionnements. À travers 5 grands thèmes : « Stocks », « Matières », « Travail », « Valeurs » et « Échanges », le visiteur pourra alors réfléchir sur l’impact qu’a l’image aujourd’hui.

« Stocks » aborde la question du stockage des images, plus qu’immense aujourd’hui, mais aussi de l’image du stockage puisque la pièce principale de la section, Amazon, est une célèbre photographie de Andreas Gursky figurant un entrepôt saturé d’objets de la filiale Amazon. Image de notre société qui accumule les choses, les autres oeuvres y font également écho par la vision d’amoncellements d’images, la question des droits aux données numériques ainsi que la fragilité de leur conservation. À l’entrée de l’exposition, on est saisis par la mise en scène monumentale de Since You Were Born qui tapisse les murs du hall de pages de recherches internets accumulées dans la mémoire de l’ordinateur de l’artiste Evan Roth telle une mosaïque de sa propre mémoire. Les images représentent également un moyen de quantifier des données numériques et ainsi rentrent dans le schéma d’opérations économiques. Au prémices de cela, on a les « Matières » données à voir dans une seconde section de l’exposition qui rappelle la composante de l’image. Du lourd et poisseux pétrole aux pixels et aux écrans, les matériaux des oeuvres installées convergent finalement jusqu’à l’invisible et néanmoins omniprésent marché. À l’image de cette main formée par des codes de chiffres des fluctuations de la bourse en temps réel, Visible Hand de Samuel Bianchini pointe ainsi la nécessité d’une représentation de l’économie. 

Après avoir rappelé les dangers des moyens de production que demande une image et leur impact parfois invisible sur l’économie et l’écologie, Le supermarché des images invite à repenser le « Travail » qui se trouve derrière. Travail de l’image ou image du travail à l’instar du projet Eine Einstellung Zur Arbeit de Harun Facocki et Antje Ehmann qui fourni une encyclopédie filmée des différentes formes de travail à travers le monde. Puis travail de l’image ; du perfectionnement des algorithmes que nous fournissons nous même lorsque nous répondons aux questions des Captcha qui nous demandent de cliquer sur un certain type d’image pour prouver que nous sommes bien humain aux témoignages d’employer du « clic », payés à faire des « vues » ou des « commentaires » afin d’accroitre ou diminuer l’impact d’une donnée sur le net. Ces oeuvres de Aram Bartholl, Are You Human, et de Martin Le Chevalier, ClickWorkers, invitent à réfléchir sur le travail derrière l’image.

Une quatrième section « Valeurs » questionne la spéculation. Ainsi la valeur se donne à voir directement dans Cash Machine de Sophie Calle, faite d’images de vidéo-surveillance de personnes retirant de l’argent à un distributeur en réfléchissant sur notre rapport à l’argent. Mais aussi plus subtilement par des oeuvres interrogeant l’immatérialité de l’argent, des fluctuations invisibles de la bourse aux chryptomonnaies, de l’immiscion de l’art dans le mercantile et du mercantile dans l’art. Des mouvements traduits par des installations sonores et visuelles qui suscitent la curiosité et l’effet.

Enfin, à la confluence de ces nombreux thèmes de réflexion, on retrouve les « Échanges ». Les images sont alors comme ces objets que cette main tente d’attraper dans le film Hand Catching Lead de Richard Serra : leur rythmes de circulation du plus lent défilement au plus rapide révèlent le fantasme d’attraper des images dont la diffusion s’accélère désormais à un rythme d’échange effréné. L’incessant échange du visible s’accélère au fur et à mesure de l’avancé dans la sélection d’oeuvres, des débuts de la mécanisation du regard à l’obsolescence programmée des images en passant par la question du piratage. Piratage qui aujourd’hui s’est transformé avec l’arrivée d’internet. L’installation The Pirate Cinema du collectif Disnovation.org produit ainsi une visualisation immersive qui permet de vivre en temps réel les bribes des fichiers de consommation visuelle échangés par le piratage de fichiers et d’en mesurer la rapidité surréaliste. 

Avec Le supermarché des Images, le Jeu de Paume réussit à porter un regard artistique novateur et une réflexion complète sur un sujet fort de sens dans notre société contemporaine. En incluant dans chaque section une oeuvre plus ancienne, elle a su démontrer que certains de ces questionnements ne datent pas d’aujourd’hui. Pourtant l’impact qu’ils ont sur nos modes de vies et de communication voir les dangers qu’ils représentent pour l’écologie et les libertés individuelles, nous fait apprécier amplement la modernité du propos de l’exposition. 

 

 

 

Visuels : © Andreas Gursky / Courtesy de l’artiste et Sprüth Magers / ADAGP, 2019 © ADAGP, Paris 2019 / CNAP ©Photo Galerie Nelson, Paris ©L.B © Minerva Cuevas © Samuel Bianchini – ADAGP, Paris, 2019 © Máximo González

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One thought on “Le supermarché des images, la nouvelle exposition ambitieuse du Jeu de Paume”

Commentaire(s)

  • Guionet

    L’exposition « Le supermarché des images » est une farce prétentieuse qui illustre hélas avec cynisme à quel point l’art contemporain se moque désormais de nous. Rien d’émouvant, juste une suite de concepts intellos-arrogants qui font de cette exposition une expérience décevante et inutile. A fuir !

    février 24, 2020 at 0 h 48 min

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