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Le grand retour de Ker-Xavier Roussel au musée des impressionnismes de Giverny

Le grand retour de Ker-Xavier Roussel au musée des impressionnismes de Giverny

29 juillet 2019 | PAR Anna Geslin

Pour ses 10 ans, le musée des impressionnismes de Giverny s’offre le grand retour de Ker-Xavier Roussel. Un peu moins connu que ses compagnons de route, Pierre Bonnard et Edouard Vuillard, il a pourtant contribué à sa manière au rayonnement du postimpressionnisme…

 

L‘exposition « Jardin Privé, Jardin rêvé » au musée des impressionnismes Giverny met à l’honneur une centaine d’œuvres de l’artiste Ker-Xavier Roussel (1867-1944), chose assez inédite, puisque la dernière exposition qui lui était entièrement dédiée remonte à 1968 à l’Orangerie des Tuileries. Cette rétrospective chronologique nous emmène d’abord dans sa période Nabie des années 1890, pendant laquelle il noue de fortes relations avec Edouard Vuillard et Pierre Bonnard. Ces premiers tableaux représentent des scènes de vie quotidiennes, où l’on voit beaucoup de femmes (Femme et fillette; La Terrasse; Au jardin…), notamment une Femme au peignoir bleu moucheté que l’on retrouve à plusieurs reprises, et qui l’on pense représente Marie, sa future épouse (et sœur de Vuillard). On commence aussi à percevoir une grande sensibilité chez Roussel, qui au travers de ses titres quelque peu ésotériques, semble déjà s’inquiéter du temps qui passe (Deux Ages de la vie; Les Saisons de la vie). Au tournant du siècle, le peintre évolue dans sa manière de procéder, il s’intéresse désormais un peu plus à la mythologie. Il se l’approprie et la rend plus moderne en incorporant des éléments de son époque. Dans Faune dansant au tambourin, il apparaît lui-même en double portrait, à la fois le faune qui danse, et l’homme allongé qui se repose. Il aime aussi jouer avec les perspectives comme en témoigne le tableau Le Pêcher en fleur ou Printemps qui donne un effet anamorphique, presque « fisheye » d’un point de vue contemporain.

La section « Tout brûle dans l’heure fauve » met l’accent sur l’aspect érotique des oeuvres de Roussel. Ici les nymphes sont pourchassées, enlevées, violentées. Mais avec Roussel ça n’est pas toujours explicite au premier abord, en effet les couleurs aux tons chauds (orange, rose) nous donnent une impression de douceur, ce qui  contraste avec ces scènes de rapts. Roussel, c’est aussi une vision noire, une vision plus dépressive. Quelques lithographies de centaures, ou de paysages à l’encre de chine, nous plongent dans les périodes plus sombres de sa vie. En effet, il souffrait d’épisodes dépressifs très marqués tout au long de sa vie. Son ambivalence mentale se retrouve aussi dans ses créations.  Il nous surprend par sa facilité à passer de grands formats colorés, gais, érotiques, à des petits formats tout noirs, transpirants de désespoir. Enfin, l’exposition s’achève sur les grands formats, conservés pour la plupart en Bretagne, et qui montre son talent de décorateur. La puissance de ces tableaux se révèle par ce mélange d’éléments modernes à ceux relevant de la mythologie. La Fontaine de Jouvence met en scène sa maîtresse au pied de l’arbre, et lui le vieillard qui boit l’eau de jouvence à ses pieds, dans l’espoir de se rajeunir. Le thème du temps qui passe, est toujours là, comme une obsession chez Roussel…

L’exposition est visible du 27 juillet au 11 novembre 2019, au Musée des impressionnismes de Giverny, de 10h à 18h tous les jours. Prochaine Conférence le Samedi 21 Octobre à 15h30, avec Mathias Chivot, historien de l’art et auteur du catalogue raisonné de l’artiste. 

 

©Visuels: Anna Geslin

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Anna Geslin

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