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L’archéologie des artistes au Mrac Occitanie

L’archéologie des artistes au Mrac Occitanie

31 janvier 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le Mrac Occitanie de Sérignan nous entraîne dans une exploration aux allures archéologiques avec deux expositions monographiques d’artistes très différents : Laurent Le Deunff et Anne et Patrick Poirier.

En ce début d’année, l’actualité du Mrac est dense. En plus de ses deux expositions temporaires, le musée repense l’accrochage de ses collections, consacre son cabinet d’arts graphiques à Valérie du Chéné accompagnée de Régis Pinault et inaugure Stadio, un dispositif artistique pour la médiation d’Olivier Vadrot. Le Mrac bouge, renouvelle les points de vue et crée de nouvelles connexions entre les œuvres, les artistes et le public.

My prehistoric past, le photomontage de Laurent Le Deunff

L’exposition consacrée à Laurent Le Deunff propose un ensemble de pièces représentatives de ses vingt ans de carrière ainsi que plusieurs nouvelles œuvres créées pour l’occasion. L’artiste nous invite à plonger dans un grand décor de cinéma où rien n’est réellement ce qu’il semble être. L’espace est transformé en grotte préhistorique sur le fond de laquelle se déroule l’histoire de son travail, plein de surprises et d’humour. Difficile de démêler le vrai du faux, et c’est justement à ce moment-là que le sourire se dessine, lorsque l’on découvre que ce petit os de poulet est en réalité une sculpture en marbre.

Si Laurent Le Deunff cherche à faire du faux, il aime aussi jouer avec les proportions. Sa Collection de fausses pierres a les dimensions d’une bibliothèque, son Collier de dents de requin occupe toute la hauteur du mur et son Coquillage a la taille d’un petit animal, comme autant d’accessoires destinés à un film sur les dinosaures. Il sculpte de nombreuses matières, allant du bronze au bois, ou encore à l’os ou au papier mâché. Avec ses dernières œuvres, il explore la technique de la rocaille de ciment, utilisée au XIXème siècle pour faire des rambardes en faux bois dans les parcs, pour créer de fausses trompes d’éléphants ou un hybride d’alligator et de bois flotté.

Le bestiaire de Laurent Le Deunff est d’ailleurs incroyablement varié. On croise les traces de taupes et de lombrics, des requins cachés dans des sous-bois, un castor sur un arbre rongé ou encore tout un peuple de chats d’artistes. Les araignées et leurs toiles sont même préservées dans les creux du bois, ajoutant un voile de vrai sur tous les trompe-l’œil. L’artiste ne reste pourtant pas dans la stricte représentation du réel : il décale son sujet, le change de contexte ou d’échelle, modifie une de ses composantes pour rendre le familier intrigant, renverser les valeurs, et s’étonner comme un enfant dans un musée d’histoire naturelle.

Anne et Patrick Poirier, la mémoire de l’architecture

Ce couple d’artistes de 80 ans travaille ensemble depuis plus de cinquante ans, en symbiose, créant à quatre mains une œuvre unique. Depuis leur séjour à la Villa Médicis à Rome à la fin des années 1960 (Anne Poirier a été Premier Grand Prix de Rome en sculpture et Patrick Poirier Second Grand Prix de Rome en peinture), ils signent ensemble toutes leurs œuvres.

Très tôt, ils se sont passionnés pour l’architecture, que l’on retrouve le plus souvent sous la forme de ruines. En Italie, ils arpentent la ville antique d’Ostia Antica ou la demeure ensevelie de Néron la Domus Aurea et se transforment en archéologues. Mais leur version de l’archéologie est très personnelle : ils mesurent les sites avec leurs propres corps, relèvent des topographies sensorielles, transmettent leur expérience du site. Car pour eux, l’architecture porte la mémoire de ses habitants, et permet de comprendre l’histoire des sociétés et notre passé.

Ils consignent donc leurs relevés faits d’empreintes fragiles en papier, de notes dans des carnets accompagnées de végétaux du site, de maquettes en fusain ou encore de photos de vacanciers devant un temple en ruine, tels des comptes rendus de fouilles. Leur travail délicat capture les traces du passé tant qu’elles sont encore là, car ces ruines signifient également que tout est éphémère et peut disparaître, aussi grands que soient nos monuments. En cataloguant ce qui reste, Anne et Patrick Poirier font la liste en creux de ce qui n’est plus.

L’exposition se termine sur une série de dessins réalisés pendant le confinement et inspirés du Purgatoire de la Divine Comédie de Dante, après avoir traité de L’Enfer. Les artistes se réinventent dans des panoramiques colorés très différents du reste de leur travail, preuve que leur liberté et leur créativité sont toujours aussi vives.

Avec ces deux expositions, le Mrac nous transforme en archéologues dans les traces d’Anne et Patrick poirier et de Laurent Le Deunff avec à la clé la promesse de la découverte de deux mondes passionnants.

Anne et Patrick Poirier – La mémoire en filigrane
Laurent Le Deunff – My prehistoric past
Du 10 octobre 2021 au 20 mars 2022
Mrac Occitanie – Sérignan

Visuels : 1- Anne et Patrick Poirier, « La mémoire en filigrane », vue de l’exposition au Mrac. Photo Aurélien Mole. Galerie 1 : 2-3-4-5- Laurent Le Deunff, « My Prehistoric Past », vue de l’exposition au Mrac. Photo Aurélien Mole. Galerie 2 : 6-7-8- Anne et Patrick Poirier, « La mémoire en filigrane », vue de l’exposition au Mrac. Photo Aurélien Mole. 9- Sans titre, série Villa Médicis, 1969. Empreinte sur papier japon, bois, paille, 55 x 30 x 40 cm. © Anne et Patrick Poirier, collection des artistes. Photo : Damien Roy.

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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