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L’art mesure le monde à Sérignan

L’art mesure le monde à Sérignan

06 décembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Le MRAC de Sérignan nous propose de redécouvrir le monde jusqu’au printemps prochain avec deux expositions : La mesure du monde et Fata Bromosa. Une multitude de regards pour repenser notre relation à notre environnement.

La mesure du monde est un titre qui fait rêver, qui entraîne l’imagination à la suite d’explorateurs à la Jules Verne. C’est ce que nous propose cette exposition collective : suivre une vingtaine d’artistes dans leur observation du monde. La sélection est large : différentes générations, différentes origines et différentes pratiques pour autant de regards sur le monde qui nous entoure.

La question de l’échelle est très présente dans les œuvres. Si les premières mesures étaient en rapport direct avec le corps (le pied, le pouce), on retrouve ici un point de départ d’observation lié à l’humain. Car l’homme et la nature n’ont pas la même temporalité ni la même spatialité. Pour mieux percevoir les phénomènes naturels, des artistes comme Pierre Malphettes les ramènent à l’échelle humaine. Avec sa maquette de paysage en poudre de marbre où l’eau goutte, il reconstitue l’érosion des sols, la création des rivières et de leurs lits de façon à ce que, le temps de l’exposition, on puisse remarquer l’évolution du paysage. D’autres zooment au plus près de leur sujet et métamorphosent les gouttes d’eau en petite créature vivante ou une carpe en paysage gelé. Comme un constat que la nature est trop vaste pour être appréhendée par l’homme autrement que par petites portions.

Le visible se transforme sous l’œil de l’artiste, et l’invisible se dévoile. Hugo Deverchère filme le paysage autour de l’observatoire de Tenerife avec la technologie utilisée pour observer le cosmos et tout se renverse, la Terre devient une exoplanète. Le temps géologique se révèle, parfois en accéléré, parfois en mouvement réel, si lent que la longue-vue de Mark Geffriaud, calée sur la rotation de la Terre, semble être immobile. On est invités ici à ralentir et porter attention aux détails infimes qui nous entourent et marquent la marche inexorable d’un système qui nous dépasse.

La mesure du monde est une collection de regards intimes sur notre environnement plus ou moins proche. Chacun y cherche à comprendre un fonctionnement naturel, une loi physique, à replacer l’homme au sein d’un système existant que l’on a tendance à oublier. Car si au quotidien nous ne pensons pas à tous ces phénomènes qui nous entourent, il est pourtant important de prendre le temps de nous reconnecter à ce grand tout qui nous englobe.

L’exposition monographique d’Abdelkader Benchamma part elle aussi de l’observation de la nature, plus particulièrement du marbre. Son séjour à Rome à la Villa Médicis, dans le cadre du Prix Occitanie-Médicis dont il a été le premier lauréat, l’a mis en contact direct avec les sols en marbre des églises et leurs motifs symétriques. Ces formes, comme autant de tests de Rorschach, laissent le regard dériver dans leurs méandres géologiques et hypnotisent. Abdelkader Benchamma redessine ces lames de pierre qui modifient la perception et permettent d’accéder à un état méditatif. Sur de grands lés de papier ou en sortant du cadre, directement sur les murs du musée, il dessine un paysage géologique entre figuration et abstraction.

Au milieu de ces œuvres grand format se cachent des détails, petits paysages shinto ou marabout musulman. Les religions se mêlent pour ne former plus qu’une spiritualité issue de la nature, qui se cristallise dans une petite salle au sol recouvert de dessins. Entre fragments de mosaïques et paysages cartographiés, cette installation immersive fait figure de chapelle animiste qui nous relie au monde.

La dualité permanente de l’immense et du détail microscopique, du global et de l’unique, se retrouve dans ces expositions du MRAC. Toutes ces observations permettent un inventaire de ce qui est connu, même si la science est au service de l’art. Mesurer le monde, c’est aussi se rendre compte de l’immensité qui reste à explorer.

La mesure du monde
Fata Bromosa, Abdelkader Benchamma
Du 23 novembre 2019 au 19 avril 2020
MRAC Occitanie /Pyrénées – Méditerranée – Sérignan

 

Visuels : 1- Hugo Deverchère, Cosmorama, 2017. Vidéo 4K, son 5.1 – 21’. Produit par Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Avec le soutien de Neuflize OBC. Édition 2/5 + 2 E.A. Courtesy de l’artiste et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Photogramme © Hugo Deverchère. / 2- Abdelkader Benchamma , Sous la terre les étoiles, 2016. Peinture et gravure sur Marbre, 250 x 200cm / 3 – Lois Weinberger : Untitled (holding earth), 2010. Travail photographique, impression pigmentaire sur papier mat d’archive. Encadré, 60 x 90 cm. Courtesy Salle Principale, Paris. Photo : Paris Tsitsos / 4 – Masaki Nakayama : Body scale, circle triangle square, 1977. Photographie encadrée et acier, 175 x 175 x 30 cm chaque. Courtesy Yumiko Chiba Associates, Tokyo et Galerie Christophe Gaillard, Paris © Masaki Nakayama. Photo : Rebecca Fanuele / 5 – Pierre Malphettes : Volcans, fleuves et deltas, 2019. Poussières de marbre, eau, pompe à eau, acier, bois, géotextile, bassine, dimensions variables, plateau : 300 x 150 x 65 cm. Courtesy Pierre Malphettes © ADAGP 2019.

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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