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La photographie en cent chefs-d’œuvre : auto-promotion plaisante des collections de la BNF

La photographie en cent chefs-d’œuvre : auto-promotion plaisante des collections de la BNF

26 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Au sein du site vitreux François Mitterrand, la Bibliothèque Nationale de France revoit et redéfinit ses classiques de la photographie depuis les origines jusqu’à la fin des années 1980. Dans le cadre du Mois de la Photo, l’exposition La photographie en cent chefs-d’œuvre est en effet présentée jusqu’au 17 février 2013. Une démonstration plaisante mais nullement essentielle, d’abord réservée aux étudiants et aux chercheurs titulaires de la carte BNF,  pour qui l’accès est gratuit, travailleurs nécessiteux d’une pause bien méritée entre deux recherches fastidieuses et studieuses.

Le but de ce vaste étalage muséal, ambitieux et formel, n’est pas de retracer un historique de la photographie depuis ses origines par le biais de 100 clichés sélectionnés par des spécialistes émérites du genre. On ne cherche pas non plus à isoler les 100 photos les plus glorieuses et les plus célèbres des collections de la Bibliothèque Nationale de France. Mais alors, que cherche-t-on exactement ? La prestigieuse bibliothèque se vante de proposer « une vision renouvelée » de la photo, en marge des présentations biographiques ou thématiques habituelles, tout en interrogeant le terme de « chef-d’œuvre » en photographie. Seuls la beauté de l’objet et du tirage semblent compter ici, dans une démarche qui assume exclure catégoriquement tout dogmatisme académique.

Ainsi, des icônes établies et indéboulonnables (Man Ray, Eugène Atget, André Kertesz…) se confrontent ici avec d’illustres anonymes (Jules Janssen, Goplo, Laplanche) dont la postérité n’a retenu rien d’autre que quelques clichés égarés au sein des méandres gargantuesques des collections de la BNF. Beaucoup le découvriront, le réservoir de ladite bibliothèque est phénoménal, et ce, quel que soit le genre considéré (portrait, reportage, nu, paysage…). Au total, ce sont quelques millions de clichés qui dorment paisiblement dans les archives du treizième arrondissement…C’est là l’enseignement majeur de l’exposition, qui fait apparaître sous nos yeux incrédules les ressources titanesques de l’immense structure en verre en même temps que quelques-uns des chefs-d’oeuvre légendaires de la photographie, que le profane était loin de s’imaginer retrouver en ce lieu. C’est le cas, à titre d’exemple, des clichés originaux de l’Enfant à la grenade de Diane Arbus ou du Grand nu reversé en arrière de Man Ray.

Éclectique dans les figures qu’elle propose au public, l’exposition l’est également dans les thématiques abordées, mélangeant les genres et les époques au sein d’une scénographique sobre et sans fioritures, simplicité que viennent tout juste contester quelques citations élogieuses sur les artistes, projetés comme des hologrammes spectraux sur les murs de la galerie François 1er. De la violence décodifiée de William Klein (Gun 1), à la tendresse humaniste d’Henri Cartier-Bresson (Valence), en passant par  la poésie sociale de Manuel Alvares Bravo (Los Agachados) et la portraitisation académique de Félix Nadar (Sarah Bernhardt), le spectateur est en effet confronté à un curieux mélange disparate et original, qui met également en valeur les créations de quelques grandes figures de la culture française, auxquelles le spectateur lambda n’a forcément l’habitude d’associer l’outil photographique (Edgar Degas, Jacques Prévert, Claude Levi-Strauss, Emile Zola…)

Au final, la BNF propose une ballade divertissante et didactique qui ravira sans doute le grand public inaccoutumé à l’expertise photographique, mais qui projettera l’érudit vers les dédales encombrés du métro en direction de la place de la Concorde et du musée du Jeu de Paume, temple photographique de la capitale parisienne, dans lequel il trouvera sans doute davantage son bonheur et une certaine forme de satisfaction intellectuelle…

Visuels (c) : Grand nu renversé en arrière de Man Ray; Enfant à la grenade de Diane Arbus; Gun 1 de William Klein; Los Agachados de Manuel Alvares Bravo

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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