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Introspection et floraison au Domaine Pommery

Introspection et floraison au Domaine Pommery

04 août 2021 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, le Domaine Pommery propose deux expositions : Blooming et l’Expérience Pommery #15. Deux parcours opposés et complémentaires.

Face à un contexte incertain où les conditions sanitaires ouvrent et ferment les lieux de culture à l’envi, au Domaine Pommery, on s’interroge sur l’avenir de leurs offres artistiques. Pour cette année, la solution est trouvée : on fait le point et on expérimente.

Introspection

La quinzième édition de l’Expérience Pommery fait le bilan des expositions précédentes. A la fois exposition anniversaire et retour sur soi forcé par le confinement, les œuvres de la collection Vranken – Pommery Monopole retrouvent leurs emplacements dans les caves du domaine. Nathalie Vranken propose une relecture de quinze ans d’Expériences vues par le prisme de la pandémie.

Quels comportements et sentiments ont déclenché en nous les confinements ? Les cabanes de Stéphane Thidet ou Paddy Bloomer & Nicolas Keogh, cachées ou piégées, nous évoquent ce repli dans nos intérieurs, vécu comme une prison ou comme un refuge. Richard Fauguet et ses suspensions en opalines parlent de détournement d’objets domestiques pour créer de l’imaginaire quand les planètes de Philippe Baudelocque gravées à même la craie des souterrains se tournent vers les refuges rupestres des artistes préhistoriques.

A cette vie entre quatre murs s’oppose l’envie de voyager que l’on retrouve avec les voyages impossibles de la barque de l’exode Barthélémy Toguo ou la chaise encordée de Philippe Ramette qui voudrait bien s’envoler. Les deux bottes gauches de Lilian Bourgeat entravent elles aussi la marche, et celles de Delphine Reist, alignées et battant la mesure comme une armée fantôme ne font que du sur place. Quant au carrousel d’ânes de Stephen Wilks, il porte la trace de souvenirs de voyages qui ne font plus que tourner en rond dans nos têtes aujourd’hui.

Cet isolement forcé nous a mis face à nous-même dans un processus qui n’a pas été facile pour tout le monde. Le grand escalier éclairé par Pablo Valbuena sert de métaphore de cette descente en soi, de la lumière à l’obscurité de notre labyrinthe intérieur. Certains y trouveront les montres de Babak Alebrahim Dehkordi & Payman Baradi, d’autres préfèreront faire le chemin guidés par le champagne et les couleurs de Jacqueline Dauriac quand d’autres finiront par se perdre et confondre jour et nuit, trompés par les néons de Laurent Grasso.

L’homonculus de Mathieu Mercier vient souligner que nous sommes des êtres sensitifs pour qui le contact est nécessaire, conforté par l’enseigne de bar isolée et déformée de Franck Scurti. Mais le monde extérieur est empli de mystères qu’Hicham Berrada nous dévoile, tandis que les menaces invisibles planent dans les nuées de Lisa Oppenheim. Après ce parcours souterrain, remontons à la surface pour assister à la renaissance du monde avec les fleurs de Blooming.

Blooming

Les crayères qui accueillent les Expériences Pommery sont un lieu captivant, mais elles ne permettent pas de présenter des œuvres fragiles, telles que des peintures ou de la photographie. Le Cellier Pompadour, qui accueillait évènements et réceptions, est donc reconverti en espace d’exposition, le temps que l’on puisse recommencer à se réunir. Il permet de montrer la diversité du travail des artistes contemporains présents dans les Expériences Pommery, et de les confronter aux œuvres classiques du Musée des Beaux-Arts de Reims, actuellement fermé pour travaux. En effet, le musée et le Domaine Pommery entretiennent des liens depuis que Madame Louise Pommery a légué sa collection de céramiques au musée en 1892, ainsi que son bras droit Henry Vasnier qui légua quelques 600 œuvres en 1907.

Et pour cette exposition à la lumière du jour, le thème choisi est celui des fleurs, l’une des passions de Madame Pommery avec celle pour l’art. La scénographie dessine un plan de jardin à la française, avec ses allées tirées au cordeau, un plan d’eau central, des points de vue traversants et des surprises dans le parcours. On se promène donc parmi les fleurs de ce jardin, porté par les chants d’oiseaux, entre les insectes géants de Jean-François Fourtou, dans une déambulation légère, comme les jeunes femmes de la toile de Gaston Bethune.

Quelques pièces de céramiques de la collection de Madame Pommery reviennent au Domaine, mises en regard avec des pièces du Tandem Bachelot-Caron, d’Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize ou avec les vases monumentaux de Vaincre le virus ! de Barthélémy Toguo. Autres pièces plus inattendues, les bouteilles plastiques abimées de Stephen Wilks, figées dans la céramique, sont disséminées dans tout l’espace, parlant à la fois de pollution de l’eau par le plastique de ces bouteilles et de l’eau nécessaire à la vie qu’elles contiennent.

Les fleurs se présentent ici sous trois grandes formes : le bouquet, le jardin et l’herbier. Fantin-Latour et Paul Gauguin font face à Philippe Cognée ou Keith Tyson pour des variations sur le thème de la composition florale, et les photographies de Stephan Gladieu se jouent de la confusion entre peinture réaliste et photographie. Côté paysages, on retrouve plusieurs toiles de Camille Corot, dont les arbres font écho à ceux d’Olivier Kosta-Théfaine réalisés avec une technique du papier brûlé étonnante. Le grand champ de fleurs sauvages de Tursic & Mille et les papiers découpés de Jean-Pierre Formica font face aux cours écrasées de soleil d’Henri Martin ou Raymond Brascassat, tout en faisant un clin d’œil à la roseraie baroque de Pierre et Gilles.

Côté herbiers, on est loin de la traditionnelle collection de fleurs séchées. Lionel Estève suspend sur les murs ses Plantes dorées à la feuille d’or pour une version délicate et précieuse de la végétation commune de nos champs et forêts. Dans une autre approche, les fleurs sont pressées et séchées puis peintes, jusqu’à former une masse végétale aux couleurs inattendues. Raphaëlle Péria, quant à elle, dresse un herbier des espèces menacées ou disparues à cause de la transformation du paysage par l’homme.

On croise également des fleuristes, de belles endormies ou des bouquets pris dans la glace au cours de notre promenade entre bucolisme et nostalgie. L’échappée est fraîche et relaxante, nous faisant admirer les fleurs sous toutes leurs formes.

Du repli dans les profondeurs du confinement dans les caves du domaine à la renaissance printanière de Blooming, le Domaine Pommery propose cet été une relecture de l’année passée se terminant par une note définitivement optimiste. Et libre à vous d’y ajouter quelques bulles.

Expérience Pommery #15 – Introspection
2020/2021
Blooming
Du 03 juin au 15 novembre 2021
Domaine Pommery – Reims

Visuels : 1- affiche / 2-3-4- vues de l’exposition Blooming © Ballade Studio / 5- Exp # 15, Introspection, Barthélémy TOGUO, Road to exile, 2008-2019 © Xavier Clayes / 6- Exp # 15, Introspection, Stéphane Thidet, Le Refuge, 2007 © Xavier Clayes / 7- Exp # 15, Introspection, Richard Fauguet, sans titre (opalines), 2012 © Fred Laures

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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