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« Enfance » au Palais de Tokyo, contes pour grandes personnes en devenir

« Enfance » au Palais de Tokyo, contes pour grandes personnes en devenir

23 juin 2018 | PAR Laetitia Larralde

La saison estivale du Palais de Tokyo traitera de l’enfance, de ses jeux, ses histoires, sa capacité à créer le merveilleux et à plonger dans l’effroi d’une minute à l’autre. Emportez votre doudou, le voyage est mouvementé.

Le ton est donné avant même d’entrer dans le bâtiment : une maison de poupée taille réelle est venue s’accrocher à la façade du musée, devenant un passage obligé pour accéder aux expositions. Telle Alice on change de taille pour passer la porte, on croise un bureau de poste en sucre coloré et fondu et enfin se dresse devant nous le début de l’histoire, sous forme de porte antique gardée par des sphinx détruits, emportant avec eux leur énigme. Mais l’énigme n’est peut-être pas si loin, juste dans le titre de l’exposition principale, emprunté à une nouvelle de Salinger : Encore un jour banane pour le poisson-rêve. Les trois commissaires de l’exposition nous proposent de plonger dans un conte dont la dramaturgie a été confiée à Clément Cogitore. On retrouve des éléments clefs de tous les récits destinés aux enfants transposés ici dans des associations créatives avec des artisans d’art, comme le Léviathan, monstre à écailles plissées réalisé par un maître plisseur, animé de soubresauts effrayants et aléatoires au fond de sa caverne obscure, ou la Chambre des prémonitions, pièce en bois dont les murs respirent grâce au talent d’un ébéniste.
La dramaturgie donc, et non la scénographie, car c’est bien une histoire dont le visiteur est le héros qu’on nous fait vivre, est structurée comme le récit imaginaire d’un enfant. La question sert de point de départ et le récit emprunte les détours de l’imagination, visite les recoins noirs des peurs irrationnelles, s’isole dans un repli coloré tout en restant ancré aux points de passage rituels. Ce n’est pas à l’enfance en tant qu’âge qu’on fait référence, mais en tant qu’état. Un état dans lequel l’inconnu et l’inattendu viennent régulièrement nous bousculer et nous émerveiller, et où les expériences sont toutes des premières fois. Nous pouvons retrouver cet état à tout âge, en laissant notre imaginaire libre, en changeant de point de vue, ou en faisant un pas de côté pour instaurer un peu d’instabilité dans notre équilibre familier. N’est-ce pas là le point de départ d’une démarche artistique ?

L’exposition s’inscrit dans la saison Japonismes 2018 et à ce titre un quart des artistes présentés sont japonais et apportent une nuance particulière à la notion d’enfance, une hybridation plus marquée, un double niveau de lecture pour enfants et adultes. Car observer l’enfance c’est aussi observer le monde adulte au travers de leur prisme déformant. Ils nous regardent, intègrent nos règles et façons de faire et les ressortent teintés de leur imagination, avec un décalage nous permettant de prendre du recul sur nous.

Le Palais de Tokyo propose également plusieurs expositions monographiques de jeunes artistes comme la Sud-Africaine Bronwyn Katz et l’argentine Julieta Garcia Vazquez, et l’exposition des lauréats des Audi Talents 2017. Celle de Laure Prouvost, prochaine artiste du pavillon français de la Biennale de Venise, se rapproche dans la forme de l’exposition principale. Elle crée un espace ludique, avec des entrées cachées et multiples, des recoins secrets, des perchoirs à escalader, des fontaines-seins qui débordent et des cabanes dans le jardin. C’est dans les failles et les interstices que viennent se loger tous les détails drôles ou surprenants, poussant à explorer, pas uniquement avec sa tête mais aussi avec tout son corps en grimpant, se baissant, ou en partant à la recherche des messages disséminés dans tout le reste du musée.

Cet été, le Palais de Tokyo prends des airs de cours de récréation qui espérons-le se remplira d’enfants prêts à laisser fuser leur imagination.

Saison d’expositions Enfance
Encore un jour banane pour le poisson-rêve, exposition collective
Laure Prouvost, Ring, sing and drink for trespassing
Bronwyn Katz, A silent line, lives here
Julieta Garcia Vazquez, Union des poètes et des boulangers
Chroniques parallèles, exposition des lauréats Audi Talents 2017
Palais de Tokyo – Paris
du 22 juin au 9 septembre 2018

visuels : 1 à 4 : Vue de l’exposition « Encore un jour banane pour le poisson-rêve », Palais de Tokyo
(22.06 – 09.09.2018) – Photo : Aurélien Mole
5 : Vue de l’exposition de Laure Prouvost , « Ring, Sing and Drink for Trespassing », Palais de Tokyo (22.06.2018 – 09.09.2018) – Courtesy de l’artiste et Nathalie Obadia (Paris / Bruxelles), carlier | gebauer (Berlin), Lisson Gallery (Londres / New York) – Photo : Aurélien Mole

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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