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Derniers jours : Les dessins de Tracey Emin revisitent les collections du Musée d’Orsay

Derniers jours : Les dessins de Tracey Emin revisitent les collections du Musée d’Orsay

19 septembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Après Julian Schnabel (lire notre article) et Glenn Ligon, depuis le 25 juin, c’est au tour de la sulfureuse artiste anglaise (membre des Young British Artists dans les années 1990) Tracey Emin de revisiter les collections du Musée d’Orsay. Nichée au creux des corps, l’exposition articule les dessins de Tracey Amin avec des trésors de maîtres du XIXe siècle parfois méconnus du musée. Une boucle sensuelle, à vif, et hypnotique.

C’est littéralement sous l’exposition Berthe Morisot et après les lascives créatures des Nabis que l’invitée contemporaine du Musée d’Orsay est conviée. Féministe, une des deux seules femmes professeurs nommée à la Royal Academy of Arts de Londres, Tracey Emin est pour la première fois au coeur d’une Institution française qu’elle a passé au crible de ce qui la passionne : un éros teinté de mort. Joliment intitulée « La peur d’aimer » d’après un poème de l’artiste son exposition-vision se déploie comme une ceinture que l’on va défaire avec les oeuvres d’Emin d’abord. Ensuite, du papier et du noir, de deux formats, où les corps de femmes s’allongent, s’enroulent pour refuser l’amour terrifiant, essayer de trouver du temps à deux ou faire une danse de Salomé. Fatale, la terrorisée de l’amour l’est d’abord pour celui ou celle dont elle a peur parce qu’elle est attirée.

C’est ce même mélange de défiance et d’attraction, de courbes et de grimaces que l’on trouve dans les dessins choisis par l’invitée : du Degas, du Gauguin, Henri Cros, mais aussi, le plus proche, probablement le plus proche, Théophile Steinlein. Le désir croit, puis la maladie de la mort et enfin la résurrection et le cycle recommence comme une chasse éternelle où la chasseuse est aussi sorcière. L’on sort des oeuvres choisies pour retomber sur la ronde des oeuvres créées et l’on peut tourbillonner ainsi longtemps dans les esquisses des corps qui cherchent, à défaut de leur courage, leur apaisement. C’est très profond, c’est très beau et c’est à voir avant la fin de ce week-end.

Visuels : visite de l’exposition (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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