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« Splendeurs et misères » : le Musée d’Orsay interroge avec rigueur les images de la Prostitution

« Splendeurs et misères » : le Musée d’Orsay interroge avec rigueur les images de la Prostitution

23 septembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Avec Splendeur et misères, images de la prostitution, 1850-1910, le Musée d’Orsay réussit (en partenariat avec le Musée Van Gogh d’Amsterdam et la BNF) le coup de force de rassembler de manière parfaitement cohérente et pédagogique des œuvres et des images qui en disent long sur la France de la Belle époque. Une exposition époustouflante, magnifiquement scénographiée par Robert Carsen, où jamais l’on ne se départit d’un œil sociologique et historique sur le sexe. Chapeau bas !

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C’est dans un écrin rouge sombre, plutôt austère sur les 2/3 du chemin, et qui prend des teintes plus « boudoirs » pour recréer un climat de maison close qu’on découvre et redécouvre en contexte des toiles clés de Béraud, Toulouse-Lautrec, Gervex, Mossa, Guys, Rops, Bernard, Forain, Degas et Manet aux côtés d’affiches, dessins et photos d’époque d’auteurs d’autant plus inconnus qu’elles sont crues. Car si elle appelle un chat un chat et montre bien les images de la prostitution de la Belle Epoque, l’exposition Splendeur et misère n’est jamais libertine ou grivoise. La place des prostituées dans la société française et son imaginaire est toujours interrogée de manière scientifique.

Cet événement-fleuve (410 œuvres!) est scandé en quatre temps. L’on y entre par une porte dérobée :  « L’ambiguité » (section 1). Non pas celle du désir, mais plutôt celle de savoir quand l’image des femmes dans l’espace public flirte avec celle des prostituées. Rues, opéra, cafés… se voient aussi bien fréquentés par des grisettes, des ouvrières qui gagnent un peu d’argent en vendant leur corps, des Nanas mais aussi des dames du monde.

Ce n’est qu’après qu’on entre dans le monde de la « Maison Close » (section 2). Un univers légal jusqu’au milieu du 20ème siècle et où les normes – hétérosexuelles comme homosexuelles – et les catégories étaient parfaitement fixées. Si bien que ce n’est pas l’espace dans la pénombre de représentations « interdites aux moins de 16 ans » qui trouble, mais plutôt celle de « l’intimité ».

On entre ensuite dans le sillage des grandes cocottes avec « L’aristocratie du vice » (section 3). Ces luxueuses maîtresses des hommes puissants sont souvent de grandes femmes d’affaires. Leurs portraits n’ont rien à envier à ceux de la Noblesse d’Empire et le Musée d’Orsay a la bonne idée d’exposer un peu du mobilier de celles dont l’objectif était de se faire offrir un hôtel particulier dans Paris. Dans le genre arabesques, le lite de la Marquise de Païva évoque tout un univers somptuaires.

La dernière section de l’exposition « Prostitution et modernité » est un petit bijou en termes d’histoire des représentation. faisant le trait d’union entre la Belle Epoque et un début du 20e siècle fauve, cubiste, expressionniste et dada, elle interroge très finement les liens entre création artistique et possibilité pour des artistes majoritairement masculins d’avoir accès – dans les conditions montrées aux trois autres sections – aux corps de femmes prostituées. Un retournement à la hauteur de la finesse d’une exposition qui parvient à la fois à être exhaustive sur la question de l’image des courtisanes sans jamais sombrer dans le fantasme déplacé.

Historienne, sociale et très carrée, la proposition du musée d’Orsay évite avec brio les tentations patriarcales, reichiennes et même l’écueil de la nostalgie. Seul petit bémol : à un tel degré de précision universitaire et scientifique, on aurait peut-être aimé un espace dédié, où, de Freud à Corbin, en passant par Simmel, Reich et Sontag, l’évolution des sciences humaines sur la question de la prostitution aurait pu être évoquée.

Commissariat : Marie Robert et Isolde Pludermacher, conservateurs au musée d’Orsay, Richard Thomson, professeur d’histoire de l’art à l’Université d’Edimbourg,Nienke Bakker, conservateur au van Gogh Museum, Amsterdam.

Visuels
01. Henri de Toulouse Lautrec (1864-1901) Femme tirant son bas, 1894, Huile sur toile, 58 x 46 cmParis, musée d’Orsay© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

02. Emile Bernard(1868-1941) Au cabaret, 1887, Huile sur toile, 41,8 x 49,5 cmParis, musée d’Orsay© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

03. Constantin Guys (1802-1892) Hommes attablés en compagnie de femmes légèrement vêtuesRecto, encre brune, lavis gris, plume, 19 x 26,5 cmParis, musée d’Orsay ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Christian Jean

04. Edouard Manet (1832-1883) Olympia, 1863 Huile sur toile, 130 x 190 cm Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmid

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, créatrice et traductrice de contenus culturels. Elle a notamment collaboré avec des institutions culturelles (ICOM, INHA), des musées et des revues d'art et de design. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France, elle a obtenu la certification de l'Ecole de Traduction Littéraire en 2020. Géraldine a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, dans les rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle a travaillé en tant que docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art. www.slowculture.fr

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