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« David d’Angers, dessins des musées d’Angers au Louvre » : études préparatoires du sculpteur des grands hommes de la République

« David d’Angers, dessins des musées d’Angers au Louvre » : études préparatoires du sculpteur des grands hommes de la République

23 mars 2013 | PAR Bastien Stisi

Boulimique à la faim jamais assouvie, artiste fiévreux et énergique à la production titanesque, le célèbre sculpteur romantique David d’Angers (1788-1856) a légué à la postérité (et accessoirement aux collections du Louvre et à celles des musées d’Angers) une impressionnante collection de dessins, dont les plus représentatifs de son œuvre sont présentées dans les salles Mollien du musée du Louvre jusqu’à la fin du mois de mai, là où le musée exposait il y a quelques semaines encore les esquisses d’un autre romantique émérite, le peintre Paul Delaroche. Une petite exposition d’une soixantaine de pièces (des études préparatoires dessinées, essentiellement), réservée avant tout aux fins connaisseurs de la période…

Persuadé de la faculté didactique et moralisante de la sculpture, David d’Angers consacrera une bonne partie de son existence au service de la mémoire des grands hommes et de la valorisation grandissante des figures qui ont fait la France et qui ont construit cette patrie tant chérie par celui qui a connu, enfant, les guerres de Vendée, et qui demeurera marqué toute sa vie par le patriotisme et l’héroïsme sans limite de ces combattants assoiffés de liberté. Cette France que le sculpteur évoque, c’est avant tout celle de la République, parti pris qui toujours habitera ce démocrate et républicain profondément convaincu. Outre sa passion pour l’Antique et pour la Grèce (il exécutera, lors de son exil grec, une série de dessins illustrant les œuvres de Sophocle, d’Eschyle et d’Euripide), le sculpteur sera en effet en charge de la conception d’un nombre conséquent de monuments commémoratifs ainsi que du bas-relief du fronton du Panthéon, dont quelques passionnantes esquisses sont mises en avant ici.

Aux grands hommes, la patrie et David d’Angers reconnaissant : si le patronyme de ce natif de l’ouest de la France est familier aux amateurs de la florissante histoire de l’art du XIXe siècle, c’est tout de même avant tout pour son incroyable série de médaillons représentant les figures les plus probantes et les plus charismatiques de son siècle. Cela, Isabelle Leroy-Jay Lemaistre et Marie-Pierre Salé, les deux commissaires de l’exposition, ne l’ont pas oublié, et ont pris soin de mettre à disposition du public un micro planelle de cette production pléthorique, en exposant les médaillons figurant François-René de Chateaubriand ainsi que le neurologue Jacques Lordat, pièces déjà aperçues il y a une année de cela au sein de l’exposition consacrée à la Bibliothèque Nationale Richelieu à cette fameuse collection qui a construit la postérité de l’artiste.

Profondément influencé par les combats de son temps et par l’attraction des romantiques pour le concept de « nature », l’œuvre et le dessin de David d’Angers n’en demeureront pas moins marqués également par le néoclassicisme et par Jacques-Louis David, son représentant le plus probant, dont il fut un temps l’élève et dont, en plus de la connivence nominale, l’artiste partagera également le sort tragique. À l’image du peintre officiel de Napoléon, obligé de se réfugier du côté de Bruxelles une fois l’Empereur renversé, David d’Angers sera contraint à l’exil en 1851 après le renversement de la République, condamné pour son excès de zèle républicain et pour sa participation à la valorisation grandiloquente des hommes d’un siècle dont on retrouve trace de sa profonde admiration jusque dans son imposante collection de dessins personnelle. Quelques extraits de ce corpus sont regroupés ici, et contiennent notamment une superbe esquisse du Serment des Horaces de Jacques-Louis David ainsi qu’une production du maître romantique allemand Caspar David Friedrich. Transition audacieuse et efficace pour le musée, le Louvre accueillera à partir du 28 mars une exposition sur l’évolution artistique de l’Allemagne de 1800 à 1939, qui fera notamment la part belle au célèbre peintre allemand, auteur du magistral buste de Goethe.

Visuel © : affiche de l’exposition; logo du Musée du Louvre

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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