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« Children Power », le Frac Ile-de-France donne l’art aux enfants

« Children Power », le Frac Ile-de-France donne l’art aux enfants

24 mai 2021 | PAR Laetitia Larralde

Déployée sur trois sites, l’exposition Children Power du Frac Ile-de-France se penche sur le thème de l’enfance par le prisme de trois points de vue distincts : une exposition pour les enfants, une par les enfants et une sur les enfants.

Les Réserves, le nouveau site de Romainville

Depuis 25 ans, le Frac Ile-de-France réfléchissait au projet d’avoir ses propres réserves où conserver sa collection et organiser sa diffusion. Le 6 mai dernier, ce projet s’est concrétisé avec l’inauguration des Réserves de Romainville. Dans cette ancienne friche industrielle de l’Est parisien, le Frac vient trouver sa place aux côtés de la Fondation Fiminco, de la Parsons school Paris, de l’association Jeune Création (sous le label « Komunuma »), ainsi que de plusieurs galeries d’art. Au cœur de ce nouveau pôle d’art contemporain, les 2000 m² réhabilités par l’agence d’architecture Freaks se déploient sur trois niveaux, répartis entre réserves et espaces d’exposition.

Alors que les travaux ne sont pas encore complétement terminés et que le déménagement des quelques deux mille œuvres se fera fin 2021, le Frac a souhaité offrir un premier aperçu de ses locaux en accueillant l’un des trois volets de l’exposition Children Power. Une fois installé dans ses Réserves, avec le projet Sors de ta réserve !, le Frac proposera à chacun de choisir les œuvres de la collection qu’il voudrait voir exposées. Par une application ou sur place, le public jouera le rôle de commissaire des espaces d’exposition de Romainville, dans une démarche d’appropriation d’une collection publique. Selon ce principe, le Frac a invité les élèves de deux classes de Romainville à choisir les œuvres de Children Power.

Pour ce volet créé par les enfants, de primaire et de collège, il leur a été demandé de se concentrer sur la notion de portrait. Et leur choix dénote à la fois d’une grande liberté et d’une conception très large de ce qui constitue un portrait. Portraits de personnes, de villes ou d’univers intérieurs, le tout cohabite sur différents supports, de la vidéo à la peinture en passant par l’installation.

De nombreuses pièces présentées sont pensées pour être activées par le public. Les conditions actuelles étant ce qu’elles sont, tout ne pourra peut-être pas se faire, mais l’idée est là : le public peut participer à l’œuvre et réduire la distance entre l’art et lui. On trouve par exemple plusieurs partitions d’artistes (Pierre Huyghe, Anri Sala, Thu-Uan Tran), qui seront activées par les élèves des conservatoires d’Est Ensemble, selon des modalités adaptées aux règles sanitaires. Un chœur de jeunes chanteurs devrait également faire vivre l’installation de Didier Trenet, et plus loin, la Vidéothèque mobile de Fabrice Gygi fera office de vidéo-club orienté sur la thématique de l’exposition.

Le Plateau, interdit aux plus de 18 ans

Au Plateau, Children Power est pensé pour les enfants. Mais pas uniquement dans les œuvres présentées : l’accès aux salles d’exposition sera interdit à toute personne de plus de 18 ans non accompagnée d’un enfant, si celui-ci donne son accord, bien entendu. Quinze artistes ont été invités à produire de nouvelles pièces pour répondre à ce contexte d’inversion de l’interdiction. Des ateliers de travail avec des enfants ont été organisés, que l’on peut voir dans la vidéo projetée à l’accueil, afin de voir l’art par les yeux des enfants et de leur proposer des œuvres qui leur correspondent.

Si les photos sont interdites pour préserver le mystère de ce secret gardé par les enfants, il est possible de donner une vision d’ensemble. Avoir moins de 18 ans, cela regroupe un nombre d’états de la petite enfance à l’adolescence très vaste. Les propositions le sont donc aussi : théâtre de marionnettes, jeu avec son animal de compagnie, atelier créatif, histoire de monstre ou encore salle de clubbing, chaque âge est représenté. Sans jamais tomber dans la condescendance vis-à-vis du public, les artistes tels que Tursic & Mille, Ulla von Brandenburg, Dewar et Gicquel, Bertrand Dezoteux ou encore Monster Chetwynd proposent un parcours ludique et accessible à tous les niveaux de lecture.

Regard photographique sur l’enfance au Château

Enfin, le dernier volet de Children Power nous emmène au Château, dans le parc culturel de Rentilly. Ici, les artistes explorent l’enfance, posent un regard d’adulte sur les différents âges que regroupe cette appellation. Le Frac a choisi de se concentrer sur la photographie et la vidéo, en puisant dans les collections publiques des vingt-trois Frac de France et du Cnap. Sur 900 m², on découvre des œuvres de la fin du XIXème siècle à aujourd’hui représentant l’enfance. De Marc Riboud et Henri Cartier-Bresson à Christian Boltanski et Collier Schorr en passant par August Sander, Elaine Constantine ou Diane Arbus, les âges, les émotions et les jeux se montrent dans toute leur diversité.

Figés dans un état transitoire de transformation vers l’état adulte, enfants et adolescents nous cernent dans cet accrochage dense et sans chronologie. Les modèles nous regardent, de façon franche ou détournée, nous rappelant que le mimétisme est la première forme d’apprentissage. Tous ces comportements, jeux et attitudes reflètent donc l’enfance et son évolution sur plus d’un siècle, mais également ce que sont les adultes qui leurs servent de modèles. Mais ils portent également les traces de la société et de l’Histoire, même si les jeux restent les mêmes.

Avec cette exposition en trois volets, le Frac Ile-de-France joue avec un thème vaste et des collections publiques qui le sont tout autant. L’occasion de se souvenir de ce que c’est qu’être un enfant et d’échanger nos places le temps d’un jeu.

 

Children Power
Frac Ile-de-France
Le Plateau – Paris : du 19 mai au 19 décembre 21
Les Réserves – Romainville : du 19 mai au 06 juin 21
Le Château – Rentilly : du 19 mai au 18 juillet 21

Visuels : 1- affiche Children Power, le Plateau – Visuel de travail © Bruno Botella – Graphisme Baldinger.Vu-Huu / 2- Vue de l’exposition Children Power / Une exposition PAR les enfants – Frac Île-de-France, Les Réserves, 2021 / Photo : Martin Argyroglo / 3- Vue de l’exposition Children Power / Une exposition PAR les enfants – Frac Île-de-France, Les Réserves, 2021 / Richard Fauguet, Sans titre, 2009 – Céramique – Collection Frac Île-de-France © Richard Fauguet – Photo : Martin Argyroglo / 4- Elaine Constantine, Girls on bikes de la série South coasting, Juillet 1997, Collection Centre national des arts plastiques © droits réservés / Cnap / 5- Collier Schorr, Game Keeper, 2004 – Collection Frac Grand Large – Hauts-de-France © Collier Schorr, Courtesy 303 Gallery, New York / 6- August Sander, Enfants aveugles-nés, vers 1930, Photographie noir et blanc 30,4 x 23,7 cm – Collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA © Die Photographische Sammlung / SK Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Köln – Adagp, Paris, 2021 – Crédit photographique : Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA

 

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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