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Bruce Nauman sous toutes les coutures au Schaulager de Bâle

Bruce Nauman sous toutes les coutures au Schaulager de Bâle

13 juin 2018 | PAR Yaël Hirsch

L’artiste américain est à l’honneur au moment de Art Basel et tout l’été, qui, en partenariat avec le MoMa, lui consacre une grande rétrospective – la première depuis vingt-cinq ans. Exceptionnel.

[rating=5]

Né à Fort Wayne dans l’Indiana en 1941, Bruce Nauman est, depuis ses premières œuvres comme étudiant à l’Université de Californie, un artiste qui teste les frontières des concepts sur lui-même. Familière de son travail, la commissaire et directrice associée du Moma,  Kathy Halbreich avait déjà organisé la dernière rétrospective de 1994. Depuis, en se penchant sur vingt-cinq ans d’œuvres en plus, elle dit qu’elle a réalisé combien la disparition est au cœur du travail si performatif et conceptuel de l’artiste. Alors que la grande rétrospective qui a lieu jusqu’au 24 août au Schaulager de Bâle expose 170 œuvres, dont deux premières mondiales : Leaping Foxes (2018) et Contrapposto Srudies i through vii (2015/16, vidéo 3D), les fantômes sont nombreux dans une exposition chronologique et sublimement mise en espace.

Alors que deux grandes vidéos mesurant l’écriture sont déployées sur la façade industrielle du Schaulager, on entre dans l’exposition Bruce Nauman, Disappearing Acts par un clin d’œil à Duchamp : des Fontaines personnelles ou vénitiennes qui font plus penser à un « work in progress » qu’à un urinoir. L’on entre dans les sinuosités bétonnées et paradoxalement très rectilignes des couloirs de l’exposition par les premières oeuvres en studio qui semblent très « natures mortes », voire ployantes, interrogeant la matière. Le studio vide s’active ensuite avec les premières vidéos (« Bouncing two balls between the Floor and Ceiling with changing rythms » (1967_68), une photos incroyable où l’artiste chute en échouant à léviter et puis l’on passe – dans l’obscurité- à une série de vidéos consacrées à John Cage sur la mesure de cet espace de création.

Comme un jeu de mots de pataphysique

Mesurer est au cœur du travail de la fin des années 1960 : le corps sert de template pour jauger le monde. L’artiste s’éviscère, s’expose mais toujours un peu dans un ricanement : sa colonne vertébrale verte est sur le mur, 6 inched of my knee extended to 6 feet ressemble à un jeu de mots de pataphysique. On est de même bien sûr mi-figue mi-raisin devant les sculptures de néons aux messages aussi oniriques que « The true artist helps the world by revealing mystic truth ». Et c’est un simple et direct malaise physique que provoque l’immense vidéo Poke in the eye nose ear. Vient ensuite la série des « make-ups et camouflages live » qui ouvre vraiment cette ère de la « disparition ».

Le visage de Nauman apparaît à peine dans un filet de lumière verte avec First Hologram et il nous invite carrément à quitter la salle sombre de projection avec Get Out of My Mind. La mesure et la disparition se poursuivent avec les quatre écrans spatialisés des « Corridors installations » (1970). Fantomatique, il ne reste plus que le son avec Six Sound Problem for Konrad Fischer et la matière immense dans l’espace qui joue les inhospitalières transfrontières dans Square, Triangle, Circle (1984). Telles les chaises pendues de White Anger, Red Danger, Yellow Peril, Black Death (1984) : les objets animés ont donc une âme et surtout des émotions. Et alors qu’on ne le connaissait pas aussi bien sur ce terrain, l’on finit par une série de onze photos en couleur datant de la fin des années 1960 qui finit de nous convaincre que Bruce Nauman est un touche-à-tout génial qui n’en finit pas d’interroger en son épicentre le point d’Archimède qui tient notre monde

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Visuel : Façade de l’exposition, YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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