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Alain Le Foll, le pouvoir du dessin

Alain Le Foll, le pouvoir du dessin

12 juillet 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le Palais Lumière d’Evian met à l’honneur le travail du dessinateur de talent Alain Le Foll dans une rétrospective regroupant travaux professionnels et travaux personnels. Une belle découverte.

Si le nom d’Alain Le Foll est peu connu, il est pourtant l’un des maîtres de l’illustration française des années 1960-70. A l’occasion des quarante ans de sa disparition, à l’âge de 46 ans, le Palais Lumière organise la première rétrospective de son œuvre, en collaboration avec sa famille. Divisée en deux parties, l’exposition retrace son travail de commande au RDC et ses œuvres personnelles au sous-sol, pour mieux appréhender la variété et l’étendue de son talent.

Côté professionnel, un foisonnement de vie

Le public retient rarement le nom des dessinateurs derrière les images de publicité ou des magazines. Ces images marquent pourtant l’inconscient collectif, et celles que l’on voit ici nous semblent bien familières. Leur auteur, Alain Le Foll, formé à l’académie Julian à Paris, a commencé dès 1958 un travail de graphiste pour une société de publicité, où il rencontre Peter Knapp et Jean Widmer, deux graphistes formés à Zurich. La publicité sera sa principale occupation pendant une dizaine d’années.

Dès ses débuts, les motifs qui deviendront récurrents tels que les fleurs et les strates rocheuses apparaissent dans son travail. La campagne à laquelle il participe pour l’eau d’Evian, qui sera transformée en film d’animation par Alexandre Alexeieff, en est l’un des premiers exemples. Autres travaux remarquables, notons la série inspirée des images d’Epinal pour Citroën faite avec Robert Delpire, ainsi que la jolie geisha inventée pour le bain moussant Obao qui restera longtemps l’image de la marque.

Alain Le Foll travaille également à la conception d’objets de décoration, pour le centenaire du Printemps, la porcelaine Rosenthal ou les papiers peints panoramiques Zuber. Là encore, si son style s’adapte à la commande, on reconnait clairement l’univers de l’artiste fait de végétaux et de grands paysages.

Parallèlement à ces travaux, Alain Le Foll a travaillé pour la presse et l’édition jeunesse, pour Peter Knapp chez Elle, pour Jardin des Modes avec Jean Widmer et pour la maison d’édition de Robert Delpire, entre autres. Sa série illustrant un roman américain publié en feuilleton dans Elle est particulièrement marquante par sa puissance évocatrice. New York et ses habitants s’y découvrent dans des formats allongés à l’encre de Chine et rehauts de gouache blanche, entre accumulation de motifs et effervescence. Plus loin, sa série sur Shéhérazade, toujours pour Elle, inspirée de la peinture indienne, se développe avec finesse et précision.

Les livres pour enfants qu’il illustre montrent à quel point il est capable de s’approprier les codes visuels d’un univers. Avec Les trois arbres du samouraï, il s’inspire des estampes japonaises tant pour les motifs, la composition que les couleurs. Les planches à colorier de Sinbad le marin, grands formats à l’encre fourmillant de détails, nous font voyager dans des contrées exotiques où la nature et les animaux ont la part belle. Mais c’est avec C’est le bouquet !, écrit par Claude Roy, qu’il marque l’édition jeunesse. Avec sa fleur exotique géante conquérant l’espace urbain, il s’exporte dans plusieurs pays et est reconnu par le NY Times comme l’un des dix meilleurs albums jeunesse de 1968.

Côté personnel, un univers organique

En 1971, Alain Le Foll devient professeur à l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs, ce qui lui permet de se concentrer sur son œuvre personnel, qu’il menait jusque-là en parallèle de son travail de commande. Ici, pas de présence humaine ni ses grandes fleurs, son univers est végétal et minéral avec quelques incursions animales. La lithographie, qu’il fait imprimer exclusivement chez Wolfensberger à Zurich, occupe la place centrale de ses techniques. On retrouve ainsi des variations colorées de ses grands paysages, inspirés de ses voyages ou tout droit sortis d’une imagination proche de la science-fiction.

Il développe un univers hybride où l’on reconnait dans la roche des formes organiques dans ses strates et ses accumulations, et ses végétaux se déploient comme autant de créatures tentaculaires. On y lit des correspondances avec la bande dessinée, notamment Druillet ou Moebius. Ses formes et ses couleurs précises étonnent et fascinent, et notre imagination ne peut que s’emballer autour de ces propositions de récits fantastiques.

Devant le foisonnement de la production artistique d’Alain Le Foll, on se demande jusqu’où il aurait pu aller s’il en avait eu le temps. Ravis de la découverte d’une œuvre aussi riche et unique, on ressort du Palais Lumière des fleurs plein les cheveux et l’imagination en ébullition.

Alain Le Foll, maître de l’imaginaire
Du 26 juin 2021 au 02 janvier 2022
Palais Lumière – Evian

Visuels : 1- Alain Le Foll. Dessin pour C’est le bouquet de Claude Roy, 1964. Encre, 28,2 x 33,8 cm (Collection particulière) / 2- Publicité pour le bain moussant Obao, le bain de mousse à la japonaise, conçue par Alain Le Foll, 1963 / 3- Alain Le Foll. Fleur d’Afrique, 1973. Lithographie, 78,6 x 56,6 cm (Collection particulière) / 4- Alain Le Foll. Le Nil Victoria, planche de la Suite Afrique, 1975. Lithographie, 65 x 50,8 cm (Collection particulière) / 5- Alain Le Foll. Shéhérazade à coeur ouvert, 1962. Illustration d’un texte de Nicole Vidal publié dans Elle en 1962. Encre, 31 x 25 cm (Collection particulière)

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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