Arts

Exposition : El Greco à Bruxelles, à partir du 4 février

27 janvier 2010 | PAR Mikaël Faujour

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueillera à partir de début février une exposition consacrée au premier grand peintre espagnol, El Greco, tardivement redécouvert au début du siècle dernier – d’où le titre de l’exposition : « EL GRECO Domenikos Theotokopoulos 1900 ».

Domenikos Theotokopoulos naît en 1541, alors que le maniérisme italien, consumant ses derniers feux (le Corrège, le Parmesan, Jules Romain ou Rosso Fiorentino meurent entre 1534 et 1546 ; restent Beccafumi, Pontormo, Bronzino ou Salviati), s’allait encroûter dans l’afféterie et la complication hermétique.

Né dans la lointaine Crète, protectorat vénitien dominé par l’héritage artistique de l’Église d’Orient et les icônes byzantines, Domenikos Theotokopoulos apparaît donc quelque peu « handicapé » par sa naissance – loin des foyers artistiques les plus avant-gardistes et dans une époque où, après le foisonnement de la Haute Renaissance et du maniérisme, le bouillonnement s’est apaisé et où dominent les bons élèves (Bronzino, Jules Romain) et les derniers grands maîtres Titien et Michel-Ange.

Mais le génie du Greco aura été de tirer profit de ce « handicap », qui n’en fut pas un pour lui. Issu d’un pays « où l’art n’avait pas sensiblement évolué depuis le Moyen-Âge », comme l’écrivait Ernst H. Gombrich, il devient d’abord maître-peintre en Crète, réalisant des icônes dans la pure tradition byzantine.

De fait, les théories et repères classiques, le dessin notamment, ne lui sont pas familiers. Aussi, lorsqu’il se rend à Venise (1568-1570), l’art véhément, dramatique, déséquilibré du Tintoret, qui choque ses contemporains et Vasari notamment, ne l’affecte pas de la même façon et s’avère une découverte capitale pour son art.

Il boit l’art vénitien, séduit par les grands coloristes et notamment par Titien, puis vit à Rome entre 1570 et 1577 et s’imprègne de tout le grand art italien de la Renaissance, notamment et de toute évidence des figures étirées du Parmesan. C’est en s’installant à Tolède (Espagne) que celui qui devient et restera El Greco (« le Grec », en espagnol) qu’il développe une manière très personnelle et devient le fondateur de l’École espagnole.

Réalisant des toiles de très grandes proportions, El Greco crée un art d’une radicale nouveauté, alors trop étrange sans doute et irréaliste pour demeurer considéré – et, une génération après sa mort, il commence à tomber dans l’oubli.

Alors que le caravagisme s’impose peu à peu en Europe, le Greco semble pousser à leur extrémité les libertés formelles maniéristes. Leur insufflant une ferveur religieuse intense, il peint des apôtres aux proportions étirées jusqu’à l’irréalité, des ciels tordus, des paysages fantastiques avec une liberté alors sans égale, développe un art du coloris d’inspiration vénitienne de toute splendeur – et, dans un rendu plus « réel », s’avère un portraitiste de tout premier plan, rivalisant avec Titien.

On pourrait voir dans l’art intense et le mysticisme fiévreux du Greco une lointaine parenté avec les fauvistes européens et surtout les expressionnistes allemands. Et, si le terme de « modernité » est anachronique car il n’existait pas à l’époque, la radicale audace du Greco vaut à son art d’être dit « moderne ».

Après avoir attiré au Palais des Beaux-Arts de Mexico quelque 250 000 personnes, l’exposition « EL GRECO Domenikos Theotokopoulos 1900 » se tiendra à Bruxelles du 4 février au 9 mai. Elle comprendra 40 œuvres du peintre de Tolède, quelques toiles de représentants de l’École espagnole, et évoquera la redécouverte historique du Greco par Manuel Bartolomé Cossío en 1908, qui relança l’intérêt pour le Crétois.

Le projet de cette exposition est né en partie de la fermeture en 2006, pour cause de travaux, du musée El Greco de Tolède.

« EL GRECO Domenikos Theotokopoulos 1900 », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
Tarifs : 10€ (adultes), 7€ (plus de 60 ans et moins de 26 ans, groupes), 3,50€ (demandeurs d’emploi, professeurs).

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Mikaël Faujour

4 thoughts on “Exposition : El Greco à Bruxelles, à partir du 4 février”

Commentaire(s)

  • DEVERS

    merci de nous envoyer le liens correspondant à l’exposition du Gréco à Bruxelles et les modalités de réservation pour la visite.
    Y-a-t-il des crénaux horaires?
    Dans la mesure du possible mercide nous faire passer une documentation et un plan d’accès à l’adresse suivante:

    Monsieur et Madame André DEVERS
    24, boulevard Henri Paul Schneider

    71200 Le CREUSOT

    février 21, 2010 at 15 h 16 min
  • Bonjour.

    Voici le lien vers la présentation de l’expo sur le site officiel du musée « Bozar » de Bruxelles : http://www.bozar.be/activity.php?id=9431&

    La chronique de l’exposition doit paraître bientôt. Sachez d’ores et déjà qu’elle est bel et bien remarquable, très didactique, qu’elle comporte des pièces majeures et notamment, au début de l’exposition un saint Sébastien qui, à mon sens, est l’un des plus beaux de l’histoire de l’art occidental.

    Cordialement,

    M. Faujour

    février 21, 2010 at 15 h 21 min
  • DESCOTES-GENON

    Bonjour,

    Puis-je avoir les horaires de l’expo ?
    Faut-il réserver par avance ? Si oui comment procéder car nous venons de France jeudi matin jusqu’à dimanche ?

    Merci d’avance.

    Claude Descôtes-Genon

    avril 12, 2010 at 20 h 13 min
  • Le lien vers le site Internet du palais des Beaux Arts de Bruxelles est donné dans le commentaire précédant le vôtre. Tous les renseignements vous sont donnés sur le site.

    Je vous souhaite une excellente visite. N’hésitez pas à nous donner vos impressions.

    avril 12, 2010 at 20 h 54 min

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