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Eva Besnyö, encore un génie hongrois de la photo au Jeu de Paume

Eva Besnyö, encore un génie hongrois de la photo au Jeu de Paume

08 juin 2012 | PAR Raphael Clairefond

Ceux qui regrettaient l’absence de femmes en compétition à Cannes cette année, ne pourront pas faire le même reproche au Jeu de Paume. Après avoir remis au goût du jour l’exubérante photographe surréaliste Claude Cahun, le musée consacre à présent une grande rétrospective à Eva Besnyö, photographe d’origine hongroise exilée dans les années 30 à Berlin puis en Hollande. L’occasion de découvrir celle qui aura vécu et travaillé dans l’ombre de ses célèbres compatriotes masculins : Capa, Kertesz, Brassaï, Nagy. Pas mal, pour un si « petit » pays, n’est-ce pas.

En plus d’être une femme, il faut bien avouer qu’Eva Besnyö n’avait pas un style très personnel, un langage immédiatement reconnaissable. De sa carrière dans la photo d’architecture, elle a gardé un goût pour une certaine neutralité de l’image et un sens rigoureux de la composition. Les corps sont souvent pris dans un maillage bien étudié de lignes dynamiques (ombres, bâtiments…), ce qui, soit dit en passant, ne leur ôte rien de leur sensualité, bien au contraire.

Elle a donc échappé au virus du surréalisme et privilégié une pratique sociale et engagée, volontiers teintée d’un humanisme gouailleur à la Doisneau après la guerre (ses photos d’enfants, par exemple).

Se revendiquant volontiers du mouvement des artistes-ouvriers (marxistes) elle s’est intéressée aux ouvriers d’Alexanderplatz au début de sa carrière, pour terminer dans les années 70 aux côtés d’un groupe d’activistes féministes dont elle sera la photographe attitrée. Pour autant, on pourra retrouver au fil du parcours, un grand nombre de photos privées, tirées de ses vacances, et des portraits élégants d’artistes gravitant autour de son groupe d’amis.

Les photographies d’Eva Besnyö pourront sembler quelque peu anodines ou déjà-vues aux yeux du visiteur distrait. Pourtant, elles témoignent, par leur sens de l’épure et leur douceur, d’un regard plein d’empathie pour le siècle qu’elle a traversé et qui n’aura ménagé personne, surtout celles qui, comme elle, étaient de confession juive. A cette égard, sa série immortalisant les ruines d’une ville ravagée par les bombardements de la seconde guerre mondiale et vidée de toute âme qui vive inspire le respect, par son dépouillement documentaire qui ne laisse transparaître ni misérabilisme, ni rancoeur.

Dans les interstices de ces photos hétéroclites qui font « une vie, une oeuvre », s’esquisse le portrait d’une femme moderne, au caractère très affirmé, rebelle (comme l’indique sa coupe de cheveux ébouriffée) et résistante, qui refusa de sacrifier son travail et ses engagements pour sa vie de famille.

Une belle personne, en somme.

Crédits photo : © Eva Besnyö / Maria Austria Instituut Amsterdam

 

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Raphael Clairefond

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