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En 2012, malgré la crise, la FIAC demeure somptueuse

En 2012, malgré la crise, la FIAC demeure somptueuse

18 octobre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Mercredi 17 octobre avaient lieu les diverses previews de la FIAC : la matin, ouverture du Grand Palais aux collectionneurs, en début d’après-midi, la presse, puis en fin de journée les autres VIP. Malgré la crise qui a menacé les offs de la foire (voir notre article) et malgré le coup de sang suscité par la proposition du rapporteur socialiste du budget à l’Assemblée, Christian Eckert, d’inclure les œuvres d’art dans le calcul de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), la 39e édition de la FIAC prouve que Paris est encore un des centres de l’Art contemporain, côté création, comme côté marché. Avec près de 200 galeries exposées venues de 24 pays et 3000 artistes représentés, le site du Grand Palais et les 4 hors les murs du Jardin des Tuileries, des Plantes, des Invalides et de la Place Vendôme s’apprêtent à accueillir les amateurs d’art de toute l’Europe jusqu’au 21 octobre. Et ils ont même pensé à un grand parapluie devant le Grand Palais pour l’opération anti-grise-mine….

Une matinée calme avant la tempête
Entrés vers 11h avec les collectionneurs, nous avons – dans l’allée principale- la primeur du Show du prix Marcel Duchamp de l’an dernier, le beau Mircea Cantor. Ce dernier  a mis le feu à l’inscription « Sic transit Gloria Mundi » sur le mur de sa galerie, Yvon Lambert sous l’œil attentif de pompiers et de caméras. Malgré la crise, la FIAC reste un lieu luxueux où même de bon matin quelques belles filles volubiles côtoient des couples européens distingués et cultivés et où louboutins et lunettes à double-foyer font bon ménage avant la furie hype de la vague déferlante de ceux qui ne font que regarder…

Si crise il y a renforce encore l’impression de majesté de l’espace, puisqu’il y a un peu moins de galeries : certaines « grandes » ont trouvé un toit moins cher dans un des pavillons du off voisin « Art Elysée » (qui voit par ailleurs sa qualité considérablement augmentée (voir notre article). Du coup, une galerie comme Massimo de Carlo peut étaler certaines œuvres comme celles de Elad Lassry, dont – comble du chic, le nom n’est qu’évoqué au crayon à papier. De même, les natures mortes de Ugo Rondinone s’épanchent comme des pâtes de fruits à raz du sol et avec parcimonie dans le grand stand réservé par la galerie Eva Presenhuber.

Au rez-de chaussé, la FIAC est avant tout un luxueux musée, uniformément rangée sous le signe du 2 dimension et si possible de très achetables toiles de maîtres ou lithographies faciles à emporter sous le bras. Arts vidéo et numériques sont poliment écartées. Même la photo, valeur moins sûre se fait très rare – à part quelques Robert Longo chez Ropac, ou de grands murs de dizaines de clichés notamment d’Andy Warhol chez Thomas Zander. Quant à la sculpture ou l’installation, elle doit soit être discrète et parfaite (une femme de Louise Bourgeois de 2005 chez Cheim & Reed, une magnifique « Ile de l’écrivain » de Hans Op de Beeck chez Krizinger ou encore un Joseph Beuys muséal, « baignoire pour une héroïne » chez Thaddaeus Ropac

Une louche de classique

En période de crise, le mot d’ordre pour la galerie réunie depuis l’an dernier sous la seule nef du Grand Palais (les débraillements funky dans la Cour Carrée du Louvre ne sont plus à l’ordre du jour) est : Grandiose sécurité. En tout cas au rez-de-chaussée, qui n’a cette année rien à envier aux orgies de Picasso (à la FIAC chez Helly Nachmad) et de Basquiat (chez Vedovi et Van de Weghe)  du Hall 2.0 de la fameuse Foire de Bâle.

Les galeries sortent donc le grand jeu : des artistes reconnus, estampillés à plusieurs zéros et valeurs sûre sur le marché de l’art. D’où une impression muséale, très loin d’être désagréable, mais l’on marche plus dans les couloirs de la foire comme l’archéologue satisfait que comme l’explorateur en quête de nouvelles sensations.

Ainsi, la galerie Nathalie Seroussi (stand c.22) propose un cabinet non pas de curiosités, mais d’œuvres dadaïstes et surréalistes exceptionnelles. Et pas que des dessins, mais aussi des toiles avec des prix qui peuvent atteindre 7 chiffres. Ci-contre, la cultissime « Femme-Plante » (1941) de Victor Brauner donne une idée de ce que l’on peut voir. La galerie Perrotin ne fait pas de vagues cette année, avec une sélection classique des plus grands qu’elle représente (Sophie Calle, Wim Delvoye, Lionel Estève, Takashi Murakami, Jean-Michel Othoniel, Tatiana Trouvé, Xavier Veilhan… (stand B.36). De même, Jérôme de Noirmont joue la carte de la sobriété en montrant des œuvres de ses brillants poulains George Condo, Fabrice Hyber, Jeff Koons, Pierre & Gilles et Keith Haring. Chez Lelong, on peut trouver, mis bout à bout, des œuvres époustouflantes de Alechinsky, Kiki Smith, Rebecca Horn et un immense Kounellis de 2012.

Quelques grandes tendances:
Dans cette atmosphère feutrée et  cette magnificence, l’on peut quand même noter 3 grandes tendances:
– Le retour du cinétique, à travers un espace démultiplié pour la regrettée Denise René, un des seuls solo-shows de la foire dédié à Takis chez Xippas et  les objets en mouvements de Rosa Barba chez Carlier-Gebauer.

– Pas de star-system. Ce n’est pas parce que Buren a fait Monumenta ou que Lavier est en ce moment à Pompidou qu’ils sont omniprésents. Même si un frenchy comme Desgrandschanps a étrangement pignon sur rue à la galerie allemande Eigen+Art, pas de hip attitude à la Fiac en 2012. On trouve ce qui se vend comme des petits pains (pour le marché français Arman, Spoerri, et pléthore de Robert Combas) ou des maîtres absolus de la cote : Damian Hirst et son sublime « chez White Cube ou William Kentridge chez Marian Goodman. Même l’excentrique Gagosian s’en tient à des sages Fontana de toute beauté.

– Un peu de provoc pop toc mais pas trop. Les couleurs pops et sucrées qui sont d’habitude le refuge des périodes de crises sont bien présentes, mais avec parcimonie. Et quand il faut y aller, il faut y aller : fini le street art chatoyant avec la tronche du président Obama. Cette fois-ci si déjà on investit dans du Kitsch, il faut faire plus fort que Jeff Koons : animalier si possible, grossier de toutes les façons, avec un soupçon de message politique. Paul McCarthy (ci-contre, Galerie zürichoise Hauser & Wirth) est sans conteste le pouls à partir duquel il faut mesurer cette tendance.

 

Un premier étage décevant
Passé le musée du rez-de chaussée, le gentleman-collectionneur est invité à passer à l’étage où des galeries ont été aménagées pour permettre à de plus jeunes pousses d’exposer elles-aussi leurs poulains au Grand Palais. Malgré le coup de pouce des galeries Lafayettes et quelques noms de galeries (Jousse Entreprise, Polaris, Loevenbruck), le résultats est plutôt triste : les exposants restent entre eux, désœuvrés autour de créations très moyennes. En plus, il commence à être l’heure du déjeuner et ça sent la mauvaise nourriture de cantine réchauffée. Décidément rien ne remplacera jamais le grand terrain de jeu créatif qu’était la Cour Carrée. Le plus beau  reste quand même la vue surplombante…

Une caverne cosi pour le Prix Marcel Duchamp
Le prix le plus prestigieux de l’art contemporain français sera comme chaque année descerné le samedi de la foire, soit le 20 octobre. Le lauréat et successeur de Mircea Cantor aura droit entres autres à son exposition au Centre Pompidou. Cette année, les 4 nominés ont été regroupés dans un espace agréable aménagé tout au fond de la nef du Grand Palais.

Représentée par la galerie Jocelyn Wolff, Valérie Favre propose plusieurs fragments de toile comme œuvre.

 


Représentés par la galerie Loevenbruck, Daniel Dewar & Grégory Gicquel oscillent entre monolithe et humour dans leur sculpture marquante qui est notre chouchoute

 

Représenté par la galerie Poggi, Bertrand Lamarche, réfléchit sur le mouvement et notamment les rails

 

Enfin, représenté par la galerie Michel Rein, Franck Scurti mêle bric et brox dans un poétique neo-artepovera

 

 

Last but not least, et c’est la tradition, voici nos trois chouchous de cette foire

– Les portées métaphysiques de Anri Sala (« The breathing line, 2012) chez Chantal Crousel

– Le cuivre douloureux de Gina Pane avec la sculpture « Le miel de l’homme africain en prière » (1987) chez Kamel Mennour

– Déjà remarqué à la Dokumenta, le Cabaret Crusade en photo (The path to Cairo, 2012) de Wael Shawky chez Sfeir-Semler.(et voir vidéo ci-dessous)

Parmi les nombreux évènements prévus autour de cette grande messe automnale de l’art contemporain à Paris, ne manquez pas, la nuit des galeries, jeudi 18 octobre (nous vous proposons un parcours, ici).

Et dans les foires off, la numérique Show Off (voir notre article), la centrale Cutlog (article), la débraillée Slick (article), la toute nouvelle Yia Art Fair au Bastille Design Center et Art Elysées pour son excellente qualité cette année et son pavillon de design (article).

photos (c) yaël hirsch

Les puces de Saint -Ouen en fête
Off de la FIAC : Un Art Elysée de toute beauté
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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