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Les cercles vivants de Gabriel Orozco au Centre Pompidou

20 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Après le MoMa de New-York et la Fondation Beyeler de Bâle, c’est au tour du Centre Pompidou d’accueillir la grande rétropsective du travail inclassable du plasticien mexicain Gabriel Orozco. Pour l’occasion, la galerie Sud s’ouvre complétement et les oeuvres des années 1990 et 2000 de l’artiste nomade dialoguent avec la rue, sous la surveillance d’acteurs habillés en policiers mexicains. Jusqu’au 3 janvier 2011.

Né à Jalapa en 1962, Gabriel Orozco vit entre Mexico, New-York et Paris. Son atelier est intinérant, et l’artiste refuse toute inscription identitaire et toute catégorisation. Les lieux ne l’intéressent que lorsqu’ils sont en mouvement. Les objets ne l’interpellent que déformés, quand ils font « trace ». En gardant l’espace d’exposition grand ouvert sur une rue adjacente, le Centre Pompidou a fait le choix de ne pas hierarchiser les oeuvres d’Orozco des années 1990 à nos jours. Alors que la Fondation Beyeler avait décidé de mettre en avant la fameuse DS (1997), diminuée au point de ressembler à un poisson, dans la galerie Sud, celle-ci n’occupe qu’une place banale parmi les « sculptures » d’Orozco, posées à même le sol. De même que la DS, « Elevator » (1994) est comprimée jusqu’à devenir impraticable : un ascenseur comme on ne l’a jamais vu.

L’artiste est malicieusement présent dans chacune des sculptures qu’il présente, qu’il s’agisse de « Yielding stone » (1992), boule de plasticine qui pèse le poids d’Orozco et a roulé sa bosse sur tous les trottoirs du vaste monde, ou encore dans « Eyes Under Elephant Foot » (2009) où le tronc le plus pauvre est recouvert d’yeux inquisiteurs. Parmi ces sculptures, on retrouve des formes très simples et un refus de monumentalité, notamment dans la simpliste (et bien nommée)  « Empty Shoe Box »  (1993), dans l’enfantin collage de feuilles « Moon Tree » (1996) et dans l’humoristique « Toilet ventilator » (1997).

En face de cette rangée de sculptures au sol,  commentées par des photos issues d’un catalogue de Jacques Henri-Lartigue, Orozco a établi ses célèbres Tables de marché (« Working Tables », 1990-2000). A hauteur du bassin, le visiteur se penche (parfois difficilement à cause du dispositif de sécurité) pour observer le bric à brac de l’artiste : la première table contient beaucoup de « reliques » et d’objet volontiers folkloriques, la deuxième mêle chaussures et chaussettes dépareillées, ballon de foot crevé, insectes, crânes, ainsi que le dérangeant jeu d’échecs agrandi et uniquement peuplé de chevaux :  « Horses running endlessly » (1995). On y trouve également  la terre cuite « My hands are my heart » (1991). La troisième table fait étalage de nombreuses matières dans de petites sculptures faites de maille d’acier, mousse, plâtre, bois,  et carton.  Deux maquettes d’architectes sont également présentes sur ces tables, qui nous rappellent la volonté d’Orozco de ne pas se cantonner à un medium, ni à une discipline.

Enfin, sur les murs de gauche et du fond, les oeuvres en deux dimensions de l’artiste dialoguent avec ses sculptures et ses tables de travail. Dans la photo « My Hands Are My Heart » (1991) l’artiste se photographie tenant la sculpture de céramique qu’on a vue sur les tables ; le dessin « Finger Ruler Drawing » (1995) semble répéter un geste à l’infini. Enfin, les cercles peints sur les « Atomists » (1996) (gouache circulaire sur des photos de presse de sportifs en action), et présents dans les grandes peinture géométriques abstraites qui portent des titres d’arbres (années 2000) semblent livrer le mode d’emploi de l’art d’Orozco : tout est dans la circularité. Chacune de ses oeuvres renvoie à une autre :  les feuilles d’arbre en papier posées sur les tables résonnent avec la sculpture « Moon Tree » à même le sol, les cases de l’échiquier des chevaux éternels se retrouvent sur le crâne de l’artiste, et les boules de mousse coincées dans les filets de fer de « Seed » (2003) semblent une version plus légére du boulet de plasticine qui fait le poids d’Orozco.

Alors qu’Orozsco  ouvre l’exposition en annonçant : « Je ne veux pas être un maître. Je veux être un enfant », il faut que le spectateur joue dans cet espace ouvert par l’artiste. Il y a décidément du choc et du ludique à la Duchamp dans ses vélos hollandais à 4 roues, et ses voitures-aquarium. Mais Orozsco fait plus que nous montrer avec amusement nos propres vestiges : la circularité donne un sens à son magma, et, celui qui observe assez longtemps finit par sentir combien chaque oeuvre répond à une autre, dans une harmonie paradoxale qui signale probablement la présence d’une « oeuvre », au sens le plus noble et « adulte » du terme.

 

« Gabriel Orozco« , du 15 septembre 2010 au 3 janvier 2011,  de 11h00 – 21h00 jusqu’à 23 h le jeudi, fermé le mardi, et le 1er mai, Centre Pompidou, Galerie Sud, Paris 4e, m° Rambuteau ou Hôtel de Ville, Tarif plein 12€ ou 10€ selon période / tarif réduit 9€ ou 8 € selon période.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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