Arts

Crânes, thanatos et vanités au musée Maillol

04 février 2010 | PAR Ariane Lecointre

L’exposition « C’est la Vie » ouvre aujourd’hui 3 février au musée Maillol et dure jusqu’au 28 juin. Une réflexion sur l’homme et la mort à travers l’histoire de la peinture qui invite à plonger dans une philosophie de l’être et du néant.

messager1« Vanitas vanitatum, omnia vanitas » sont les mots introduisant l’Ecclésiaste (Ancien Testament), et sont l’objet d’une exposition au Musée Maillol. L’homme obsédé par la mort et a fortiori par son état fini ne cesse, par la voie artistique, de réfléchir sur le sens que la mort donne à la vie. L’exposition au musée Maillol présente des crânes esthétisés et chargés de sens de l’Antiquité à aujourd’hui. Une histoire de la mort qui a plus de 2000 ans.
Les œuvres contemporaines sont les premières exposées, par « charité » selon les mots de Patrizia Nitti (directeur artistique du musée). L’art contemporain est en effet bien plus violent et transgressif que les peintures classiques ou modernes, qui permettent de terminer la visite en douceur.
Au XXIe siècle, la mort est démystifiée, banalisée, dénaturée par les artistes. The Death of God de Damien Hirst (2004) est un immense cercle badigeonné de blanc. Au centre de ce symbole de la totalité et de l’infini, un petit crâne transpercé de lames. Une relecture du thème nietzschéen qui n’est pas la première, mais qui est ici particulièrement agressive, dans la mesure où elle se double de nihilisme. L’espoir est mort lui aussi. C’est dès la fin du XXe siècle abramovic1que la mort perd de sa suprématie, avec les Young British Artists. Elle entre avec ce mouvement dans le consumérisme ambiant, et signe « la corruption absolue » selon Damien Hirst. La beauté des œuvres est réelle cependant, interrompt et frappe au sens propre du terme, obligeant à une introspection. Le but n’est pas en soit de choquer, mais de mettre le doigt sur la mort réappropriée par des artistes qui n’ont pas connu la guerre, qui la combattent ou l’adoptent par leurs productions. Annette Messager en 1999 a ainsi sculpté une grosse tête de mort avec des gants percés de crayons de couleur (Gants-tête).
Dérision et humour avec Abel Abdessemed (Mes Amies, 2005), jeune artiste dont le cliché représente une jeune fille marchant dans la rue et tenant par la taille…un squelette. La mort investit et renouvelle la banalité de ce cliché de couple.
Prise de conscience de Marina Abramovic qui porte un squelette (Carrying the skeleton I, 2008). La photo est immense et noire, le squelette s’y dessine comme une ombre en négatif, néfaste et omniprésente.
Dans les années 60′, avec le Pop’Art, Andy Warhol fait une série de crânes, sur le mode de ses séries d’artistes morts. Tout homme est atteint par la société corrompue. Eros et Thanatos dans les années Sida. L’amour flirte avec la mort, se pervertit et s’abîme.
braqueLes artistes surréalistes et leurs contemporains ont peint la mort pour l’apprivoiser. La vanité utilise les clichés et les symboles de la Renaissance, mais sans pour autant les critiquer et les détourner. La mort n’est pas un sujet amusant, elle invite à faire des concessions, à repenser sa propre existence, dans une interprétation très personnelle. C’est exactement ce que fait Braque, dans un superbe tableau aux couleurs inhabituelles (L’Atelier du crâne, 1938). La mort est douce, rose, jaune et brune, elle est acceptée par l’artiste. Picasso en revanche fait de la mort une violence, un arrachement.
Alors que « les contemporains portent leurs morts, les anciens l’embrassent » selon Mme Nitti. C’est en effet la Renaissance qui banalise le thème des Vanités. Chaque symbole est académique, les toiles se répètent et s’approchent plus de l’exercice de style. Ainsi, le sablier représente la fuite du temps, le crâne est la mort, les fruits et les fleurs symbolisent la corruption, la bougie éteinte est la vie qui s’échappe du corps, les objets au bord des tables et les bulles de savon sont une image de l’instabilité et de la fugacité, les livres et le tabac sont futiles… Les traitements diffèrent entre les pays. En Europe du Sud, la mort est associée à des scènes de religion, plus austère chez l’Espagnol Zurbaran que chez le maniériste italien Le Caravage.
pompeiUne superbe mosaïque de l’Antiquité romaine est exposée, rappelant le « Carpe diem » horacien, qui exhorte tout homme à profiter du jour présent avant que le soir tombe.
Cette exposition est un rappel que l’homme est mortel, « Memento mori« . Á chacun de choisir quel sens lui donner et quelle importance attacher à la vie.

On peut regretter l’organisation en méandre de l’exposition, qui commence au rez-de-chaussée, continue au 2° étage, se poursuit au 1° et  se termine au sous-sol. Des parallèles sont souvent faits entre des œuvres d’époques différentes, mais qui ne sont pas explicites et qui peuvent donc paraître incongrues. Mais les Vanités sont un angle passionnant pour approcher l’art contemporain, qu’il s’agisse de sculptures, de vidéos, de peintures, de photos. Cette forme d’art prend tout son sens, un fois replacé dans son contexte et dans la tradition picturale.

Informations :

« C’est la Vie », au Musée Maillol

du 3 février au 28 juin

61 rue de Grenelle, 75 007 Paris

De 9 à 11 euros

Tous les jours, sauf le mardi et jours fériés, de 10h30 à 19h

 

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