Arts

BASQUIAT AU MUSEE D’ART MODERNE

14 octobre 2010 | PAR Claire Linda

Il faut s’imaginer New York dans les années 80, ville en ruine, aux trottoirs défoncés, où le chômage opère son lent mécanisme d’exclusion et convoque une génération à hanter les rues. A la faveur de l’espoir d’une fugace notoriété, les murs se parent d’étranges symboles et autres lettrages, le Tag, le Graff sont nés par la rue, bien qu’ils s’exposent et se collectionnent aujourd’hui en tout sens.

Il faut s’imaginer le murmure assourdissant d’une ville où la drogue et l’alcool circulent comme le vent et se consomment à tout va,  où la faune noctambule trouve refuge dans des clubs aux allures de squats, et libère une imagination portée par une émulation collective de partage de la même galère et de la même âpreté d’un quotidien citadin hostile à une vibrante jeunesse plongée dans  l’abandon d’une misère forcée.

Il faut s’imaginer voir apparaître sur des murs anonymes et défraichis des phrases simples et pourtant mystérieuses, des interrogations poétiques, des citations, toutes signées d’un laconique SAMO ornées d’une couronne et ponctuées du c de copyright.

Des murs dénudés de New York Downtown aux plus prestigieuses galeries d’art, Jean Michel Basquiat aura franchi le mur crasseux des préjugés, des inégalités, de la bêtises pour apparaître dans sa légitimité d’artiste, une sorte de Rimbaud de la Peinture « Forever Young ».

Aussi voir cent cinquante de ses œuvres réunies pour la première fois en une exposition à Paris, c’est un peu comme se prendre une décharge d’énergie en se branchant volontairement les doigts des deux mains dans une prise chargée à blanc. De ses débuts en tant que SAMO c au passage à l’artiste Basquiat, des graffitis à l’aspect naïfs aux tableaux dont on sent que la grande et belle expressivité est hantée par le souci des racines, de l’histoire, de la communauté noire, du rapport à l’autorité et à l’injustice : ainsi les boxeurs, héros populaires de l’époque sont représentés gantés poings levés, prêts au combat. Basquiat invoque aussi, tel un chamane, le jazz et Miles Davis. Sa peinture interroge, impossible de rester indiffèrent confronté à une telle densité des couleurs, une telle précision du mouvement. Les Toiles de Basquiat sont bavardes, même monosyllabiques,  peuplées de lettre A, de mots répétés comme autant de petites transes ou d’invocations magiques.

Freedom Of Speech, voilà ce que sa collaboration avec Warhol semble chuchoter. En 1984, Basquiat, 24 ans, collabore avec le maître du Pop art. Ensemble ils réalisent une quinzaine de tableaux dans lesquels l’esprit d’une liberté sauvage rivalise de beauté avec l’énergie  contenue de la peinture Warholienne.

Les dessins minutieux du prolixe prodige s’étalent sur les murs blancs du MAM comme autant d’éclats de rires où d’énigmes insolubles hantées par la mort, l’anatomie du corps humain, le slam, le rap, et le jazz…

Les 10 salles forment un voyage au cœur d’un des plus beaux phénomènes humains : l’imagination au pouvoir… A vivre

Du  15 octobre 2010 au 30 Janvier 2011

Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

11, avenue du Président Wilson 75016

Mardi au Dimanche 10h à 18h

01.53.67.40.00

Infos pratiques

La Fiesta des Suds ! c’est parti
Live report : Starboard Silent Side à la Loge (14/10/10)
Claire Linda

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