Architecture
Corps, intellect, perception mis à l’épreuve au Centquatre

Corps, intellect, perception mis à l’épreuve au Centquatre

Les installations d’Anne-Flore Cabanis et du groupe Jeune Création envahissent le Centquatre depuis le 5 avril 2012. Mouvement, obstacles, jeux d’optique sont autant de thématiques mises à l’honneur.

Les Connexions d’Anne-Flore Cabanis


La découverte des Connexions d’Anne-Flore Cabanis débute au sein de la nef Curial pour se poursuivre dans la halle Aubervilliers. Les murs de celle-ci accueillent, en certains de ses axes, des groupes d’élastiques visant à dissoudre les repères qu’entretient le spectateur à l’espace. Placés de sorte à figurer un repli par un jeu de courbes subtil, les élastiques agrémentés de couleurs diverses et qui jamais ne se touchent, tendent pourtant à se superposer par une confusion perceptive. Formant un véritable kaléidoscope, ces effets d’optique fragmentent l’espace, de telle sorte que le spectateur peine à en déterminer les limites et à en distinguer la structure.

On regrette toutefois au sein de la halle Aubervilliers, la distance qui est imposée au spectateur. Hormis quelques effets d’optique, il reste trop éloigné des installations pour en goûter toute la perturbation physique qu’elles engrangent. Le manque de proximité résonne avec une certaine indifférence et une absence de sensation.

Ce n’est qu’au sein des ateliers 0 et 2 que le public fait réellement corps avec l’œuvre. Il est invité à cheminer à travers des élastiques qui lui font obstacles. Pris au piège, il enjambe, s’accroupit, contourne, pour finalement atteindre un espace vide. S’il y est fondamentalement séparé de son point de départ, il atterrit néanmoins dans un espace entièrement blanc, qui lui semble pouvoir s’étendre indéfiniment. Le spectateur fait ainsi l’expérience simultanée du rapport à l’espace obstrué et au vide. Ici, les élastiques d’Anne-Flore Cabanis s’unissent véritablement à leur environnement, et forment avec lui un tout cohérent. Les installations deviennent de véritables sculptures-architectures, où la structure architecturale ne se contente plus de subir la projection des élastiques, mais participe réellement à la création, enserrant pleinement le spectateur.

Extraits de Jeune Création


Si Jérémy Chabaud reprend cette même thématique de l’obstacle, il l’aborde sous une forme nouvelle. Un espace partiellement obstrué accueille le spectateur, qui pour y accéder est invité à s’abaisser. Depuis une petite télé, un homme se révolte contre la division des rues en plusieurs voies, évoquant ainsi la segmentation de la société. Recréant un espace intime par la disposition de petits objets du quotidien, le spectateur est confiné dans une sphère fondamentalement dissociée de l’extérieur, esquissant ainsi l’impossibilité du vivre ensemble.

 

Avec Claudia Imbert et Jonas Etter, le mouvement est à l’honneur, entre la projection infinie d’une même vidéo et un tableau en sucre brûlé sans cesse en mutation. Si la fusion avec le spectateur y est prégnante, elle ne l’est plus avec l’œuvre de Julie Chaumette, à côté de laquelle le public passe sans même y jeter un regard. Cette cage, réalisée dans un bois finement raboté est, conformément au souhait de l’artiste, réduite à son essentialité. Toutefois la démarche, devenue extrême, n’offre plus qu’une œuvre quasi inexistante.

 

Le Centquatre propose ainsi un parcours autour d’œuvres diverses, qui pour la plupart, sollicitent pleinement la participation du spectateur, tant corporelle, intellectuelle que perceptive.

 

Crédits photo :

Image à la une (c) Anne-Flore Cabanis., French Burners à Flateurville, 28 octobre 2010, évènement collectif, http://www.anneflorecabanis.com/

(c) Anne-Flore Cabanis., Installation « Route EL28 » — 2 ensembles d’élastiques en tension, Centquatre, http://www.anneflorecabanis.com/

(c) Jonas Etter, Wallpiece II, 2009, sucre brûlé visqueux, bois d’érable, MDF, enduction de piscine.

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DIANE ZORZI DU MAGAZINE DES ENCHÈRES

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