Arts

Aragon et ses peintres : de l’image au verbe

16 avril 2010 | PAR Ariane Lecointre

Louis Aragon était un immense artiste, ciselant les mots et leur musique, mais aussi grand amateur d’art. L’Adresse Musée de La Poste invite les peintres aimés par le poète, les faisant dialoguer dans un hymne à l’art et à la beauté, jusqu’au 19 septembre 2010.

Aragon est un auteur en quête de sens ; sens de la phrase et sens du monde. Né en 1897, il est le fils du XXe siècle, de ses guerres, de ses démons, de sa libération. La notoriété d’Aragon vient plus souvent de ses œuvres surréalistes ou de ses poèmes de résistants. Il a pourtant plusieurs périodes, marquées par son caractère entier et par un investissement sans retenues : le surréalisme et le réalisme socialiste, puis un retour aux sources de son art renouvelé. L’exigence qu’Aragon se fixait à lui-même, cet absolu de l’artiste, se double comme avec évidence d’un amour de la peinture. L’auteur a beaucoup écrit sur les peintres, qui mettaient en couleurs et en images ce que lui-même dessinait ou esquissait avec sa plume.

Aragon, Breton et Soupault fondent le mouvement surréaliste en 1924, la frontière entre l’inconscient et le monde devient poreuse et sujet d’inspiration.
Louis Aragon publie La Peinture au défi en 1930, trouvant en Braque et en Picasso de véritables maîtres du collage, technique qu’il transposera ensuite en littérature. Outre ces deux peintres immenses, Aragon rencontre De Chirico, Klee, Duchamp, Picabia…

Puis Aragon se tourne vers le Monde Réel, adhère en 1927 au Parti Communiste. Il trouve dans le réel la force des hommes et l’auteur écrit désormais selon un nouvel idéal littéraire, le réalisme soviétique. Les peintres qui l’inspirent sont les portraitistes du peuple et de sa crudité : Fougeron, Lorjou, Taslitzky…

A la fin de sa vie, Aragon revient vers ses premières amours, Picasso entame son portrait, il publie en 71 Henri Matisse, roman, écrit sur Léger et Chagall, découvre Boltanski, Moninot… La peintre et les artistes l’habitent, faisant résonner sa littérature.
Il écrit sur ces artistes, avec une musique et une force incroyables, « Paul Signac fut le peintre de la mer et du soleil, le peintre des ports où l’homme regarde vers le large, le peintre des bateaux dont les voiles ont les mille couleurs de l’espoir. »
Les mots d’Aragon sont chatoyants, l’écrivain jongle parfaitement avec l’art de l’hypotypose. Ainsi, si « l’art des vers est l’alchimie qui transforme en beautés les faiblesses » (Les Yeux d’Elsa, préface), la peinture se fait écho de la beauté du monde.

L’exposition de l’Adresse Musée de La Poste propose un beau parcours, en image et en verbe, en couleurs et en lignes, à travers les toiles qui ont appartenu à Aragon ou qui l’ont inspiré. Ces œuvres bien exposées sont une porte d’accès idéale à l’écriture aragonienne, si attachée à la couleur et à la forme.

 

 

Légendes :

Bernard Buffet – la Chambre, 1947 – Huile sur toile, 135 x193 cm – Fonds de dotation Bernard Buffet – © Adagp, Paris 2010

Paul Signac – Lorient, le bateau caboteur, vers 1930 – Aquarelle sur page de carnet,- 21 x13,2 cm- Collection particulière- © Photographie Jean Bernard

Informations :
Aragon et l’art moderne – L’Adresse Musée de La Poste – 34 boulevard de Vaugirard – 75015 Paris – 01 42 79 24 24 – M° Montparnasse – ouvert de 10h à 18h sauf dimanche et jours fériés – plein tarif 6,50 €, TR 5,00 €

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