Arts
A la découverte du laque de Kamakura chez SanSuiDo

A la découverte du laque de Kamakura chez SanSuiDo

24 avril 2020 | PAR Laetitia Larralde

A Kamakura, ancienne capitale du Japon, la tradition du laque existe depuis plus de huit siècles. Goro Koizumi, le président de SanSuiDo, nous a ouvert les portes de son magasin pour nous présenter des objets raffinés et un savoir-faire chargé d’histoire.

Quand il s’agit d’artisanat, le Japon est extrêmement fidèle à ses savoir-faire traditionnels. Avec des gestes et des outils hérités par-delà les siècles, les artisans actuels perpétuent la tradition de leur art, reliant passé et présent dans le mouvement de leurs mains. À Kamakura, ville entre mer et montagne à environ une heure et quart de train au sud de Tokyo, l’une des spécialités est le kamakurabori, les objets en laque de Kamakura.

L’origine du kamakurabori remonte à l’époque Kamakura (1185-1333), qui vit la mise en place du régime shogunal, le pouvoir étant basé à Kamakura. Au même moment le bouddhisme et ses différents courants se développèrent, laissant aujourd’hui encore de nombreux temples dans la ville. La sculpture des statues bouddhiques prit elle aussi de l’essor et la technique du laque, importée de Chine, devint une finition populaire pour les objets du culte. Nichés dans la pénombre des temples, on imagine les reflets discrets et veloutés de ces statues, ajoutant à leur aura mystique.

La technique, perfectionnée au fil du temps, s’étendit peu à peu à des objets du quotidien tels que des plats, des miroirs, ou des ustensiles pour la cérémonie du thé. De l’affirmation du pouvoir de la classe des samouraïs, elle obtient sa gamme chromatique sobre, dérivée des armures dont certains éléments étaient laqués. Ses motifs, quant à eux, sont majoritairement issus de la nature. A la fois en lien avec la culture populaire japonaise avec des motifs tels que le bambou ou la fleur de cerisier, ils prennent également source dans le shintoïsme, profondément ancré dans la nature.
Les objets fabriqués aujourd’hui auraient pu l’être il y a plusieurs siècles, tant les changements apportés au fil du temps sont infimes. Pour beaucoup, changer de typologie d’objet pour correspondre aux goûts contemporains reviendrait à trahir l’esprit du kamakurabori. On ne trouvera donc pas de sitôt de support à tablette ou autre objet moderne en laque de Kamakura.

L’atelier SanSuiDo se compose de six artisans, quatre graveurs et deux laqueurs. Trois générations travaillent ensemble en suivant un processus composé d’une douzaine d’étapes. Fabriqués à partir de bois de katsura, ou arbre à caramel, chaque objet est gravé à la main, sans aucune aide de la technique moderne, pour recevoir ensuite les plusieurs couches de laque.
Si la fabrication artisanale rend chaque objet unique, elle a également ses limites. Pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, SanSuiDo a reçu une commande pour fabriquer des plateaux avec le logo des Jeux en petite série. Reproduire à l’identique ce motif précis et géométrique a représenté un défi de taille pour des artisans déjà très portés sur le détail et au niveau d’exigence élevé.

Le savoir se transmet de maître à élève, et il en va de même pour les outils. Identiques depuis des siècles et faits pour durer, l’un d’eux est particulier : le pinceau à laquer. Le cœur du pinceau se compose en effet de cheveux humains, agglomérés de colle et enserrés dans de fines épaisseurs de bois. Choisi pour ses qualités dans l’application du laque, le cheveu est aujourd’hui difficile à trouver et les pinceaux en deviennent d’autant plus précieux.

Pour Goro Koizumi, un objet n’est réellement achevé que quand il acquiert une certaine patine due à l’usage. La couche rouge laisse alors apparaître par endroits la noire, et l’objet reflète ainsi son lien avec son propriétaire. Avec le temps, l’âme de l’objet se forme, rappelant par-là l’idée de tsukumogami, qui dit qu’un objet prend vie en tant qu’esprit à son centième anniversaire si ses propriétaires en ont pris soin.

Apprécier le kamakurabori, c’est prendre le temps de comprendre son processus de fabrication et d’appréhender le temps nécessaire pour arriver à la maîtrise du savoir-faire pour créer ces objets. Et ainsi, vous pourrez alors embrasser d’un regard les siècles d’histoire du laque de Kamakura.

A la réouverture des magasins, les laques de SanSuiDo seront visibles à la Maison Wa, à Paris.

Visuels : S. Okazaki et L. Larralde

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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