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Turquie: l’écrivaine Elif Shafak, la plume comme arme

Turquie: l’écrivaine Elif Shafak, la plume comme arme

18 juillet 2019 | PAR Anna Geslin

Dans un article au Guardian, la romancière turque Elif Shafak témoigne de la répression des intellectuels en Turquie, sous le régime d’Erdogan. Elle appelle ces derniers à défendre la vérité, la liberté de parole, alors que la démocratie est plus que jamais menacée par la montée du populisme. 

Turquie. Il y a deux mois Elif Shafak, écrivaine turque, se retrouve être la cible de milliers de messages injurieux sur les réseaux sociaux. Des phrases de ses romans The Gaze et 10 Minutes 38 Seconds in This Strange World circulent entre les internautes, qui réclament qu’elle soit poursuivie en justice pour « obscénité ». Mais de quoi parlent donc ses livres ? 

Elif Shafak se considère comme une musulmane laïque qui défend des valeurs féministes. Dans ses ouvrages, elle ose aborder des sujets difficiles comme le harcèlement sexuel, la violence basée sur le genre, ou la maltraitance infantile. Ces thèmes dérangent dans un pays qui connaît une forte montée populiste sous le régime d’Erdogan. Elle n’est d’ailleurs pas la seule auteure victime de « lynchage numérique », puisque tous ceux qui ont osé prendre la plume pour parler, réfléchir sur ces thématiques, sont aussi visés.  

Elif Shafak a dû supporter la venue de policiers, qui se sont notamment rendus dans sa maison d’édition pour saisir un certain nombre de ses livres. Ils ont également embarqué ceux de la féministe Duygu Asena, décédée en 2006. Il n’est pas sans rappeler que depuis 2016, et le coup d’Etat à l’encontre d’Erdogan, une trentaine de maisons d’édition a dû mettre la clé sous la porte à cause d’un décret, et 135 000 livres ont été bannis des bibliothèques municipales, dont ceux de Louis Althusser et Nazim Hikmet,  célèbre poète turc. Un procureur a même accusé Spinoza et Albert Camus d’être « membres d’une organisation terroriste ». L’écrivaine explique que le gouvernement actuel a une réelle animosité envers les intellectuels: 7 300 universitaires ont été renvoyés et 700 intellectuels ont fait l’objet de poursuites criminelles pour avoir signé une pétition de paix. Ils ont perdu leur emploi, ont été blacklistés, certains ont été arrêtés, d’autres ont vu leurs passeports confisqués. 

Les journalistes femmes sont aussi dans le viseur du gouvernement. C’est le cas de Nurcan Baysal, connue pour ses papiers sur les  traumatismes que traversent les femmes yézidies et kurdes, qui a été interpellée en pleine nuit à son domicile par la police. Les féministes sont considérées comme des « pions de l’Occident » et des « cosmopolites sans racines », le chef de l’Etat est allé jusqu’à dire : « vous (féministes) n’avez rien à faire dans notre religion ou civilisation »

C’est pourquoi Elif Shakaf appelle les intellectuels, journalistes, écrivains turcs (…) à prendre la plume pour défendre la liberté de pensée, de parole. Alors que la vérité est constamment menacée en Turquie, elle pense que la fiction est plus que jamais utile, car les histoires qui connectent, transmettent des valeurs « d’humanisme et d’empathie », permettent de lutter contre « la colère, le tribalisme et l’apathie » qui rongent la société. Pour elle, la littérature doit aussi assumer son rôle de miroir de la société, pour donner la parole aux « silencieux » et raconter l’histoire des « marginalisés »

 

© Visuel : Elif Shafak, Flickr

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Anna Geslin

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