Essais

« Je ne reverrai plus le monde »: les textes de prison de l’écrivain turc Ahmet Altan

« Je ne reverrai plus le monde »: les textes de prison de l’écrivain turc Ahmet Altan

20 novembre 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Journaliste et écrivain turc, Ahmet Altan a été arrêté peu à près la tentative de coup d’état contre le président turc Recep Tayyip Erdogan, du 15 Juillet 2016. Libéré après trois ans de détention le 4 novembre dernier il a été à nouveau arrêté une semaine plus tard. Ce livre est un témoignage émouvant sur sa vie en prison et sa résistance au désespoir par la force de l’écriture et de la littérature.

« Merci, je ne fume que quand je suis tendu ». Ahmet Altan a prononcé cette phrase dans la voiture de police, le matin de son arrestation. Cette phrase en forme de défi a tout changé : c’est le début de sa résistance, à une réalité monstrueuse, venimeuse. Journaliste et écrivain turc, il vient d’être arrêté lors de la répression qui a suivi la tentative de coup d’état de Juillet 2016. Vient ensuite le choc de l’incarcération dans les geôles de la police. La chaleur suffocante, la saleté humiliante, la faim obsédante mettent le détenu à rude épreuve. La vie est comme morte et le temps devient une masse écrasante. Le corps est en cage et ne persistent pour ne pas sombrer, que la force de l’esprit et la puissance de l’imagination. Mais le prisonnier reste un écrivain : il écrit à la table de sa cellule et rêve en marchant dans la cour de la prison. Il préfère les rêves irréalisables car il faut oublier le monde extérieur et ses rêves réalisables. Il pense à un nouveau roman. Mais lorsqu’il a apprend après une parodie de justice, sa condamnation définitive, lorsqu’il comprend « qu’il ne reverra plus le monde » le choc est terrible. Il écrira donc pour survivre dans une réalité sans espoir, car « la porte en fer, dans mon dos, s’est fermée ».

Cet essai écrit en prison est un témoignage sur le courage et l’esprit de résistance. Ce récit est écrit avec des mots forts. « On n’entend jamais la plainte intérieure des prisonniers » et ce livre leur rend hommage. Le livre se nourrit aussi des petits faits, des anecdotes et des rencontres de la vie carcérale. Ahmet Altan veut pouvoir continuer à écrire, l’imagination est son dernier espace de liberté. Sa réflexion s’appuie sur des références littéraires. Le caractère incompréhensible et absurde des accusations portées contre l’auteur rappellent le « procès de Franz Kafka. Il proclame son amour des livres qui lui ont tant manqué en prison et qu’enfant il appelait « Les fées de la forêt ». Le texte aborde aussi des sujets philosophiques : le mal selon St Augustin, le mystère du bonheur ou celui de la foi.

Ahmed Atlan nous donne un témoignage émouvant sur sa résistance à l’oppression et à l’arbitraire mais aussi sur son amour de la littérature et son métier d’écrivain.

Ahmed Atlan, Je ne reverrai plus le monde, Actes Sud, 216 pages, 18 euros 50, sortie en septembre 2019.
visuel : couverture du livre

« 5.Tera nuits +1, (errances cosmiques) » ou l’histoire de l’humanité qui contemple le ciel
« La Reine des Neiges II », une suite parfaite et un véritable renouveau…
Jean-Marie Chamouard

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