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[Tour de Web] Français de souche

[Tour de Web] Français de souche

01 mars 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés. Ce slogan de manifestation aura été scandé pendant des générations. Et pourtant l’actualité des derniers jours fait mentir cette réalité. 

Irréprochable

En amont du dernier dîner du CRIF, l’ancien et actuel président, Roger Cukierman, a déclaré qu’en matière d’antisémitisme, Marine Le Pen était « irréprochable ». Le mot, qui sera adouci dans la soirée fait le tour de la toile.  Le Monde liste les réactions à ce mot incompréhensible : »Les propos de M. Cukierman à propos de Mme Le Pen ont provoqué l’indignation de plusieurs personnalités, dont le député (PS, Hauts-de-Seine) Alexis Bachelay, qui a appelé, lundi matin sur LCI, les responsables politiques à « condamner [ses] propos et boycotter le dîner du CRIF ». Sur Twitter, l’ex-patronne du Medef, Laurence Parisot, a quant à elle fait part de sa stupeur face aux propos du président du CRIF.
En 2008, écrit à l’époque Le Nouvel Ob’s « Roger Cukierman dénonçait « l’antisionisme » de partis révolutionnaires tels la LCR. « Cette alliance brun-vert-rouge donne le frisson », avait-il ponctué. » Cela lui avait valu un procès pour injure gagné contre la LCR

Face à la bêtise, il vaut mieux rire. Cela le magazine JewPop le fait très bien. La chronique de Sefwoman s’adresse directement à Roger Cuckierman. En plus d’être hilarant, c’est instructif. : « En t’entendant déclarer que Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », je me demande : « T’attends quoi pour trouver quelque chose à redire à Marine Le Pen ? Qu’elle aille taguer des sépultures juives dans l’Est de la France ? ». Tu seras gentil de noter au passage que les dernières et répétées profanations de cimetières sont l’œuvre de petits Français non-issus de l’immigration arabo-musulmane. »

La source de la souche

En réponse à ces mots, François Hollande, présent au même dîner a déclaré :  « C’est comme une lèpre qui revient toujours quand les civilisations croient s’en être débarrassées. » Et de glisser, à l’intention de son hôte, Roger Cukierman, le président du CRIF, qui avait jugé le matin même Marine Le Pen personnellement « irréprochable » avant de se rétracter : « L’antisémitisme a des racines anciennes, qui plongent dans toute l’histoire de l’extrême droite française, qui ne s’en est pas affranchie. »

Mais, dans le même discours le précédant le mot a été lâché : Le Figaro écrit : « Lors de son discours au CRIF, François Hollande a suscité la polémique en désignant les responsables de la profanation du cimetière de Sarre-Union par l’expression «Français de souche». Michèle Tribalat revient sur ce terme controversé. » Dans le Monde, cette fois-ci dans le blog Au cœur de l’antiracisme, l’historien Emmanuel Debono fait l’histoire de cette expression mal vue de nos contemporains : « Dans un article du Monde, l’historien Nicolas Lebourg parle d’un dilemme auquel se trouverait confrontée la gauche : « Comment nommer le réel ? (…) Faut-il investir le vocabulaire de l’adversaire pour toucher les masses ? » Il est certainement possible de nommer autrement, sans mobiliser un champ lexical que l’on sait sensible. La langue française est assez riche pour cela et les « masses » ne sont pas si réfractaires que cela à la justesse du langage. L’expression de « Français au carré » proposée par la démographe Michèle Tribalat peut-elle à ce titre constituer une alternative satisfaisante ? Il y a aussi la solution plus frontale consistant à « réinvestir » ce champ pour refuser l’orientation donnée par ledit adversaire. Encore faudrait-il fournir un sérieux effort de définition. »

Les mots ont un sens, et le politologue Bruno Etienne mort prématurément le 4 mars 2008 le disait, au Monde en 2005 : « Quand il y a un mot en « isme », cela indique souvent une exagération du concept, en l’occurrence, la laïcité. On peut donc être laïque sans être intégriste laïcard. Le laïcisme est quelque chose d’assez négatif, c’est-à-dire une idée qui veut s’imposer.
On peut croire aux bienfaits de la science sans être scientiste, i.e. accorder une confiance absolue dans tout ce que fait la science. De la même manière, on peut être laïque sans être dans le laïcisme.

Dessin : Capture d’écran Le Parisien.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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