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Quand les commentaires envahissent l’écran de cinéma : la nouvelle intrusion de l’intime

Quand les commentaires envahissent l’écran de cinéma : la nouvelle intrusion de l’intime

01 octobre 2014 | PAR Hugo Saadi

L’immersion de l’intime dans la culture a connu une poussée vers l’extrême avec notamment Twitter. Les live-tweets des émissions de cuisine, des débats politiques, des matchs de football ou bien encore des jeux télévisés sont de plus en plus répandus grâce à un réseau de hashtags ravageurs. Qui que ce soit dans le monde peut désormais faire partager sa propre expérience depuis son lit, seul, reculé au fin fond de sa campagne. L’être connecté n’est plus du tout seul, il est en permanence en relation avec le reste du monde 2.0 et étale au grand jour sa vie intime, ses réactions, ses ressentis au risque d’être jugé dans certains cas. Ce phénomène était maintenu aux réseaux sociaux et émissions télévisuelles, mais un palier a été franchi dans les pays asiatiques. L’intime débarque sur les écrans de cinéma. Éclairage sur ce nouveau fléau visuel.

Il existe depuis toujours un débat assez houleux entre les consommateurs du cinéma défendant corps et âme la Version Originale sous-titrée et ceux ne pouvant pas se passer d’un doublage, bon ou mauvais. L’argument majeur de ces derniers réside dans l’incapacité ou du moins la perte d’attention qui découle de la lecture de ces petites lignes de dialogues en bas de l’image. En plus d’occuper une partie de l’écran, ils détournent l’œil (et il serait d’ailleurs faux de dire que ceux en jaune embellissent la pellicule …) et peuvent alors fatiguer le spectateur. Et bien que les détracteurs des sous-titres soient rassurés, ils ne doivent pas subir le nouveau-né asiatique appelé « danmu » qui vient littéralement couvrir tout l’écran de commentaires.

Avant d’en arriver aux écrans de cinéma, le procédé de « danmu » a été testé au Japon sur des programmes diffusés en ligne. L’internaute a la liberté totale de ses commentaires qui, une fois envoyés au logiciel en liaison avec la diffusion de la vidéo seront inscrits et défileront plus ou moins rapidement sur l’écran dans une pagaille sans nom. Un affront pour notre rétine et pour le reportage dont l’image devient alors complètement obsolète. Mais voilà que ce « rideau de balles » (danmu en chinois) fait irruption dans les salles obscures. Effectivement, afin d’éviter que les jeunes, frustrés de ne pas pouvoir être sur le smartphone durant une séance, désertent les salles, certains cinémas chinois ont opté pour cette curieuse méthode. Une fois connectés au réseau Wi-Fi du cinéma ainsi qu’à la plateforme de partage, les spectateurs peuvent tapoter leurs commentaires depuis leurs téléphones en pleine projection qui sont ensuite et à la seconde près projetés sur l’écran. Chaque scène, jeu d’acteurs, gag pourra donc être jugé sur place et les avis positifs comme négatifs sont disponibles en temps réel pour le bonheur (ou non) de toutes les personnes présentes dans la salle. Au revoir les bruits de popcorns, bonjour les lumières désagréables des interfaces.

Heureusement certaines salles proposent une alternative à l’envahissement des critiques sur l’écran : des écrans adjacents sont réservés uniquement à cet usage. L’immersion de l’intime dans la culture a certainement atteint un paroxysme avec ce système qui avait à l’origine pour intention de repeupler les salles de cinéma. Difficile d’imaginer un tel mécanisme en France, mais le Japon ou la Chine sont les rois en terme de gaming et de communautés 2.0. Il faut donc s’attendre à tout de leur part. Une expérience qui se doit malgré tout d’être tentée si l’occasion se présente.

L’intime dans les réseaux sociaux – « Prends garde à toi, si tu t’aimes»
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Hugo Saadi

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