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Aujourd’hui le cinéaste Oleg Sentsov se meurt en captivité russe

Aujourd’hui le cinéaste Oleg Sentsov se meurt en captivité russe

20 août 2018 | PAR Antonin Gratien

Voilà maintenant 4 ans que le réalisateur ukrainien est emprisonné en Sibérie pour « terrorisme ». Oleg Sentsov était connu pour son engagement pro-européen, et sa protestation à l’encontre de l’annexion russe de la Crimée. Alors qu’il a débuté une grève de la faim depuis mai 2018, de multiples personnalités internationales ont décidé d’afficher publiquement leur soutien pour sa libération.

Très vraisemblablement, l’art constitue l’un des plus puissants médium d’affects et d’idées. Cela, les régimes politiques divers l’ont compris depuis bien longtemps. Conséquemment, tantôt l’artiste se mit au service de la « propagande », tantôt ses œuvres devinrent une courroie subversive à l’encontre de l’ordre établi.

Oleg Sentsov a fait le choix de la critique. Résolument, décidément, obstinément. Devenu célèbre durant la première décennie du XXIème siècle grâce à des courts-métrages tels que Un jour rêvé pour le poisson-banane ou bien La corne d’un bœuf , il devient partisan de l’Euromaïdan lors des débats d’association de l’Ukraine avec l’Union européenne en 2013. Cette initiative lui vaut immédiatement la méfiance du gouvernement russe, et la haine de nombreux de ses concitoyens.

En 2014 Oleg Sentsov décide d’apporter son aide aux troupes ukrainiennes durant la crise de Crimée, notamment en se chargeant de leur approvisionnement durant les sièges. Sans doute s’agissait-il là de la brimade de trop pour le gouvernement de Poutine. Le 11 mai 2014 le cinéaste est arrêté pour association terroriste et trafic d’armes. Il est ensuite condamné à 20 ans de prison dans la région de Yamalo-Nenets par un tribunal militaire dont la légitimité a très largement été remise en cause par l’Union européenne, Kiev, et les États-Unis. En vain.

L’arrêté refuse de reconnaitre les faits, refuse de reconnaitre le droit du gouvernement russe à le juger, refuse de se taire enfin. Pour faire entendre l’injustice dont lui et quelque 64 autres prisonniers ukrainiens sont les victimes, Oleg Sentsov a entamé une grève de la fin mai dernier. Sa demande est simple, concise : la libération de l’ensemble des prisonniers « politiques » de son pays.

Privé de force de leur nationalité d’origine, les autorités ukrainiennes sont incapables d’intervenir en leur faveur. Les démarches du président Emmanuel Macron semblent, elles aussi, pour l’heure, inefficaces. Ainsi en va-t-il également des autorités indépendantes internationales telles qu’Amnesty. Depuis 2014, de nombreuses personnalités du monde du cinéma ont par ailleurs décidé d’adresser des lettres au dirigeant Vladimir Poutine ; Jean-Luc Godard, Ken Loach, Pedro Almodóvar et bien d’autres ont déjà déclaré publiquement leur soutien à Oleg Sentsov.

Mais les jours passent et l’état du réalisateur est aujourd’hui plus que critique. L’avocat du détenu rapporte une perte drastique de plus de 30kg, une chute de tension artérielle, et de multiples complications cardiaques. En ce moment même Oleg Sentsov se laisse mourir, se fait mourir pour défendre une cause simple, celle du droit à la liberté d’expression. Ne l’oublions pas.

Visuels :

CC BY-SA 4.0- 2015

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Antonin Gratien

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