Politique culturelle

Walid Raad dénonce les conditions de travail sur les chantiers du Louvre Abu Dhabi

Walid Raad dénonce les conditions de travail sur les chantiers du Louvre Abu Dhabi

20 mai 2015 | PAR Flora Vandenesch

Le 11 mai 2015, l’artiste libanais Walid Raad est interdit de territoire à son arrivée à l’aéroport de Dubaï, aux Émirats Arabes Unis et expulsé pour « raisons de sécurité ». L’artiste indien Ashok Sukumaran a subi le même sort. Tous deux, appartenant au Gulf Labor, un collectif d’artistes internationaux, ont signé une pétition qui dénonce les conditions de travail pratiquées sur l’île de Saadiyat à Abou Dabi.

Depuis plusieurs années, les Émirats Arabes Unis construisent un véritable complexe touristico-culturel, avec un gigantesque projet de musée composé du Louvre Abu Dhabi et du Guggenheim Abu Dhabi. L’ONG américaine Human Rights Watch a récemment publié un rapport sur les conditions d’emplois des travailleurs étrangers. Selon elle, les abus perdurent sur les chantiers des deux derniers musées, ainsi que sur celui d’un campus de la New York University.

Le Gulf Labor, un collectif d’artistes internationaux, auquel appartient Walid Raad, se mobilise également. Il lance en 2011 une pétition dont le message est clair « Who’s Building the Guggenheim Abu Dhabi? ». Le collectif s’adresse au directeur de la fondation Guggenheim, à New York, et s’exprime d’une seule voix : « Human rights violations are currently occurring on Saadiyat Island, the location of the new museum. In two extensive reports on the UAE, Human Rights Watch has documented a cycle of abuse that leaves migrant workers deeply indebted, poorly paid, and unable to defend their rights or even quit their jobs. »

Les artistes font appel à l’étique des dirigeants américains et européens qui ont leur rôle à jouer dans les négociations et les décisions prises lors de la construction des musées à Abou Dhabi : « These violations, which threaten to sully the Guggenheim’s reputation, present a serious, moral challenge to those who may be asked to work with the museum. No one should be asked to exhibit or perform in a building that has been constructed and maintained on the backs of exploited employees ». Poursuivant leur quête,les artistes du Gulf Labor ont posté une nouvelle lettre ouverte le 16 mai. Elle s’adresse au Guggenheim (à New York et Abu Dhabi), au Louvre (à Paris et Abu Dhabi) et à la New York University, et dénonce les « raisons de sécurité » évoquées lors des récentes interdictions de territoire dont étaient frappés Ashok Sukumaran et Walid Raad à leur arrivée aux Emirats Arabes Unis.

D’autant que les œuvres de Walid Raad sont exposées dans le cadre d’une collection permanente du musée Guggenheim à New York, ainsi qu’au British Museum de Londres. Artiste libanais né à Chbanieh, Walid Raad a participé à The Atlas Group, un centre de recherche imaginaire qui se propose d’identifier et de préserver des archives visuelles, sonores et littéraires réelles ou fictives et interroge le processus de documentation lui-même et la façon dont l’histoire est transmise, transformée et instrumentalisée.

En réponse à cette profonde atteinte à la liberté d’expression, la publication sur le site du Gulf Labor, le 19 mai, d’un message de soutien et de solidarité de la part du CIMAM apparaît comme une lueur d’espoir. Cette organisation, The International Committee for Museums and Collections of Modern Art, réunit de 400 musées dans 63 pays.

Visuels : CC

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