Politique culturelle
Prostitution : la loi votée !

Prostitution : la loi votée !

06 décembre 2013 | PAR Camille Pettineo

Avant-hier, la loi pénalisant les clients de la prostitution a été adoptée par les députés. Désormais, il en coûtera une contravention de 1500 euros pour les clients, tandis que le délit de racolage a été supprimé. Bienvenu aux Français dans le petit cercle privé des pays qui interdisent totalement ou partiellement la prostitution !

C’est fait ! Le gouvernement français a enfin concrétisé l’intention votée en 2011 par la gauche et la droite d’abolir la prostitution en criminalisant le client. La loi prévoit de les sanctionner d’une contravention de 5e classe, mais il n’y aura pas de peine d’emprisonnement. À la place, l’infortunée clientèle aura le droit de participer à des stages de sensibilisation sur le modèle de ceux organisés pour la sécurité routière. Najat Vallaud-Belkacem explique que l’objectif n’est pas de faire de la politique de mœurs, mais « de protéger l’immense majorité des prostituées qui sont d’abord des victimes de violence de la part des réseaux, des proxénètes ».

Finalement votée par une nette majorité de députés (268 voix contre 138), la loi portée par les deux députées socialistes Maud Olivier et Catherine Coutelle aura tout de même fait des vagues. Le 26 octobre 2013, à Paris, environ 300 prostituées – dont la plupart portaient un masque blanc ou rouge – avaient manifesté contre la proposition de loi. Quand au Syndicat des travailleurs du sexe (Strass), il avertissait que pénaliser les clients ne ferait que précariser davantage les travailleuses du sexe : « Contraintes de se tourner vers des intermédiaires, donc des réseaux, elles seraient poussées vers plus de clandestinité et éloignées des associations de prévention. »

Dans le camp des députés l’avis était mitigé. Pour sa part, Christian Jacob (président du groupe UMP à l’Assemblée) explique qu’il voit « de moins en moins comment cette loi va pouvoir être appliquée » et regrette « l’abrogation du délit de racolage passif, qui avait été un bon moyen de lutter contre la prostitution ». Ségolène Royal s’était également  montrée hostile à la suppression du délit de racolage sur BFM TV. Jean-Christophe Lagarde, le porte-parole du groupe UDI, indique quant à lui qu’au sein de leurs députés, les votes se dispersent entre pour, contre et abstention.

La prostitution était dans la ligne de mire des politiques depuis nombre d’années, que l’on sanctionne les prostitués comme sous la présidence de Nicolas Sarkozy ou le client sous le mandat de François Hollande. Détracté, le racolage de rue est une conséquence de la loi du 13 avril 1946 sur la fermeture des maisons closes. Pour la petite histoire, celle-ci porte le nom d’une prostituée repentie, Marthe Richard. Le 13 décembre 1945, elle avait déposé devant le conseil municipal ce projet en dénonçant la « débauche organisée et patentée » à la mafia qui bénéficiait alors de cette prostitution réglementée. Dans le contexte, ces propos rappelaient surtout que le milieu de la prostitution s’était compromis sous l’Occupation. Le dossier est d’autant plus épineux que la France fait partie de ces nations qui élevèrent autrefois le libertinage au rang de philosophie ! À l’image de Maupassant, Baudelaire ou Bataille, nombreux sont nos écrivains et artistes qui avaient recours au plus vieux métier du monde. Quoi qu’il en soit, la France rejoint le club fermé des pays pénalisant la prostitution avec la Suède et le Royaume-Uni. Cependant, la Suède, qui criminalise le client depuis 1999, à vu se développer l’activité sur internet à mesure qu’elle diminuait dans les rues. En sera-t-il de même dans l’Hexagone ?

Camille Pettineo

Visuels : © captures d’écran du JT TF1 du 24 Novembre 2013, des vidéos AFP et BFM TV

Gagnez 5×2 places et des goodies du film « 2 Automnes, 3 Hivers » de Sébastien Betbeder
Belfort, Compétition : « Chantier A » ou le chant du retour en Algérie
Camille Pettineo

One thought on “Prostitution : la loi votée !”

Commentaire(s)

  • Abeille

    « Désormais, il vous coutera… » . Non, il faut encore le passage par le Sénat et le Conseil Constitutionnel, donc effectif dans plusieurs mois, et possibilité d’amendements. Loi stupide, initiée par un clan très partisan et moraliste qui veut le génocide des prostitués. Ne protège en aucun cas les prostituées (les Manifs du Strass) , les alertes de Médecins du Monde, du Bus des femmes, de Aides … Le volet social est un argument marketing imparable pour les passeurs -marchands de rêves qui vont faire des Lumpedusa par bateaux entiers : plus simple de se déclarer prostituée que d’invoquer la persécution politique ou religieuse…

    décembre 7, 2013 at 12 h 11 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *