Comédie musicale

 « Belles de nuit » : amour, sexe et désillusions…

 « Belles de nuit » : amour, sexe et désillusions…

05 mai 2019 | PAR Magali Sautreuil

13 avril 1946, la loi dite Marthe Richard tombe tel un couperet sur les prostituées. Les maisons closes doivent fermer leurs portes, au grand dam de leur tenancier. Qu’adviendra-t-il de toutes ces filles privées du jour au lendemain de leur gagne-pain ? Se retrouveront-elles sur le macadam ou parviendront-elles à se reconvertir ? Pour le découvrir, suivons l’histoire des « Belles de nuit »

1946. 15 jours avant la fermeture officielle des bordels par arrêté préfectoral. Paris, 3 rue de Beaujolais, une rue connue pour avoir été un des hauts lieux de la prostitution aux XVIIème et XVIIIème siècles. Nous sommes chez les Belles de nuit, une maison sophistiquée, un havre de paix parmi les taudis et les maisons d’abattage parisiennes d’après-guerre…

Chez les Belles de nuit, pas de vulgarité, même si les filles ont toutes un sacré tempérament et du franc-parler ! Insouciantes, elles se sentent à l’abri dans l’établissement de leur patronne, Yvonne. Traumatisée par un homme lorsqu’elle était jeune, celle-ci fera tout pour les protéger. L’idée que ses employées puissent subir des violences ou se retrouver à la rue, les deux étant souvent liés, lui est insoutenable. Loin des « idéaux vertueux » de Marthe Richard, la veuve joyeuse la plus délurée, ex-prostituée devenue bigote, et de l’association de reclassement et de remoralisation des putains, considérées comme des femmes en détresse morale, Yvonne préfère assurer la reconversion de ses filles elle-même. Elle y tient comme à la prunelle de ses yeux et il faut avouer qu’elle a bien raison car elles sont bigrement attachantes.

En bustier, porte-jarretelles, collant, chaussures à talon, veste de soie et dentelles, ces marchandes d’amour se prénomment Jeanne, Jacote et Lucienne. La première est une meneuse d’homme. Elle manie la flûte traversière comme la baguette. Née dans un bordel, la seconde est putain de mère en fille. C’est pourtant un vrai cœur d’artichaut. Sensible, rêveuse et ingénue, elle est la plus vulnérable. La troisième est la reine de l’aiguille, ce qui ne l’empêche pas d’être un véritable garçon manqué, qui rêve des Amériques. Revêche, elle n’aime pas la parlotte et préfère l’action.

Chez les Belles de nuit, on se chamaille parfois, on rit, on pleure, on chante, on rêve… Mais bientôt, on n’y fera plus rien et le pire est à venir. Maurice, alias Momo, est de retour. Sapé comme un parrain de la mafia (costume blanc et borsalino), après 20 ans passés au bagne de Cayenne, il vient se rappeler au bon souvenir d’Yvonne. Ne vous laissez pas tromper par les apparences de ce beau parleur, qui joue du ukulélé pour charmer ses proies, car derrière son masque affable se cache un souteneur sans vergogne, qui n’hésite pas à se montrer violent pour obtenir ce qu’il veut. Yvonne ne le sait que trop bien. Mais que peut-elle faire contre son ancien mac pour l’empêcher de récupérer les Belles de nuit et de mettre ses filles et elle sur le trottoir ? La rue, c’est la clandestinité, le danger, l’insécurité, le macadam sur lequel on dérouille… et la mort assurée…

Heureusement, Yvonne peut compter sur Amédée, son homme à tout faire. Pianiste et accordéoniste des Belles de nuit, il est prêt à tout pour les beaux yeux de sa patronne. Il est la mémoire de son établissement et de son histoire, dont il nous conte le récit.

Une histoire d’hier, mais aussi d’aujourd’hui, comme nous le rappelle le décor. Les trois alcôves vitrées qui servent de chambre aux filles ressemblent en effet aux présentoirs des prostituées du quartier rouge d’Amsterdam.

Ce spectacle musical dépeint de manière assez réaliste la situation des prostituées de l’époque, mais aussi de nos jours, ainsi que la violence physique et psychique des hommes à l’égard des femmes. Un sujet dur, abordé certes sans fioriture, mais avec une certaine douceur, qui permet de véhiculer des messages forts, sans plomber l’ambiance.  

Belles de nuit, spectacle théâtro-musical de Bénédicte Charpiat, co-écrit, composé et mis en scène par Jonathan Kerr, du 5 avril au 8 juin 2019, les jeudis et vendredis à 21h30 et le samedi à 17h et 21h30, à Paris, au théâtre Trévise. Durée : 1h30.

Retrouvez les Belles de nuit sur leur site Internet (ici), Facebook (ici) et Instagram (ici)

Visuels : Belles de nuit / KB Studios paris

 

 

 

 

 

 

 

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