Politique culturelle
Les souvenirs du maréchal Pétain mis aux enchères

Les souvenirs du maréchal Pétain mis aux enchères

14 décembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Rue Drouot, dans le IXe arrondissement parisien, la maison d’enchères Piasa organisait mardi dernier une vente privée visant à disperser au gré des achats les « archives et souvenirs » du maréchal Pétain. Une démarche contestée par les uns, justifiée par les autres.

Un lot de vingt dessins et aquarelles, datant des années 1916-1917, parti pour 2 295 euros (avec frais). Un cahier d’histoire autographe du jeune Philippe, alors âgé de 17 ans, adjugé pour 1 530 euros (avec frais). Une série de lettres d’Annie Pétain adressée à son mari (attribuées à Georges-Marc Benamou, auteur de deux livres sur la Collaboration). Un lot regroupant des éléments émanant du procès de Pétain, comprenant notamment une copie dactylographiée d’une lettre destinée à Adolf Hitler et datant de Vichy – « La collaboration n’a sans doute pas donné tous les résultats qu’attendaient vos prévisions et vos espoirs », vendue pour 895 euros…Ce sont au total une quarantaine de lots d’objets ayant appartenu au maréchal Pétain qui ont été attribués ce mardi, pour un total de ventes de 26 800 euros. Les pièces provenaient des collections de l’avocat Jean Lemaire, qui fut l’un des défenseurs de Pétain lors de son procès à la Libération.

« Les prix autour de Pétain ont monté ces dernières années notamment à cause des marchands« , a assuré à l’Agence France Presse Hubert Massol, le président de l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain. « Il y avait 40 millions de Français pétainistes et il en reste pas mal, même au niveau des petits-enfants« , a-t-il ajouté.

Thierry Bodin, l’expert en charge de l’organisation de la vente, s’est défendu de toute prise de position morale, éthique ou politique. Ce dernier, en même temps qu’il précise l’intérêt d’une telle démarche (« Pétain fait partie de l’histoire. Les historiens ont besoin de documents pour travailler« ), met en avant le fait que les documents mis en vente ce mardi n’ont retenu l’intérêt ni de la BNF, ni des Archives Nationales, qui en possèdent en effet déjà les originaux : « Les services des archives ont consulté notre catalogue et n’ont rien retenu« . Une version que nous a confirmé ce vendredi le service de presse de la maison Piasa en insistant sur le caractère purement professionnel d’une telle démarche, en précisant ne pas avoir l’ambition de se frotter de nouveau à la mémoire conflictuelle et problématique du maréchal…

Joint par nos soins, le centre des Archives nous a également confirmé la présence au sein de ses collections d’une section intégrant les archives administratives de la période de Vichy (1940-1944), ainsi qu’un fond privé spécialement articulé autour de la figure de Philippe Pétain, assemblage de documents acquis entre 1967 et 1994 par le biais d’achats ou de dons.

Certains riverains croisés sur les lieux et dont les propos ont été relayés par Métro, ont toutefois peu goûté à cette démarche, et ce qu’elles qu’en soient les véritables ambitions historiques : « Qu’on honore Pétain ici ! C’est toute la collaboration« , vilipende un homme, fils et et petits-fils de déportés juifs. Un autre, une kippa posée sur la tête, se montre moins querelleur : « Là où il est, Pétain paie très lourdement ce qu’il a fait« .

En 2010, la mémoire de Philippe Pétain avait déjà fait l’objet d’observations et de considérations diverses, lorsque la dernière rue portant le nom du Maréchal avait été débaptisée, dans une petite commune des Ardennes.

Visuel (c) : photo libre de droits

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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