Politique culturelle

Le festival d’Avignon, un regard porté sur le monde selon Hortense Archambault et Vincent Baudriller

Le festival d’Avignon, un regard porté sur le monde selon Hortense Archambault et Vincent Baudriller

24 juillet 2013 | PAR Christophe Candoni

Hortense Archambault et Vincent Baudriller, entourés de leurs deux artistes associés, Stanislas Nordey et Dieudonné Nianguna, donnaient rendez-vous  aux spectateurs venus en nombre dans la Cour du Cloître Saint-Louis pour dresser un bilan de cette 67e édition du festival d’Avignon, un moment très émouvant et particulier puisqu’il s’agissait de leur dernière rencontre avec le public après 10 ans à la tête du festival et avant l’arrivée de leur successeur Olivier Py.

C’est justement par l’accueil de l’ancien directeur du théâtre de l’Odéon et quelques mots de bienvenue qu’a débuté la séance pour une brève mais chaleureuse passation de pouvoir. Selon ce dernier, les deux directeurs sur le départ ont réussi à atteindre « le Graal », c’est-à-dire « allier l’exigence, la radicalité artistique à l’adhésion du public » (…) « la seule définition du théâtre populaire » aux yeux du poète, acteur et metteur en scène qui se réjouit de reprendre le flambeau sans pouvoir dévoiler encore les grandes lignes de la politique artistique qu’il entend mener. Olivier Py est attendu sur ce terrain à partir du mois de septembre prochain.

Comme l’ensemble des intervenants (artistes, critiques, spectateurs) l’a largement rappelé ce matin, Avignon a été ces dix dernières années une aventure magnifique et passionnée, un véritable lieu de discussion, d’ouverture et d’engagement pour un théâtre politique, c’est-à-dire existentiel, nourris de questionnements sur l’état du monde, sur l’évolution et la diversité des esthétiques, des approches dramaturgiques… En accompagnant certaines productions déjà historiques de Castellucci, Ostermeier, ou Warlikowski et bien d’autres, toujours en quête, en recherche de formes et de sens, Baudriller et Archambault ont été un duo à l’affût, à la pointe du théâtre contemporain et de la création. Ils ont aussi prouvé l’atout majeur que représente la présence d’intendants (au sens où les allemands l’entendent) à la tête d’un grand festival et la force singulière de s’être former en tandem. Leur co-direction est devenue un modèle à suivre pour les institutions comme l’appelle de ses vœux Georges Banu dans un récent numéro du Monde.

L’histoire récente du festival vient d’être retracée dans le dernier numéro d’Alternatives théâtrales, ou dans le film de Nicolas Klotz Le Vent souffle sur la Cour d’honneur, ou bien en grande partie dans la formidable réussite qu’ a été l’expérience inédite proposée par Jérôme Bel aux spectateurs de Cour d’honneur. Les bilans s’accumuleront sans jamais mettre d’accord les conservateurs grincheux. Peu importe. A Avignon, le théâtre s’est trouvé grandi, enrichi, il est sorti gagnant de l’action déterminée et passionnée des deux directeurs en place depuis 2004. On a souvent placé leur travail sous les signes du scandale et de la provocation, cela n’a pas toujours été faux (confère l’édition 2005 avec Jan Fabre comme artiste associé) mais demeure bien réducteur. Nous retiendrons leur haute et exigeante idée du théâtre que nous partageons, celle qui, au risque de secouer, diviser, perturber, suscite une réelle prise de position, de risque, de conscience, celle qui parle du monde et de l’homme, qui produit du sens en privilégiant la révolution des formes et la pertinence des contenus.

Comme ce n’était pas assez de laisser se graver dans nos mémoires autant de productions fabuleuses, Archambault et Baudriller livrent en héritage un rêve que tous les directeurs du festival dès son premier Jean Vilar ont caressé : la construction d’une salle de résidence et de création pour les artistes. La FabricA s’est ouverte cette édition, elle existe désormais et permettra de poursuivre l’implantation durable du festival d’Avignon sur son territoire comme ce fut l’une des premières décisions des directeurs sortants d’avoir implanté toute l’équipe permanente dans la ville même. La salle a été inaugurée cette édition par deux spectacles ambitieux, le Faust de Goethe et le Cabaret varsovien de Warlikowski.

Ce compagnonnage hors-pair des artistes est une marque de fabrique de Baudriller et Archambault qui ont mis en place le concept de l’artiste associé à une édition du festival. Ainsi ils ont permis de faire du festival non pas un supermarché de la culture mais bel et bien un lieu de soutien et d’accompagnement des plus grands artistes internationaux  dans leur processus de création.

Concernant cette dernière édition préparée comme un voyage qui a mené le public jusqu’à l’Afrique et ses artistes en multipliant les perspectives et les visions sur le théâtre et sur le monde, 95 pour cent de fréquentation est estimé à ce jour où 128 000 billets ont été vendus. L’ouverture aux artistes étrangers, aux cultures les plus diverses, aux auteurs textuels et scéniques contemporains, à la jeunesse et à la parole a été une fois de plus gagnante.

Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna ont exprimé leur gratitude, le premier a déclaré son « espoir fou » en le théâtre et en l’être humain, le second a remercié avec lyrisme et sincérité le public pour sa « grandeur d’âme » même si la réception de son spectacle Shéda a été mitigée. Une standing ovation a été réservée en guise d’au revoir aux directeurs en attendant que s’ouvre une nouvelle histoire du festival d’Avignon.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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