Politique culturelle
[Interview] Guillaume Descamps et Véronique Caboche Letac : « nous aidons tous les gens qui ont un projet artistique »

[Interview] Guillaume Descamps et Véronique Caboche Letac : « nous aidons tous les gens qui ont un projet artistique »

05 novembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs permet aux non professionnels d’avoir un espace dédié pour leur pratique. C’est aussi un point de rencontre passionnant entre artistes professionnels et amateurs. Nous avons demandé à Guillaume Descamps, directeur et Véronique Caboche Letac directrice adjointe de la MPAA de nous parler de l’identité de ce lieu à trois antennes qui bientôt sera rejointe par deux autres salles, l’une à la Canopée (aux Halles) et l’autre à Breguet (XIe arrondissement)

J’avais la sensation que la MPAA est un lieu qui n’est pas encore extrêmement connu sur la scène parisienne.  Est-ce-que vous pouvez me raconter quel est ce lieu, quelle est sa mission ?  Egalement, quelles sont les spécificités des trois lieux ?

Guillaume Descamps : La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs est un établissement culturel de la ville de Paris créé en 2008 pour répondre aux problèmes, aux problématiques, aux manques qui ont été identifiés par la ville dans le domaine des pratiques amateurs à Paris, notamment des problématiques de lieux de répétitions, d’accès à des lieux de spectacle. A Paris tout est compliqué parce que les salles coûtent de l’argent et que les amateurs ont encore moins d’argent que les professionnels. Il n’y a pas de salle des fêtes municipales en grand nombre. La ville a donc créé cet établissement. Nous sommes répartis sur trois sites : une salle à Saint-Germain de 320 places avec un plateau qui permet d’accueillir musique, théâtre et danse sur 120 m2 de plateau, ce qui permet de faire pas mal de choses. On a un autre site dans le quartier saint-Blaise (XXe) et un autre dans le XIVe entre la Porte d’Orléans et la Porte de Vanves, où nous avons  des salles de répétitions et une petite salle de spectacle. L’idée à travers ces trois sites, c’est de répondre aux problèmes rencontrés par les gens qui ont envie d’avoir une pratique artistique à Paris. Trouver des infos, des activités, s’initier, découvrir. On est donc spécialisés dans le spectacle vivant. Nous aidons tous les gens qui ont un projet artistique.

L’année dernière, j’étais venue dans le cadre du festival Faits d’Hiver, voir le travail de la Horde que j’aime beaucoup. Quels sont les ponts entre la pratique amateur et la pratique professionnelle? Est-ce-que vous, votre mission en tant que directeur et co directrice, c’est d’amener ces amateurs-là devenir professionnels ou pas du tout ?

Guillaume Descamps : Non, pas du tout. En fait, on n’est pas là pour dire aux gens qu’ils ont ou non du talent mais juste pour permettre une pratique, des envies. Notre public cible, ce sont des gens qui ont un travail, comme vous et moi et qui sont passionnés par le théâtre ou la danse et qui décident de s’y initier. On a les tarifs les plus bas possible, on a des ateliers gratuits. Beaucoup de gens ont rêvé de prendre des cours mais n’avaient pas les moyens de s’y mettre réellement. Nous, c’est ce qu’on leur permet de faire. Donc vraiment l’idée c’est de permettre, de découvrir. Les salles de répétition sont louées entre 2 et 6 euros de l’heure et sont équipées en son, lumière, volume… Dans le cas de La Horde, on a proposé à des artistes de créer un spectacle avec des amateurs. On a financé le projet, avec des gens qui n’avaient jamais dansé et les deux dates ont été complètes. Le festival Faits d’Hiver est venu nous voir pour travailler avec nous. On leur a expliqué que c’était des amateurs et qu’il fallait reprendre le travail. A travers ces ateliers, on a fait se confronter les amateurs et les pros. L’idée c’est de mêler les mondes des amateurs et des professionnels. Des ateliers comme celui de la Horde, on en fait une vingtaine par an et on fait appel à tout un tas de gens, des artistes qui ont des propos différents.

Quand on regarde le programme, on a vraiment l’impression d’être face à un programme classique de scène subventionnée, vous avez des stars, dans très peu de temps, vous accueillez Steve Courtois dans le cadre du Festival Son 9. Comment se passe la sélection des artistes ?

Guillaume Descamps : Son 9 par exemple, c’est un partenariat, c’est le festival d’un musicien, Jean-Luc Fillon, et donc on a un partenariat avec sa structure, ce sont des musiciens que lui va découvrir, là c’est vraiment un partenariat, il nous fait des propositions mais c’est lui qui a la main. Mais pour d’autres, c’est des spectacles qu’on va voir. On se dit : ah, ces artistes-là, on les a rencontrés, on sent qu’ils peuvent proposer des choses intéressantes. Parfois c’est des artistes avec lesquels on a travaillé, qui comprennent ce qu’on fait, qui nous disent : j’ai une amie qui est chorégraphe, qui fait des trucs super, vous devriez aller voir. Il n’y a pas vraiment de règle, on ne s’interdit aucune porte d’entrée vers la découverte. On peut pas tout voir ni tout connaitre bien sûr. Ce qui est important c’est que les gens comprennent ce que c’est qu’un artiste amateur. Nous on tient à ce que les artistes qu’on propose, sur des masters class ou des ateliers, soient des acteurs en activité, qui jouent, qui dansent, qui se produisent. On ne veut pas qu’ils viennent pour faire leur quota d’heures.

Quel est votre travail à vous deux ? Vous passez votre temps dans les salles de spectacles à chercher LE performer ou LE comédien avec comme fil conducteur la présence d’amateurs sur scène ?

Véronique Caboche Letac : Disons que Guillaume est beaucoup plus sur la partie artistique et moi plus le côté administration, communication, donc on a des journées un peu différentes.

J’imagine que vous avez beaucoup de demandes?

Véronique Caboche Letac: Oui, après c’est un travail au niveau des antennes puisque chaque antenne a ses salles de répétition.

Et vous, vous dirigez les trois ?

Véronique Caboche Letac: Oui, l’idée c’est que, ici à Saint- Germain, c’est la maison mère et l’idée c’est d’élargir encore. On veut atteindre cinq salles. Officiellement, d’après la mairie de Paris, la salle des Halles ouvrirait fin mars 2016. Concernant le XIe, on table sur fin 2016.

Quelles seront les missions de ces deux nouveaux lieux ?

Véronique Caboche Letac : A la Canopée, on va pouvoir accueillir des orchestres, des chorales, parce que c’est très grand. Ce sera plus orienté musique. A Bréguet, on se concentrera sur le théâtre, la danse et un atelier de fabrication de décors, c’est une nouveauté.

Toujours amateur ?

Véronique Caboche Letac : Oui, oui, toujours amateur.

Parce que, au vu les difficultés que le monde du spectacle a à obtenir des ateliers de décor, est-ce que vous pensez ouvrir aux professionnels ?

Guillaume Descamps : Non. On essaye de déterminer là ou il y a un manque, ou du moins un besoin et d’y répondre d’un point de vue de l’usager. Au début, ce projet d’atelier n’était pas dans le programme initial de ce projet du 11eme et c’est quand on a ouvert dans le 20eme fin 2011, c’est apparu très rapidement comme une évidence. A Paris les gens n’ont pas de jardins ou de garage pour bricoler, donc on avait des gens qui sciaient le bois dans leur salon…

Vous allez amener des menuisiers, des peintres ?

Guillaume Descamps : L’idée c’est d’avoir un atelier de pratique autonome, avec des outils de bonne qualité mais qui sont des ateliers que n’importe qui peut acheter à Leroy Merlin.

D’accord, mais sur la pratique de cette activité, apprendre à faire un décor. Comment ça se passe ?

Guillaume Descamps: Il s’agit de travailler avec des décorateurs de théâtre ou de cinéma qui peuvent donner des trucs ou des astuces. On a des journées qui s’appellent des Amaster class où on prend une thématique où un professionnel va venir faire une mini formation. On l’a fait avec une maquilleuse de l’Opéra qui est venue avec tout son attirail. On essaye de voir quelles sont les questions et les problèmes que l’on rencontre le plus souvent. Il faut que ce soit ludique et dans la rencontre et l’échange.

Visuel : MPAA

Informations pratiques
Site de la MPAA : http://www.mpaa.fr/

MPAA SAINT-GERMAIN

4 rue Félibien – 75006 Paris

MPAA SAINT-BLAISE

37/39 rue Saint-Blaise – 75020 Paris

MPAA BROUSSAIS

100 rue Didot – 75014 Paris

Fin du Festival d’Humour de Paris
L’agenda des vernissages de la semaine du 5 novembre 2015
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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